sam. Juil 20th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Accrington Stanley, le club qui ne voulait pas mourir.

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Dans notre superbe époque régulée par les marchés financiers et le commerce, quand on parle de football, beaucoup pensent à l’argent. Quand on parle de football et d’argent, beaucoup pensent à l’Angleterre. Chez Tout le monde s’en Foot, on aime bien parler de ce qui n’intéresse pas les gens. Cet article va donc présenter un club de football sans argent. Une équipe dont vous avez peu de chance d’avoir entendu parler, et dont tout le monde se contre-fout jusqu’à présent, à tort.

Vous l’avez peut-être oublié, surtout si vous avec une mémoire un peu faible, mais le premier championnat officiel de l’Histoire s’est déroulé en 1888-1889. Au sein des douze participants, des clubs de l’actuelle Premier League (WBA, Stoke, Everton et Villa, mais eux plus pour longtemps), ainsi que de Championship, League One et League Two. En bref, les douze sont toujours professionnels, mais un seul d’entre eux a réussi l’exploit de mourir et d’être pourtant toujours présent. Mesdames et messieurs, bienvenue à Accrington.

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Brique, football et faillite.

Située à l’est de Blackburn et à trente kilomètres au nord de Manchester, la ville d’Accrington est connue pour sa brique. Réputée comme la plus solide du monde, elle a notamment servi à la construction de l’Empire State Building (merci wikipedia). En dehors de ça, la ville de 45 000 habitants est surtout reconnue pour pas grand chose. Ce n’est pas plus mal qu’on s’arrête là puisque le contexte est placé et il y a déjà bien assez à faire avec l’histoire d’Accrington Stanley.

Parce que oui, ça commence déjà. Le nom officiel est Accrington Stanley, alors que le club qui a fondé le championnat était Accrington Football Club. En fait, le club amateur de Stanley Villa (qui aurait été fondé par les patrons du bar Stanley Arms de la rue de Stanley à Accrington) a profité du fait qu’en 1893 Accrington FC démissionne de la première division pour prendre le nom de la ville et en devenir le club officiel. Après un « jumelage », il a continué de jouer dans les (très) basses divisions du football britannique jusqu’en 1921, date à laquelle Accrington Stanley est invité par la Football League à faire partie intégrante de la toute nouvelle Troisième division nord. Le club est officiellement de retour sur la carte du football anglais, même si c’est par la petite porte. La suite n’est qu’un ensemble de performances d’une équipe lambda qui lutte pour sa survie. Plusieurs fois au bord de la faillite, le club est finalement obligé de jeter l’éponge en 1962. Accrington Stanley est officiellement dissout.

Il faut attendre six longues années avant que les choses évoluent assez et qu’un groupe local forme une nouvelle équipe nommée Accrington Stanley Football Club. Le club récupère alors The Crown Ground (le terrain de la couronne pour les gens fâchés avec l’anglois) comme stade. Le coaching est confié à Jimmy Hinksman, ancien joueur du défunt Stanley. Les débuts officiels ont lieu en 1970-71, en Lancashire Combination. 620 personnes sont présentes en tribunes pour le premier match, vingt-deux sur le terrain et une seule, Terry Tigle, est un ancien joueur d’Accrington Stanley. Il est le seul joueur de l’histoire à avoir joué pour les deux clubs distinctifs (mais qui du coup est le même, ça va vous suivez?). Pour l’anecdote, cette première rencontre se solde par une victoire sur Formby.

Si la ville est connu pour sa brique, le club lui enchaîne les parpaings dans la lucarne des opposants. Il suffit d’attendre la deuxième saison de sa nouvelle vie pour voir Stanley (à noter la superbe originalité dans le choix du surnom) remporter la League Cup contre Ashton Town ainsi que la Combination Cup. En championnat, une place de second est acquise, malheureusement insuffisante pour monter.

Je me permets de faire une pause et d’arrêter de vous raconter les évolutions sur le plan sportif. Cela ne résulte pas d’un manque de volonté de ma part, plutôt d’une envie de préserver l’équilibre mental du (maigre) lectorat qui aura osé cliquer sur cet article. Parce qu’en Angleterre, le système des divisions est légèrement compliqué et je pèse mes mots. Vous pouvez vérifier de vous-même en cliquant sur cette phrase. Le football professionnel anglais comporte quatre divisions : Premier League (20 clubs), Championship (24 clubs), League One (24) et League Two (24). 92 équipes qui ont donc le statut de club pro. Après eux? Le chaos. Il existe officiellement aujourd’hui 19 divisions amateures elles-mêmes subdivisées (sauf la National League, D5) en plusieurs groupes/divisions. Certaines de ces subdivisions atteignent jusqu’à quasiment 30 groupes. Sachant qu’économiquement nous sommes très loin du faste du football professionnel. Chaque club joue réellement sa survie à cause de finances extrêmement difficiles à réunir. Il est courant que des clubs soient relégués administrativement, et même parfois disparaissent totalement de la carte du football anglais. Accrington est donc parti d’une division amateure avec comme objectif de retrouver un jour le monde professionnel de ses débuts. Je vous laisse imaginer la tâche qui attendait le club lors de sa (re)fondation.

