dim. Déc 8th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Les Malouines sur un rectangle vert

6 min read

31 ans après le début de la guerre des Malouines, les tensions entre Britanniques et Argentins sont loin d’être apaisées. La preuve, il y a quelques semaines, 98,8% des habitants de cet archipel perdu à côté du Pôle Sud préféraient dans les urnes, Wayne Rooney à Leo Messi. Comme dernier conflit contemporain majeur, l’évènement a eu un impact majeur sur le football mondial, et joue encore aujourd’hui, un rôle à part dans la rivalité entre les deux sélections.

BOYCOTT OR NOT BOYCOTT ?

Rappel des faits : Argentins et Britanniques se disputaient la souveraineté de cet archipel de plusieurs centaines d’îles perdu au beau milieu de l’Atlantique Sud. Et c’est la dictature militaire argentine qui lança les hostilités en jouant sur l’effet de surprise, le 2 avril 1982, en tentant de récupérer des territoires sous souveraineté britannique depuis près de 170 piges. Quelques heures plus tard, la Grande Bretagne de Thatcher réagit en dépêchant sur place sa légendaire flotte de guerre. Deux mois et demi, et environ 900 morts plus tard, le conflit s’acheva sur rien de nouveau, un banal statu quo, comme avant le début des combats. Autant dire qu’il ne fallait pas, pendant cette période, être argentin en Angleterre, ou anglais en Argentine.

En témoigne outre-manche, le milieu argentin de Tottenham  Oswaldo « Ossie » Ardiles (dont le cousin est mort pendant la guerre, photo), qui fut soumis à tellement de pressions qu’il fut prêté pour quelques mois au Paris Saint-Germain, alors qu’il était l’un des joueurs préférés du public anglais. L’équipe de Stockport County, quant à elle, abandonna ses traditionnelles rayures blanches et bleues, trop argentin il parait … Imaginez donc dans quelles conditions se préparait la Coupe du Monde 1982 en Espagne, à laquelle participait l’Argentine et l’Angleterre, mais aussi l’Ecosse et l’Irlande du Nord. Après 30 années de délai légal, de nombreux secrets d’archives ont été dévoilés l’année dernière, de quoi nous apprendre que la participation anglaise avait même été remise en cause.

Pour protester contre la participation de l’agresseur argentin, l’Angleterre songeait en effet à boycotter le tournoi ! Juste après l’invasion argentine, le ministre des sports de sa Majesté avait logiquement invité toutes les équipes à s’abstenir de se rendre sur le sol argentin. Mais dans la foulée, il s’inquiétait encore plus dans une lettre à Maggie «Jusqu’il y a une semaine ou dix jours, je campais sur la position selon laquelle c’était aux instances footballistiques de se prononcer sur leur participation. Néanmoins, la perte de vies britanniques sur le HMS Sheffield et les Sea Harriers a eu un effet prononcé sur certains internationaux et dirigeants. Ils éprouvent du dégoût à l’idée de jouer le même tournoi que l’Argentine en ce moment». Heureusement pour les organisateurs, devant les conséquences et surtout le refus des autres équipes britanniques de suivre le mouvement, le projet tombera rapidement à l’eau.  Un cessez-le-feu sera même signé la veille du début du tournoi.  Plus de peur que de mal, pour le moment …

DIEGO, LES PETITS OISEAUX ET DES HOOLIGANS

C’est quatre ans plus tard que s’affronteront finalement Angleterre et Argentine, au Mexique, dans l’un des matchs les plus célèbres de l’histoire, marqué par le doublé d’un certain Diego Maradona … La guerre était encore dans tous les esprits. Lors de tous les matchs de l’Albiceleste dans la compétition, les fans argentins exhibaient des banderoles « Les Malouines sont Argentines », et gueulaient des chants ultra-violents à l’égard des Anglais. Les hooligans anglais eux, étaient aussi sur place, prêts à en découdre. Autant dire que ce 22 juin 1986, devant les 115 000 spectateurs du Stade Azteca de Mexico, la tension était palpable, un journal mexicain titrant même  « Ne manquez pas dimanche 22, la deuxième version de la guerre des Malouines: Argentine – Angleterre ». Et pourtant , l’ONU avait décrété peu de temps auparavant que 1986 serait l’année de la paix …

