ven. Nov 15th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Ça s’est passé … le 19 septembre 1973 : Quand l’OGC Nice écrasait le Barça

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Dans les années 70, l’OGCNice connait une période de renouveau importante. Poussé par un président motivé à redorer le blason du club en la personne de Roger Loeuillet, et un maire passionné de sport, Jacques Médecin, le club se met à recruter en masse des vedettes de tous horizons; Charly Loubet, Hervé Revelli, Roger Jouve, Jean-Marc Guillou, Marc Molitor, Jean-Noël Huck, Jean-Pierre Adams, l’international hollandais Dick van Dijk qui arrive du grand Ajax Amsterdam des années 70, l’international suédois Leif Eriksson, Dominique Baratelli, Francis Camerini … Ils finiront tous internationaux au moins une fois. Jean Snella, déjà trois fois champion de France avec l’ASSE (une tribune de Geoffroy-Guichard porte son nom), est aux manettes. Lors de la saison 1972-1973 ils obtiennent le titre fictif de champions d’Automne, avant d’accuser une baisse de régime. Ils se retrouvent tout de même en 32èmes de finale de la Coupe de l’UEFA. Alors que leur dernière participation à une coupe continentale les avait amené à affronter le Real Madrid, et à le battre 3 buts à 2 au Stade du Ray, c’est une nouvelle équipe espagnole qui va venir sur le terrain du quartier de Saint-Maurice, une certaine équipe catalane qui vient de terminer vice-championne de son pays.

Sans titre
Les logos de l’époque

Cette équipe, comme dit dans le titre, c’est le FC Barcelone. Et cette équipe fait peur, très peur. Entraîneur : Rinus Michels, l’inventeur du football total. Arrivé deux ans avant de l’Ajax Amsterdam, où il a remporté une CCC, quatre championnats et trois coupes. Au mercato d’été, il fait venir son poulain Johan Cruijff auprès de lui au Barça pour un transfert record à l’époque. Lui, le Ballon d’Or de cette même année, et qui remportera celui de l’année d’après aussi. Il reste sur neuf saisons dans son Ajax, et 274 buts en 345 matches. Une pointure du milieu, à une époque où les Pays-Bas commencent à faire régner la peur sur le football mondial. Lors du dernier entraînement avant la rencontre face au Gym, il fascine les journalistes, tout heureux d’avoir en face d’eux un des meilleurs joueurs du monde. Il impressionne tout le monde. Il est au sommet de sa carrière, à 26 ans. Il ne jouera pas cette rencontre. Pas encore qualifié pour cette rencontre, il fait tout de même le déplacement sur la Côte pour soutenir ses nouveaux coéquipiers. Assis dans les tribunes, il enchaîne les cigarettes, chose pas anormale en ces temps anciens, comme stressé par cette première rencontre à enjeu et sur laquelle il ne pourra rien influencer.

Les Niçois sont remontés à bloc, bien décidés à faire honneur à leur place dans la compétition. Ils partent au vert en montagne pour se préparer à l’affrontement, seul Francis Camérini manque à l’appel. Sinon, le groupe est au complet. Jean Snella les motive en se fondant sur l’importance du mental :  « Poste par poste, je vous ai comparé aux joueurs du Barça. J’ai la conviction que vous êtes à leur niveau. Personne n’est inférieur. N’ayez donc aucun complexe. Si vous croyez en vos chances, la qualification est possible ». Le ton est donné, les rouge et noirs (et surtout blancs cette saison-là) se donneront à fond. C’est un mercredi, les tribunes ne sont pas remplies. Entre 15000 et 17000 personnes, quand le Ray de l’époque peut en comporter plus de 25000. Tant pis, les aiglons feront sans. Ils rentrent sur la pelouse en avance, prêts à en découdre. Les espagnols évolueront en 4-3-3, système habituel du football total : Sadurni – Torres, Gallego, Juan Carlos, De la Cruz – Costas, Asensi, Sotil – Juanito, Marcial, Carreno. Les Niçois aussi :

La composition des futurs héros
Notez le point d’interrogation concernant le numéro de Van Dijk

Le match commence fort, Baratelli commence par donner de la confiance aux locaux. Sur un centre coté droit des Barcelonais, il arrête une tête puissante, sa défense restant passive. Quasiment sur la contre-attaque, Van Dijk décroche et récupère dans la moitié de terrain adverse, il élimine Gallego qui l’avait suivi d’un « Cruyff Turn ». Il transmet à Eriksson, à 25m sur la gauche. Celui-ci écarte sur l’aile droite vers Loubet, qui évite un tacle dangereux du défenseur catalan. Il centre vers Molitor, mais le gardien Sadurni, trophée Zamora 1973 (et 74 et 75) repousse … directement sur Van Dijk, qui conclut instantanément. 5 minutes de jeu, l’OGCNice mène 1-0. Les barcelonais tiennent le ballon, mais défendent peu ou mal. Même en sous-nombre, les niçois arrivent à se libérer de l’espace en une passe, profitant de la vitesse de Loubet, finalement ailier droit. Ils se procurent plus d’occasions mais manquent de précision dans le dernier geste. Nice rentre au vestiaire avec un but d’avance, mais avec la sensation de pouvoir faire encore mieux.