Accrington-Stanley-001L’ancien stade, à l’abandon après la mort du club.

Survivre par les résultats.

 En 1971, Accrington se retrouve dans l’obligation de remonter un certain de nombre de divisions anonymes avant de pouvoir même prétendre à retrouver le football professionnel anglais. Dans le but de ne pas vous perdre, je ne vais pas vous faire toutes les étapes en détail. Si je le faisais ça donnerait ceci : en 1991, Stanley est promu en Northern Premier League Premier Division (oui oui) après que South Liverpool (oui oui bis) ait jeté l’éponge pour raison financière. Je préfère donc vous donner directement les années où Accrington est promu : 74, 77, 78, 79 (par création d’une nouvelle division), 81, 84, 91…

 En 1991, Stanley est alors en Division 7. Jusque là, le redressement sportif du club s’est plutôt bien déroulé. Malheureusement un autre problème continue de gangrener les excellents résultats de l’équipe : son terrain. Il serait assez osé de dire que la météo anglaise est capricieuse. Il serait plus logique de partir du principe que dans la région de Manchester, le jour où il ne tombe pas des seaux d’eau est à marquer d’une pierre blanche. Du coup, le gazon devient très souvent impraticable. Et pour qu’un terrain soit déclaré impraticable en Angleterre, il faut réellement une bonne raison.

Des fois, il pleut. (crédit Accrington Stanley)
Des fois, il pleut. (crédit Accrington Stanley)

  Le souci c’est que pour Accrington, les bonnes raisons se multiplient. Dès le début des années 70, en 1972 exactement, la pelouse du Crown Ground est tellement détériorée que l’équipe est forcée de retrouver sa première maison : Peel Park. A peine quatre ans plus tard, les mêmes soucis réapparaissent et le club doit de nouveau retourner à son ancien stade. Les dirigeants se demandent même si un retour définitif ne serait pas une bonne chose pour l’équipe. Finalement, la décision de conserver le terrain de la couronne est votée.

 Mais en 1979/80, Stanley est confronté à un problème de taille : malgré une saison qui voit le club terminer second de la nouvelle Cheshire League Second Division, l’accession à l’échelon supérieur est refusé à cause de la pelouse. Cette mésaventure va être une sonnette d’alarme pour tout Accrington. Des travaux partiels vont être réalisés, et en 1983/84 le club va investir 40 000£ pour rénover entièrement son terrain. Pour un club qui ne roule pas sur l’or, cette somme est considérable. Encore plus pour une ville située dans une région minière à cette époque (la tragique grève des mineurs britanniques sous Thatcher a lieu en 84/85).

 Heureusement, la situation sportive du club s’améliore et les échelons amateurs du football britanniques sont progressivement grimpés. L’équipe se permet même une petite aventure en FA Cup 1992/93, puisque Stanley atteint le deuxième tour. Bon, ils y sont balayés 6-1 par Crewe Alexandria. Mais l’exploit est déjà beau.

  Toujours en besoin de liquidités afin de financer son retour vers le football professionnel, mais aussi simplement de survivre, Accrington est en constante recherche d’un investisseur. Miracle, en 1995 Eric Whalley acquiert une part de Stanley et décide immédiatement d’investir dans une partie de son capital afin d’améliorer la structure du club. Il dépense ainsi 50 000£ dans un nouveau terrassement pour la pelouse ainsi qu’un stage à la Barbade où l’équipe y remporte la Coupe Anglo-Barbadaise (prends ça le Stade Rennais).

Les sentiers de la gloire.
Les sentiers de la gloire.

Parce que Football Manager en vrai c’est toujours mieux.

     Malgré l’arrivée de son investisseur, le club est toujours extrêmement limité financièrement. L’équipe se comporte bien mais le niveau sportif a tendance à stagner fin 90/Début 2000. Heureusement, la chance va enfin tourner pour Stanley. Pour une fois, l’argent va décider d’entrer dans les caisses du club, et pas qu’un peu.

    En 1997 Accrington, toujours en recherche d’argent, est contraint de vendre sa star Brett Ormerod au voisin de Blackpool. Le club touche alors une indemnité de 50 000£, somme qui permet de relancer ses finances pour quelques temps. Mais, très intelligemment, Stanley avait tenu à ce qu’une prime de 25% sur le bénéfice de la revente éventuelle du joueur soit inclue dans le deal. Fin 2001, c’est le jackpot. Ormerod est acheté plus d’un million de £ivres par Southampton. Accrington récupère donc plusieurs centaines de milliers de pounds dans l’affaire… La somme assure ainsi la survie du club pour quelques années, en plus de permettre le développement de l’équipe.

