jeu. Oct 29th, 2020

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand mĂŞme

Gallagher Football Club

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Chaque club anglais se vante d’avoir une cohorte de rock stars dans ses tribunes. Et pourtant, une de ces histoires d’amour l’emporte sur toutes les autres. Elle se dĂ©roule les quartiers populaires du Nord Ouest du royaume, entre deux gamins fĂ©rus de musique, et leur club de Manchester City. Les frangins Gallagher seront pendant des annĂ©es plus connus que leur club de cĹ“ur, et pourtant, Noel, l’ainĂ©, dĂ©clarait aimer “le football encore plus que la musique” … Une love story presque aussi vieille que ses protagonistes, dans un cadre singulièrement “prolo”. En deux Ă©pisodes.

LE HOOLIGAN QUI DRAGUE LA SŒUR DE VINCENT KOMPANY

Manchester City. Pour beaucoup, le club Ă  dĂ©tester, ce nouveau riche qui n’existait pas avant l’arrivĂ©e d’un mec en robe venu de la pĂ©ninsule arabique. Et pourtant, les Skyblues, avant tout, reprĂ©sentent toute une population loin d’être des plus aisĂ©es. MĂŞme avant l’arrivĂ©e de Thatcher au pouvoir, Manchester coule. Son port mythique accumule les plans de licenciement, son industrie lourde ne tient pas le choc … Les annĂ©es 70-80 sont un dĂ©sastre pour la troisième ville du pays. DĂ©clin Ă©conomique certes, mais un certain âge d’or culturel, puisque dans cet environnement rock’n roll voient le jour une partie des plus grands groupes britanniques, des Buzzcocks Ă  Joy Division en passant par The Smiths. Entre cette civilisation du undregroud et une habitude de plus en plus poussĂ©e Ă  la lose de l’époque, nombreux sont ceux Ă  s’identifier Ă  cette classe ouvrière grandissante, comme Noel “Je suis nĂ© dans la working class, je me sens toujours de la working class et je crèverai en Ă©tant encore de la working class”.


Les frangins Gallagher vont voir le jour dans cette ville sur le dĂ©clin – Noel en 1967, Liam en 1972 – et passer une bonne partie de leur jeunesse dans leur banlieue de Burnage, oĂą ils s’emmerdent profondĂ©ment. A la maison, la vie n’est guère plus rĂ©jouissante, un père alcoolique, un divorce difficile, des dĂ©mĂŞlĂ©s avec la police … Noel se cherche un Ă©chappatoire “A l’école, mes journĂ©es se rĂ©sumaient Ă  regarder par la fenĂŞtre en attendant que sonne la cloche. Deux choses occupaient mon esprit : le foot et la musique“. Et comme la plupart de leurs proches, ils se mettent rapidement Ă  arborer les couleurs du vilain petit canard de Manchester, City, qui squatte le ventre mou de la première division pendant que le disciplinĂ© voisin de United amasse les titres. Pour sa première Ă  Maine Road, une raclĂ©e infligĂ©e Ă  Newcastle, Noel n’a que sept ans … LivrĂ© Ă  lui mĂŞme, il devient rapidement un ultra et se rapproche des diffĂ©rents groupes de hooligans du club, notamment les ultras violents Young Guvnors, avec qui il fait les dĂ©placements les plus pĂ©rilleux du pays. Certains membres d’Oasis diront quelques annĂ©es plus tard que le nom du groupe vient d’une boutique du coin, rĂ©putĂ©e pour vendre des chaussures Ă  ces mĂŞmes hooligans …


Les tribunes de Maine Road deviennent une deuxième maison, surtout pour Noel, notamment la cĂ©lèbre Kippax, la plus populaire de l’ancien stade des Citizens. C’est mĂŞme sur ses sièges que l’ainĂ© se souvient avoir Ă©crit ses premiers textes. DĂ©sormais, les deux frangins sont bien plus habituĂ©s aux tribunes d’honneur qu’aux virages, mĂŞme si cela ne colle pas toujours Ă  leurs tempĂ©raments … En septembre dernier, Liam est expulsĂ© manu militari de la tribune prĂ©sidentielle de Santiago Bernabeu, il aurait embrassĂ© une hĂ´tesse de joie après l’ouverture du score d’Edin Dzeko. Quelques mois auparavant, il s’était dĂ©jĂ  fait remarquĂ© par une confidence après un match vĂ©cu dans la loge de Vincent Kompany “Il a marquĂ© un super but, sa famille est vraiment cool. Et sa sĹ“ur aussi”.

CHELSEA, UNITED ET LE SIDA

Les prolos de Manchester ont bien entendu des ennemis prĂ©fĂ©rĂ©s. Socialement, Noel dĂ©teste les petits bourgeois londoniens de Chelsea, illustrĂ©s par Damon Albarn (Blur, Gorillaz …), dont il souhaitait ”qu’il choppe le SIDA et en crève”, alors que pour Liam, cette hostilité dĂ©pend surtout du degré l’alcoolĂ©mie des deux protagonistes (photo). Mais le club Ă  battre, logiquement, reste Manchester United, la victime prĂ©fĂ©rĂ© des coups de pute de Noel : en 2000, il avouait “J’ai quelques amis qui sont fans de Manchester United, j’ai inscrits leurs gosses au Junior Blue [Fan club de City]”. Parmi ces amis, un des fondateurs d’Oasis, Paul “Bonehead” Arthurs, qui vivra un vĂ©ritable calvaire devant la tĂ©lĂ© en mai 1995.


Au fin fond du Pays de Galles, les deux frangins viennent alors de boucler l’enregistrement de Champagne Supernova. Liam veut sortir fĂŞter la dĂ©faite de United contre Blackburn privant Manchester du titre de champion (et pendant que City se sauve de justesse) « Owen Morris [producteur, qui craignait pour la voix de son poulain] : Mais t’es mĂŞme pas un supporter de Blackburn ! – Liam : Ouais mais je peux tellement pas sacquer Manchester United ! ». Pour Liam, tout prĂ©texte est bon Ă  prendre quand il s’agit de sortir, et il filera d’ailleurs ce soir lĂ  au bar du coin, plus pour boire que pour fĂŞter la dĂ©faite des Red Devils … Quelques mois plus tard (What’s The Story) Morning Glory sera le plus grand succès des frangins de Manchester. Et après une tournĂ©e mondiale, en 1996, le concert final aura lieu Ă  Maine Road, comme en communion avec un club qui vient pourtant de connaĂ®tre une nouvelle relĂ©gation en Championship quelques semaines auparavant.

 

 

 La suite la semaine prochaine …

 

 

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