lun. Mai 27th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Mythes et légendes galloises : le règne du Cygne au pays du Dragon, première partie.

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Les contes de fées ne sont pas réservés qu’aux enfants. Il arrive parfois que, grâce à une série d’événements improbables, l’impensable se produise. C’est le cas au Pays de Galles et plus précisément à Swansea, où depuis maintenant une petite quinzaine d’année un club fait rêver petits et grands.

Swansea, ou l’art de ne jamais savoir rester en place.

Avant d’être moqué et/ou découvert ces deux dernières années avec le transfert d’ex joueurs de Ligue 1 (Gomis, Ayew, Tabanou), le club de Swansea City a une longue existence derrière lui. A travers le temps, les Jacks (un des surnoms du club) ont cultivé l’art des parcours en dent de scie.

Fondé en 1912 sous le nom de Swansea Town, le club gallois se permet de vivre une existence paisible jusqu’au début des années 80. Le seul changement majeur rencontré jusqu’alors est la modification du nom en Swansea City en 1969, afin de mieux représenter la nouvelle démographie de la ville. Les Swans ont passé leur existence à naviguer entre les seconde et cinquième divisions du football britannique. La séparation avec le Pays de Galles n’étant pas encore effective, quelques trophées ornent alors la vitrine du Vetch Field (le stade emblématique du club, voir plus loin dans l’article): championnat et coupe du Pays de Galles, titres des basses divisions de la Football League…

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L’équipe victorieuse de la Coupe du Pays de Galles en 1966.

Mais l’arrivée d’une légende galloise et de Liverpool : John Toshack, va changer la donne. En fin de carrière à seulement 28 ans, l’attaquant va venir endosser la double responsabilité d’entraîneur/joueur. Swansea va alors vivre une expérience incroyable, réussissant quatre montées consécutives de 1978 à 1982. Avec au bout, le droit de jouer au sein de l’élite pour la première fois de son histoire. Alors que le club découvre le sommet du football anglais, les Swans vont même atomiser le grand Leeds 5-1, mais aussi battre Arsenal, Tottenham, Manchester United et Liverpool. Grâce à ces exploits ils prendront régulièrement la première place au classement. Malheureusement, une fin de parcours chaotique les verra terminer sixièmes. Les années suivantes seront terribles puisque ce sont deux relégations consécutives qui vont pousser Toshack à partir. Une chute qui se terminera en quatrième division en 1986, soit seulement huit ans après le début de leur incroyable parcours.
Cet ascenseur constant va devenir une marque de fabrique pour le club qui ne va plus arrêter de changer de division. La suite de son existence se fera malgré tout majoritairement en League Two et League One. Il est d’ailleurs important de signaler que lorsque la FA réorganise le football professionnel au Royaume-Uni en 1992. Seuls les clubs gallois de Newport, Cardiff, Swansea, Colwyn Bay, Wrexham et Merthyr Town acceptent de rejoindre le football anglais. Les trois derniers évoluant dans des divisions obscures du football britannique.
Swansea va donc végéter dans le bas de la Football League, espérant un jour goûter de nouveau aux joies de l’élite. Pendant ces années noires, les Jacks vont tout même réaliser le premier exploit de la FA cup post création de la Premier League en devenant le premier club de League Two à faire tomber une équipe de première division. Ce n’est rien de moins que le West Ham de Lampard, Joe Cole ou Rio Ferdinand qui va se casser les dents sur les gallois en 1999. Une performance qui sera d’ailleurs ponctuée par une nouvelle montée en League One l’année suivante. Elle même suivie d’une nouvelle descente la saison d’après. A partir de là, les ennuis commencent.

    Dettes, Australie et champ de haricot.

   Croyez bien qu’en employant le terme d’ennuis, je suis un peu léger par rapport à la réalité du moment. Prenez tous les pires problèmes auxquels un club de football puisse être confronté et regroupez les. Vous obtiendrez Swansea City 2001-2002.

