mer. Nov 13th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Clasico ou Plastico ?

4 min read

Tous les ans, c’est le même débat. On en fait des tonnes autour de ce match, le “classico” de la Ligain, mais peut on réellement considérer PSG-OM comme tel, comme l’est un Barca-Real ou un Boca-River dans leurs championnats respectifs ? Rivalité artificielle ou historique ?

Plus que du foot

Les origines du terme de “clasico” (parfois avec un « s », parfois avec deux) sont diverses, de l’Amérique du Sud à l’Espagne, en passant par une variation du derby en Angleterre. Un club peut sauver une partie sa saison si elle l’emporte. “Un classico oppose plus que deux clubs : il oppose deux villes ou deux régions, déchirées par les luttes de suprématie nationales, économiques ou politiques” écrit ainsi Hubert Artus dans son Dictionnaire rock, historique et politique du football. Une sorte de bataille entre deux rivaux, bien au delà du rectangle vert, pour l’honneur toute entière d’une ville. C’est ce qui le distingue notamment du derby, qui a pour but une suprématie davantage régionale, voire municipale.

En Argentine, le Superclasico (qui avait lieu le même jour que le “clasico” français, hier) oppose deux classes sociales de Buenos Aires, les pauvres du quartier de Boca contre les Millionnaires de River Plate. Une rivalité surannée qui n’a pas d’égale ailleurs dans le monde. En Espagne, le Classico était pendant la période de la dictature, le combat entre le club madrilène de Franco et les rebelles indépendantistes catalans, une histoire qui dépasse donc bien le seul cadre du football. Alors chez nous comment trouver de tels motifs de rivalité entre Paris et Marseille ?

Pour PSG-OM, elle est avant tout géographique, le Nord contre le Sud, la capitale contre la province, le ville hautaine contre la cité populaire, le petit bourgeois contre le gangster, et encore plus aujourd’hui, le riche contre le pauvre. “Les Marseillais sont des voyous. Je suis bien placé pour en parler, j’en côtoie en équipe de France” balancait ainsi Bernad Lama pendant ses années parisiennes. A Marseille, à chaque victoire renait ce fantasme sécessioniste, cette image de rebelle, pour ne pas dire mafieuse. Sauf que cette rivalité, en réalité, est bien plus récente, le PSG n’étant monté en D1 seulement en 1974 ….

Main dans la main

Jusqu’au début des années 1990, les PSG-OM n’attirent pas spécialement grand monde … Sainté, Bordeaux, les adversaires majeurs des phocéens sont tous de l’autre côté du périph’.  A l’hiver 1975, les deux équipes disputent même un match ensemble, envoyant une sélection commune disputer un match amical contre les brésiliens de Botafogo. Il faudra même attendre 1978 pour assister à la première victoire des parisiens, dans un anonymat inimaginable aujourd’hui.

Si Marseille restera pendant des années au top, on ne pourra cependant en dire autant de ses rivaux. Bordelais et stéphanois reculent, et le club phocéen se voit contraint de trouver un nouveau rival, en l’occurrence d’une petite équipe qui monte … Bernard Tapie reconnaîtra ainsi avoir attisé cette rivalité en 1989, quand les deux équipes étaient à la lutte pour le titre “Tout seul en haut, on se faisait chier”. Mais Paris y trouvait aussi son compte. Canal, tout nouveau proprio du club de la capitale, y voit lui un moyen de faire monter la sauce, de gagner des abonnés. En 1993, Tapie, pour rajouter de l’huile sur le feu, va même insinuer que le PSG est responsable de l’affaire VA-OM ! Six ans plus tard, alors que Bordeaux et Marseille sont à la lutte pour le titre, Paris perd devant les girondins, sans forcer, en donnant l’impression de laisse gagner l’adversaire pour lui offrir le titre …

Alors certes, si vous avez regardé le Canal Football Club avant le match, le terme vous a sans doute marqué l’esprit, pour la bonne et simple raison que c’est la chaîne cryptée qui l’a inventé dans les années 2000, pour bien vendre l’affiche au téléspectateur … Ainsi, selon Cherif Ghemmour, de So Foot, “Cette invention de Canal + était totalement symptomatique de la faible qualité du championnat de France à cette époque là”. Après avoir tutoyé les sommets européens dans les années 1990, parisiens et phocéens voyaient alors se succéder contre-performances et crises.

 

Alors certes, le Classico de la Ligain est contestable, mais il devra attendre pour gagner en légitimité historique. La rivalité existe bien, mais a été montée de manière artificielle en Classique, par les deux clubs lors des deux dernières décennies. Tout n’est peut être qu’une question de temps …

2 thoughts on “Clasico ou Plastico ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Copyright © All rights reserved. | Newsphere by AF themes.