sam. DĂ©c 5th, 2020

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand mĂŞme

Gallagher Football Club, la suite

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Chaque club anglais se vante d’avoir une cohorte de rock stars dans ses tribunes. Et pourtant, une de ces histoires d’amour l’emporte sur toutes les autres. Elle se dĂ©roule les quartiers populaires du Nord Ouest du royaume, entre deux gamins fĂ©rus de musique, et leur club de Manchester City. Les frangins Gallagher seront pendant des annĂ©es plus connus que leur club de cĹ“ur, et pourtant, Noel, l’ainĂ©, dĂ©clarait aimer “le football encore plus que la musique” … Une love story presque aussi vieille que ses protagonistes, dans un cadre singulièrement “prolo”. Et en deux Ă©pisodes.

La première partie

Pour ce qui est encore considĂ©rĂ© comme le plus grand concert de leur carrière, Ă  Earls Court en 1995, les footeux Ă©taient aux premiers rangs. Se cĂ´toient en effet dans les loges Stan Bowles, le pote de la banlieue de Manchester et ancienne lĂ©gende de QPR, Colin Bell, l’un des plus grands joueurs de l’histoire de City, mais aussi un invitĂ© plus surprenant, un certain George Best (photo). MalgrĂ© son appartenance Ă  United, l’irlandais reprĂ©sente en quelque sorte le pendant footballistique des frangins Gallagher, et Ă©tait donc assez cool pour ĂŞtre leur pote, comme en tĂ©moignera Noel  “Il possĂ©dait une boite de nuit et un magasin de vĂŞtements, conduisait une Ferrari et baisait Miss Monde. La seule chose cool qu’il n’a pas fait dans sa vie Ă©tait de faire de la musique, et il aurait probablement Ă©tĂ© bon Ă  ça aussi”. Autre joueur de United a s’attirer l’amour des frères, le King, sur qui Liam balancera en 1996 “MĂŞme si son maillot n’est pas de la bonne couleur, Cantona est un joueur de lĂ©gende, il devrait faire partie de notre groupe”. On n’a pas le mĂŞme maillot, mais on a la mĂŞme passion.

L’histoire ne dit pas s’ils ont fini au pieux


DAFFY DUCK CONTRE UN PRINCE ARABE

Tout est bon pour concurrencer United, y compris l’arrivée de nouveaux investisseurs du Golfe, avec pourtant une image radicalement opposée à la culture populaire du club mancunien. Malgré cela, Noel voit directement le bon côté des choses “J’ai toujours eu l’intuition que 40 ans de loyauté seraient en quelque sorte récompensée, et j’ai toujours su qu’un jour nous impressionneront tout le monde dans le football. C’est agréable de savoir que chaque litre de pétrole qu’un fan de Manchester United achète va atterrir dans notre cagnotte transfert”. Quelques années auparavant, alors que City coulait dans les méandres de la Championship, les médias l’interrogeaient sur la possibilité qu’il investisse dans le club. Sa réponse était des plus fermes, et explique peut être son adhésion direct au courageux projet émirati “Ca va pas la tête ?! Je n’ai pas envie de me retrouver avec une bande de hooligans en train de gueuler devant ma porte dès que l’équipe perd ses matchs”.


Bref, aucun Gallagher ne se plaint du rachat, bien au contraire. Après quelques secondes d’hĂ©sitation, les deux accepteront volontiers qu’on utilise leur image Ă  des fins marketing (promotion du nouveau maillot, musique du stade …) “Je me suis rĂ©veillĂ© avec 19 textos, ce qui veut habituellement dire que j’ai offensĂ© quelqu’un dans une interview ou que quelque chose de mal est arrivĂ© Ă  la maison. Mais la nouvelle Ă©tait que City Ă©tait rachetĂ©e par un prince arabe ! Du dĂ©lire ! D’abord j’ai ri, et je ne peux toujours pas y croire”. Autant dire que l’annĂ©e dernière, quand City fait la nique Ă  la Premier League pour remporter son premier titre de champion depuis 45 piges, les deux frangins – mĂŞme en froid depuis plusieurs mois – n’ont pas manque de fĂŞter ça.


Et pourtant, la saison avait Ă©tĂ© longue. Après la correction 6-1 reçue Ă  la maison par les Red Devils, Noel avait lancĂ© les hostilitĂ©s en rendant un petit hommage au rival quelques jours plus tard lors d’une remise de prix officielle en affichant six doigts devant les photographes, un pour chaque pion. Par la suite, il se trouvait aux Etats-Unis, Ă  Disneyland, lors de la dĂ©faite des Citizens devant Arsenal donnant un matelas de 8 points d’avance aux hommes de Sir Alex, de quoi se faire charrier par les quelques fans de United prĂ©sents sur place “MĂŞme Daffy Duck je pense est secrètement un Red Devil”, tĂ©moignait t’il, visiblement trop torchĂ© pour savoir que Daffy Duck n’est pas de chez Disney. Partout en tournĂ©e, les frangins ont toujours un maillot ou un polo Ă  l’effigie de City dans leurs valise. Et pour la dernière journĂ©e, en pleine tournĂ©e, Noel assistera ainsi au sacre en direct de Santiago du Chili, avec bien entendu une camĂ©ra du club Ă  ses cĂ´tĂ©s , et dĂ©clarera après la rencontre au micro de la BBC  « Au moment du but d’Aguero, j’ai pleurĂ© comme un bĂ©bĂ© car je n’avais jamais vĂ©cu un moment pareil« . Et juste après la remise du trophĂ©e, les fans des Citizens se lançaient dans un dernier Wonderwall de la saison, celui de la gloire.

« Derrière les fenĂŞtres de Manchester, il y a un amour fou pour le football et la musique » disait Eric Cantona. Stone Roses, New Order, Joy Division, The Smiths, Oasis … La plupart des rockstars issus de la citĂ© mancunienne ont toujours Ă©tĂ© des dingues de foot. Bien souvent issus des quartiers populaires, les deux font partie intĂ©grante de la culture de toute une gĂ©nĂ©ration nĂ©e dans la crise « En Angleterre, musique et football sont liĂ©s. L’un comme l’autre Ă©taient des Ă©chappatoires pour la classe ouvrière après une semaine passĂ©e Ă  l’usine« , prĂ©cise ainsi Dave Haslam, ancien DJ reconverti Ă©crivain. Les frangins Gallagher rentrent parfaitement dans ce moule, et leur amour pour City n’a pas bougĂ© malgrĂ© leur passage Ă  la cĂ©lĂ©britĂ©, ils demeurent les portes paroles de toute ces individus dĂ©laissĂ©s, passant leurs soirĂ©es alternant entre les tribunes de Maine Road et les pubs de la ville aux briques rouges.

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