La deuxième mi-temps ressemble fortement à la première. Alors que les barcelonais attaquent moins, Nice en profite. A la 66ème minute, une offensive niçoise semble avortée par une interception des visiteurs. La relance est complètement manquée, elle arrive dans les pieds de Roger Jouve, l’un des meilleurs dribbleurs de sa génération, qui revient de sa première sélection et son premier but en équipe de France quelques jours avant, évite le pressing de deux barcelonais et transmet à Marco Molitor sur le coté gauche de la surface. Celui-ci s’avance et pique au dessus de Sadurni. 2-0. Le match n’est pas fini. A la suite d’un cafouillage dans la défense, Sotil se retrouve en face à face avec Baratelli dans les six mètres. Il tente de l’éviter et de pousser le ballon au fond mais le portier rouge et noir sort une parade de grande classe et préserve son clean sheet. Le FCB a laissé passer une chance. L’OGCN sera impitoyable. Sur un coup excentré, deux niçois se trouvent dans la surface. Molitor, encore lui, surpasse le défenseur adverse et dévie le ballon dans la tête dans le coin inférieur droit des cages adverses. 3-0 à la 79ème. Le score n’évoluera plus.

Au match retour, les Barcelonais tentent une réaction d’orgueil. Malheureusement cela ne suffira pas saison puisque suite à une partie héroïque des niçois et à un Dominique Baratelli en feu, ils ne s’imposeront que 2 buts à 0. 3-2 au score cumulé, le FC Barcelone est éliminé au premier tour de la C3, par un club qui évoluait encore en Division 2 trois ans auparavant. 11 ans avant l’exploit bien plus connu du FC Metz qui ira battre Barcelone sur sa pelouse 4-1, l’OGC Nice devient une des premières équipes françaises à battre le géant catalan.

Debout, de gauche à droite : Rossi (entraîneur adjoint), Adams, Fioroni, Ericksson, Baratelli, Isnard, Ascery, Jouve, Camerini, Gal (kiné), Snella (entraîneur). Accroupis : Van Dijk, Chorda, Douis, Huck, Molitor, Grava, Loubet, Castellani.
Debout, de gauche à droite : Rossi (entraîneur adjoint), Adams, Fioroni, Ericksson, Baratelli, Isnard, Ascery, Jouve, Camerini, Gal (kiné), Snella (entraîneur).
Accroupis : Van Dijk, Chorda, Douis, Huck, Molitor, Grava, Loubet, Castellani.

Au tour suivant, les niçois feront face à Fenerbahçe. Dans un stade du Ray qui fait ce soir-là son record d’affluence (qui ne sera battu qu’en 2013 avec le nouveau stade), Marco Molitor, déjà auteur d’un doublé face au Barça, inscrit un quadruplé face aux turcs.* Défaits là aussi 2-0 au match retour, ils ne seront éliminés qu’en huitièmes de finale par le FC Cologne (1-0, 0-4). En championnat les niçois termineront 5èmes et l’entraîneur Jean Snella sera débarqué. Cette génération dorée connaîtra à nouveau la C3, mais rien de plus. Elle reste à ce jour considérée comme un énorme gâchis** puisqu’elle ne gagnera jamais de trophée, et une finale de Coupe de France perdue face au Nancy de Platini en 1978 marquera la fin d’une époque. A partir de 1979 le Gym jouera le maintien et finira en D2 en 1982.

Le FC Barcelone, lui, se remettra de ce revers et, grâce entre autres forcément à l’apport de Johan Cruyff, qualifié à partir du mois de décembre, finira champion de la saison 1973-74 et finaliste de la coupe nationale. Avant eux aussi d’enchaîner les titres de vice-champion et de faire une finale de Coupe d’Espagne en 1978, mais gagnée pour eux.

La compétition sera finalement remportée par le Feyenoord Rotterdam, 4-2 au cumulé face à Tottenham.

Si vous voulez un résumé vidéo rapide de la rencontre, le voici.

Si vous êtes un hipster du foot, ou juste un curieux qui voudrait voir à quoi ressemble une rencontre de football total des années 70, le match presque complet est par ici.

Henri Death

* Il ne marquera plus jamais en Coupe d’Europe. Mais avec ces 6 buts en 2 matches, il reste à ce jour le 3ème meilleur buteur ex-aequo en compétitions européennes de l’histoire du club. Il terminera sa carrière sur une blessure à 27 ans.

** Petit test simple : si je devais vous demander de citer un grand club français des années 70, à qui penseriez-vous ? Marseille ? Saint-Etienne ? Nantes ? Sûrement pas Nice. Malgré un effectif qui compta jusqu’à sept joueurs de l’équipe de France, et trois « titres » de vice-champion en quelques années, cette équipe n’aura laissé aucune trace dans les mémoires collectives … A part dans celle des niçois.

 

Henri Death

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