Et malgré une surveillance des plus étroites de la police mexicaine, les principaux groupes ennemis parviendront à se mettre sur la gueule. En prévision, les Argentins se sont même coalisés malgré leurs hostilités respectives de clubs, et ont été renforcés par des militants politiques, des syndicalistes et autres experts du combat de rue, mais aussi des Écossais  rivalité contre l’occupant historique oblige (aucune nouvelle des français en revanche). Au final, les Anglais prendront une belle raclée, une trentaine de blessés graves et une retraite honteuse dans les faubourgs de Mexico en témoignent. Quelques heures plus tard, les footballeurs argentins faisaient de même, au grand bonheur de leurs fans, pour qui la revanche était prise. Si bien que pour de nombreux argentins, cette guerre des Malouines pris fin au Mexique, ce 22 juin 1986.

Histoire d’en rajouter une couche, sur sa célèbre main, El Pibe de Oro refusait l’idée d’une intervention divine, mais témoignait juste d’une volonté de vengeance « Nous reprochions aux joueurs anglais ce qu’il s’était passé, toutes les souffrances du peuple argentin. […] Nous savions que de nombreux gamins argentins étaient morts, abattus comme de petits oiseaux. C’était notre revanche ». Sentiment partagé par l’ancien sélectionneur Roberto Perfumo, qui balançait quant à lui « En 1986, remporter la rencontre contre l’Angleterre était suffisant. Gagner la Coupe du monde était secondaire pour nous. Battre l’Angleterre était notre vrai but ». Côté anglais, moins de déclarations tapageuses mais une revanche prise lors de la Coupe du Monde 2002, avec une victoire 1-0 qui élimina l’Albiceleste dès la phase de poule. « Ce penalty n’avait plus rien à voir avec le sport. C’est l’histoire qu’on écrivait ici » pouvait ainsi t’on lire dans les pages d’un roman policier de Graham Hurley, sur l’unique but de la rencontre, inscrit par un certain David Beckham.

 

LA LIGUE 1 WATERLOO ?

L’année dernière, la présidente argentine Cristina Kirchner en a remis une couche en se plaignant à l’ONU d’une militarisation des îles de la part des méchants Britanniques. Mais en plus de la diplomatie, c’est aussi sur le terrain sportif que l’Argentine contre-attaque.  Elle qui a l’habitude d’utiliser le football pour servir sa propre cause politique, avait déjà, il y a deux ans, renommé le championnat de clôture en l’honneur de son défunt mari et ancien président Nestor Kirchner … Dans la foulée, quelques jours plus tard, le club de Lanus arborait une représentation des Malouines sur les manches de son maillot.

Mais cette fois-ci, la présidente est allée encore plus loin, à l’occasion des trente ans de la fin du conflit, en proposant de renommer ce même championnat de clôture « Première division croiseur Général Belgrano », en l’honneur d’un vaisseau argentin coulé pendant le conflit, causant la mort de 323 soldats (la moitié des pertes de l’Argentine pendant toute la guerre). Surtout, cet événement a pendant longtemps fait débat entre l’Angleterre et l’Argentine, puisque le bateau aurait été coulé alors qu’il s’éloignait de la zone des combats et ne représentait absolument pas une menace. La FIFA quant à elle, n’a pas manqué de réagir dans un communiqué de presse : «La Fifa a rappelé à l’AFA que l’article 3 de ses statuts interdit toute sorte de discrimination contre un pays, une personne privée, ou un groupe de gens sur la base des origines ethniques, de genre, de langue, de religion, de positions politiques. Tout changement potentiel du nom du championnat de première division entrerait clairement en infraction avec cet article et pourrait être sanctionné ». Et pourtant, quelques mois plus tard, c’est Arsenal qui remportera ce premier championnat au nom militaire … Et on attend toujours les sanctions. Heureusement, si en France, on devait renommer les championnats selon nos défaites nos plus célèbres, il n’y aurait probablement pas assez de niveaux …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Copyright © All rights reserved. | Newsphere by AF themes.