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Mais on le dit quand même

Football apolitique, par-delà le mythe (2) : Lyon et « nos ancêtres les Gaulois »

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Dimanche 23 septembre 2018, l’Olympique Lyonnais accueille l’Olympique de Marseille dans l’un des chocs de ce début de Ligue 1 version 2018-2019. Si sur le terrain la victoire lyonnaise ne souffre guère de contestation tant l’OM de Rudi Garcia fait honneur à la propension de son coach à ne jamais ou presque emporter un gros match, c’est dans les tribunes que la polémique naît. A quelques minutes du match, en effet, un tract des Bad Gones est diffusé sur les réseaux sociaux. Si la pratique de la feuille d’info ou du tract incendiant l’adversaire – d’autant plus dans ce genre de matchs – est une pratique répandue, une phrase a un écho plus fort que les autres : « […] et pour finir leurs ultras prétendument antiracistes mais plus sûrement anti-français ».

L’on ne peut, à la lecture de celle-ci, s’empêcher d’y voir un lien avec la rhétorique des groupes identitaires et le prétendu racisme anti-blanc. En outre, dire que les ultras marseillais sont anti-français revient de facto à leur nier le fait même d’être Français et lorsque l’on connait la manière dont est caractérisée Marseille par la fange identitaire, il n’y a guère de doute sur la portée raciste d’une telle affirmation. Cet exemple, loin d’être isolé, est sans doute l’une des meilleures portes d’entrée pour évoquer le positionnement politique d’un certain nombre de noyaux des groupes de supporters lyonnais, qu’ils soient situés dans le virage nord ou dans le virage sud, positionnement politique qui a des incidences sur la vie politique lyonnaise.

Le positionnement identitaire en bandoulière

Très souvent, lorsque l’on évoque la question du racisme présent dans les tribunes lyonnaises une même réponse revient pour s’extirper du débat : il ne s’agit que d’une infime minorité de personnes qui ne sont en rien représentatives de l’ensemble des supporters lyonnais. Ceci est très certainement vrai, il n’en demeure pas moins que cette idéologie fétide est présente au cœur des groupes de supporters lyonnais qui, s’ils ne sont bien sûr pas représentatifs de l’ensemble des supporters, ont un poids bien plus important que quelques énergumènes qui agiraient de manière totalement indépendante. Si les choses ont évolué par rapport au début des années 1990 lorsque les Bad Gones exhibaient des croix celtiques sur leurs bâche et écharpes ou que des drapeaux néonazis étaient régulièrement présents dans le virage nord, cette mouvance demeure.

Que ça soit de l’autre côté du stade avec les Lyon 1950 ou les hooligans de Mezza Lyon qui sont clairement ancrés dans la mouvance identitaire, ce positionnement demeure. Même les Bad Gones qui se sont assagis avec le temps sont l’objet de rechutes régulières, les Marseillaise entonnées à la 88ème minute ou les cartes d’identité française parfois présentées aux virages marseillais lors des rares déplacements autorisés au Vélodrome sont là pour en témoigner. Avec le temps néanmoins, il est vrai que les logiques individuelles ont pris le pas sur l’engagement collectif, notamment dans les liens présents avec la mouvance identitaire au-delà du stade.

Du stade au vieux-Lyon

Les liens entre certains supporters lyonnais et la mouvance identitaire dépassent allègrement le cadre du football. Pour bien comprendre ces liens, il importe en préambule de rappeler la singularité de Lyon d’un point de vue politique. Les Lyonnais se targuent effectivement assez souvent d’être une ville où le Front (ou Rassemblement) National n’atteint pas des scores élevés comparativement à Marseille par exemple. C’est d’ailleurs là un des principaux arguments pour critiquer l’antiracisme des ultras marseillais côté lyonnais en même temps que le moyen de tenter de s’absoudre de toute pulsion identitaire. Si Marine Le Pen n’a récolté que 8,86% des suffrages exprimés lors du premier tour de la présidentielle (avant de se hisser péniblement à 15,89% au deuxième tour), il serait erroné d’y voir un élément accréditant une extrême-droite faible à Lyon.

En réalité, Lyon est l’épicentre – dans une joyeuse ironie de l’histoire pour la ville qui était désignée comme capitale des Gaules – de la mouvance identitaire et le QG d’un certain nombre de groupes rattachés à cette mouvance. Il n’y a d’ailleurs guère de surprise si Marion Maréchal Le Pen a choisi Lyon pour ouvrir son école de formation. L’on pourrait dire qu’à Lyon l’extrême-droite est bien plus extra-électorale dans le sens où elle agit le plus souvent dans des cadres extra-légaux. Si la mouvance identitaire est clairement circonscrite au vieux-Lyon, ses ramifications vont jusqu’à Décines et certains des membres actifs au sein des virages lyonnais n’hésitent pas à faire le coup de poing en compagnie de tous ces groupuscules en même temps de leur offrir une assise pour leur permettre de demeurer en place – en plus de la bienveillance plus ou moins tacite de Gérard Collomb durant des décennies. Dans d’autres villes en effet, prenons Marseille puisque c’est un peu le fil rouge et le miroir de la situation lyonnaise par rapport à l’extrême-droite (une forte extrême-droite électorale mais une présence quasi-nulle des groupes identitaires) les ultras ont au contraire pris part à l’expulsion de groupuscules d’extrême-droite lorsque ceux-ci ont tenté de s’y installer. Ouverture méditerranéenne versus capitale des Gaules en somme, un match bien plus intéressant que l’olympico.

Crédits photo: Les Inrocks

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