  Dès 2002-2003, Stanley réalise la meilleure saison sportive de son histoire et remporte la Northern Premier League grâce à une victoire 3-1 contre Altrincham (club qui aura aussi bientôt le droit à son dossier perso, il le mérite). Accrington termine avec 100 points et 97 buts inscrits. L’année suivante, Stanley découvre la Football Conference pour la première fois de son existence. Les « Reds » ne sont plus qu’à une montée de réussir leur rêve et de retrouver le football professionnel anglais. Ironie de l’histoire, pour son premier match en 5e division Accrington se déplace chez un autre club reformé : Aldershot Town. L’évènement est en live sur Sky Sports. Pour l’anecdote, ce sont les locaux qui l’emportent 2-1.

  Pourtant, il ne faut surtout pas que le club se contente de sa nouvelle accession. La Conference est l’équivalent du National français : un mélange entre les clubs qui sortent du monde professionnel et qui cherchent à tout prix à y retourner et ceux qui veulent le découvrir. Financièrement, ce n’est pas un championnat viable où l’on peut se contenter de survivre. Heureusement, Accrington va vite réussir son pari d’accession. En 2005-06, le club termine la saison avec 91 points et remporte le titre. Grâce, notamment, à une série d’invincibilité de 19 matchs d’octobre à mars. C’est désormais officiel : un des clubs historiques du Royaume-Uni est de retour dans le monde professionnel.

  Les premières saisons sont difficiles, mais l’équipe tient le coup et le maintien est acquis assez tranquillement. Stanley continue de faire des petits parcours en coupe, s’octroyant le droit d’affronter des clubs de Championship ou de Premier League (Fulham, Newcastle…). En 2010/11, Accrington termine cinquième et arrive donc à participer aux Play-offs pour la première fois de son histoire. Malheureusement l’aventure s’arrête dès les demies-finales contre Stevenage.

Maintenant, vous savez pourquoi.
Maintenant, vous savez pourquoi.

Accrington Stanley Football Club, entre arrivée miraculeuse et Redvolution.

 Depuis ce très beau parcours, Stanley continue d’essayer de survivre. Avec un bilan financier toujours précaire, le club doit faire face à des dépenses toujours plus importantes. Du coup, les initiatives se multiplient pour essayer de maintenir en vie le club qui ne voulait pas mourir. L’an passé, le tirage au sort de la FA Cup avait offert Manchester United aux Reds d’Accrington. Malheureusement, le replay de leur match précédent les a éliminé sans pouvoir affronter l’ogre mancunien. Pas de soucis pour les dirigeants, qui ont fait éditer des tickets pour ce match historique n’ayant pas eu lieu. La vente a ainsi permis d’offrir aux supporters et aux collectionneurs un morceau de l’Histoire du club. Et à ce dernier, de compléter son budget en se consolant de la perte financière engendrée par cette élimination précoce.

Il faut dire que le moindre centime est le bienvenu pour Stanley. Avec une dette estimée à 1.2M£ le club va mal, très mal. Mais une fois de plus, le destin va changer la donne. En octobre 2015, le club annonce avoir trouvé un nouveau repreneur en la personne d’Andy Holt. Entrepreneur anglais, le bonhomme injecte immédiatement 1.6M£ pour éponger la dette et donner des liquidités à un club qui se pensait déjà condamné à une deuxième mort.

Comme si tout était lié, Accrington est reparti de plus belle vers son rêve. Pour sa onzième année consécutive en Football League, le club est actuellement quatrième de League Two. A seulement 5 points du podium et avec deux matchs en retard, Stanley peut croire à une montée qui était encore inimaginable il y a 8 mois. La bande menée par Kee (14 buts) et Windass (10 buts) a treize matchs pour écrire une nouvelle page de l’histoire de Stanley.

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Pour les supporters et le club, pas de doute la « Redvolution » est lancée et le futur s’annonce brillant. Pourtant, tout le monde est bien conscient que cet équilibre est précaire et que rien n’est possible sans le soutien des bénévoles mais aussi des fans et des sympathisants.

C’est pourquoi je vous laisse ici des liens vers vers le site du club, son Twitter (qui est d’ailleurs très bon) mais aussi sa boutique. Je vous conseille aussi de faire le déplacement au Wham Stadium si vous en avez l’occasion, l’ambiance y est belle, réellement. Et puis après tout, ce n’est pas tous les jours que vous irez voir jouer un club ayant été déclaré officiellement décédé.

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