lun. Sep 23rd, 2019

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Mais on le dit quand même

Et Cantona révolutionna le foot anglais

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Le 8 février 1992, Jack Wilshere était encore un nourrisson alors que la mère de Neymar, 3 jours, sortait tout juste de la maternité. A Oldham, une petite ville industrielle de la grande banlieue de Manchester, un certain Eric Cantona faisait lui ses débuts dans le football anglais sous les couleurs de Leeds United. Débuts ratés avec une défaite 2-0 mais surtout le début d’une renaissance pour le natif de Marseille, et pour l’ensemble du football anglais.

Deux géants à la relance

En décembre 1991 à la suite d’une altercation verbale avec les membres de la commission de discipline de la FFF, et après avoir jeté un ballon sur l’arbitre lors d’un match de championnat contre Saint Etienne alors qu’il portait les couleurs de Nîmes, Cantona annonçait à la surprise générale sa retraite. A seulement 25 printemps, le minot était passé du statut de génie du côté d’Auxerre à celui d’enfant terrible du football français après un passage raté à l’OM. Sur les conseils de Michel Platini, alors sélectionneur de l’équipe de France, Canto décide de traverser la Manche.

Côté anglais, la deuxième moitié des années 1980 a aussi été loin d’être glorieuse. Depuis 1985 et le drame du Heysel, et jusqu’en 1990, les clubs anglais avaient été exclus de toutes les compétitions européennes, difficile donc d’attirer les meilleurs joueurs et de garder les siens (Gary Lineker quitte ainsi Everton pour le FC Barcelone). La sélection aussi est à la peine, un quart décevant lors de la Coupe du Monde 1986, une élimination piteuse dès le premier tour à l’Euro 1988 … Le football anglais stagne – les salaires aussi – et se voit rattraper notamment par la France, l’Espagne et surtout l’Italie. Bref, la destination du gamin des Caillols pouvait laisser songeur.

Après un essai infructueux du côté de Sheffield Wednesday, c’est finalement à Leeds qui Canto signe dans les dernières heures du mois de janvier 1992, un peu à la surprise générale. La future idole ne parle alors pas un mot d’anglais, mais cela ne l’empêche pas de rapidement devenir une attraction pour les supporters des Peacocks. Celui que l’Angleterre surnommera “King Eric” ne s’est toutefois pas adapté au football anglais en quelques heures. Jusqu’au mois de mars, il tarde à s’imposer, jusqu’à un certain match contre Tottenham où tout juste sorti du banc, il livre une passe décisive à Gary McAllister, et Leeds l’emporte, prenant par la même occasion la tête du championnat. Trois points cruciaux dans le mano à mano qui oppose Peacocks et Manchester United, et Canto jouera un rôle décisif dans l’obtention du trophée de champion, le premier depuis près de 18 ans pour Leeds.

Lors de la célébration du titre, il se livre, dans un anglais incertain, à une déclaration devenue célèbre « I love you, I don’t know why, but I love you ». C’est le début de la Cantomania. En novembre de cette même année, il signe à United, et on connait la suite.

Canto, ce modèle
L’année dernière, un sondage du Daily Telegraph faisait de Cantona le meilleur joueur étranger de l’histoire du football anglais avec près de 40% des suffrages, soit près du double de Thierry Henry, second. Cristiano Ronaldo complètait le podium avec « seulement » 12%. Les faits sont là, Canto reste une idole outre-manche alors que la France ne voit en lui qu’un génie agité n’ayant jamais percé sous le maillot bleu.

Il n’était pourtant pas le joueur le plus technique ou le plus rapide du championnat, ne fut jamais performant sur la scène européenne, mais son aura reste énorme. Il demeure l’un des pionniers étrangers du football anglais, en contribuant à faire rentrer la Premier League dans une nouvelle dimension aux côtés des Peter Smeichel, Denis Bergkamp ou Gianfranco Zola. Jusque là, la plupart des étrangers évoluant dans l’élite anglaise étaient scandinaves ou originaires d’Europe de l’Est, jamais un étranger d’Europe occidentale n’avait connu tel succès. Mark Ogden, journaliste au Daily Telegraph, le résume parfaitement, jusque là, « Le football anglais était… anglais », c’est à dire encore largement teinté d’amateurisme dans l’hygiène des joueurs – le pub du mercredi après-midi était encore une institution – et peu cosmopolite. Cantona a en quelque sorte rendu le football anglais plus glamour.

Canto était un modèle pour de nombreux jeunes joueurs qui l’ont côtoyé, Ryan Giggs en premier. Le milieu gallois confiait ainsi il y a quelques années « Quand Eric est arrivé à Manchester United, il a changé notre manière de nous entraîner. Après l’entraînement il restait sur le terrain pour travailler encore et encore. Il demandait à quelqu’un de lui faire des centres pour travailler son jeu de tête ou les reprises de volée, pour marquer des buts, il y avait toujours un gardien qui restait avec lui. A cette époque, on était 6 ou 7 jeunes joueurs, on venait d’arriver au club, et on l’a imité. On s’est dit que si c’était ce qu’il fallait faire pour devenir un grand joueur, alors on doit le faire, ne pas se contenter de l’entraînement classique, et on a suivi l’exemple d’Eric » La génération dorée des Three Lions – David Beckham, Paul Scholes, les frères Neville pour ne citer qu’eux – s’est inspirée de ses méthodes. Sans lui, le football anglais n’en serait probablement pas là.

« Alors que le football anglais négociait le tournant commercial imposé par l’invention du Premiership et les droits de télévision de BSkyB, l’icône Cantona paraissait aux fans comme un mélange des meilleures traditions du jeu anglais (des joueurs ‘modestes’, durs à l’effort, fidèles aux clubs) et des bonnes traditions ‘autres’ des championnats étrangers (le ‘flair’, la technicité du jeu, le romantisme). » explique ainsi Hugh Dauncey, historien à l’Université de Newcastle. Quelques années plus tard, en 1996, son équipementier décidait de rendre hommage à son héritage. Football’s coming home.

3 thoughts on “Et Cantona révolutionna le foot anglais

  1. Bel hommage. Juste qq précisions. Après le Heysel, les clubs anglais ont été exclus de toute coupe d’Europe pdt 5 ans, il est normal de ne pas en trouver en finale de ligue des champions (qui d’ailleurs n’existait pas à l’époque, c’est la coupe d’Europe des clubs champions).

    Quant à l’amateurisme anglais, il est largement à relativiser puisqu’entre 1977 et 1984, soit 8 C1, 7 septs ont été gagnées par trois clubs anglais différents (Liverpool 4 C1, Nottingham Forest 2, Aston Villa 1)…

    Cela dit, Cantona a bel et bien permis la construction d’un MU en disgrâce depuis 25 ans, sans titre de champion, et sans C1, et a contribué à la formation de toute une génération.

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