  Alors qu’en 2000-2001 l’équipe tente de sauver sa tête en League One, il y a de l’agitation en coulisse. Le murmure parcourt la ville : les Swans auraient accumulé plus de 800 000£ de dettes et ils seraient au bord du dépôt de bilan. La rumeur devient vite une réalité, puisque après une année sportive catastrophique et une relégation en League Two le club est vendu à Mike Lewis, ancien responsable commercial du club, pour la rondelette somme d’1£.

   Cette vente sonne le début de la fin pour une partie des supporters. Lewis ayant hérité de la dette colossale qui accompagnait Swansea City. Il devient donc maintenant propriétaire d’un club de 4e division anglaise, et doit exactement 801 000£ au consortium Ninth Floor. Face à ce gouffre financier, il n’a donc pas d’autre solution que de chercher un apport extérieur qui pourrait sauver le club. Forcément tous les moyens sont bons pour trouver un repreneur, Lewis va même jusqu’à publier une annonce officielle dans le journal au milieu des offres d’emplois.

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Donc tu cherches du boulot, et paf tu tombes sur ça.

    Pour résumer : le club a une dette immense, il n’y a plus personne de financièrement viable à sa tête, l’équipe première joue en League Two, et les résultats sportifs commencent à se détériorer. Il faut savoir qu’en Angleterre les quatre premières divisions, que l’on regroupe dans la « Football League », sont professionnelles. A partir de la division 5 débute la « non-league », par définition cette appellation regroupe tous les clubs qui ne sont pas professionnels. Par conséquent, si Swansea City perd son statut en descendant, c’en est terminé du club et de son histoire. Et bien sûr comme dans tous les contes, c’est au moment le plus tragique que le sauveur va arriver.

   Et bien pas du tout, puisqu’en octobre le club est vendu à un certain Tony Petty, Londonien résidant alors en Australie. Une fois encore l’homme hérite de la dette auprès de Ninth Floor. Immédiatement, il décide de virer sans ménagement une partie des joueurs de l’équipe et de mettre fin au contrat de plusieurs autres. Au total, ce sont six personnes qui doivent plier bagages. Il explique alors sa décision en insistant qu’un club doit se comporter comme une entreprise et donc réaliser ses actions dans l’objectif d’une rentabilité toujours plus prononcée. Dans les faits, cela se passe bien sûr autrement surtout à un niveau aussi bas qu’est celui de la League Two. Et forcément les actions de l’Australien ne fonctionnent pas. Pire, elles ne sont pas comprises pas les supporters.

 Pour se défendre, Petty est récemment sorti de son long mutisme dans un journal du sud du Pays de Galles. Il y explique que lors de la première visite, il avait emmené avec lui le président des Brisbane Lions. Ce dernier désirant investir pour aider le club gallois. Mais, toujours selon Petty : « malheureusement pour moi, ces gars sont retournés en Australie et quelque chose a évolué, en à peine ou une deux semaines ils avaient changé d’état d’esprit et m’ont laissé seul avec le bébé. Mais à ce moment là, Mike [Lewis, ndlr] avait déjà cédé le pouvoir, j’étais donc là, mais pas l’argent« . Sans argent, avec un staff réduit, Swansea s’enfonce dans la crise. C’est donc en tout logique que le 25 janvier 2002, le club doit officiellement prononcer son dépôt de bilan. Fin de l’histoire? Bien au contraire, puisqu’en réalité Tony Petty est la meilleure chose qui soit arrivée dans l’histoire de Swansea City.

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It’s movember all year.

Éviter le chant du cygne.

   Un petit retour en arrière s’impose, jusqu’au 8 juillet 2001 précisément. Alors que le club vient d’être vendu et que la dette est officialisée, un petit groupe de supporters se réunit à Port Talbot, ville industrielle collée à Swansea. Lors d’un meeting public qui réunit environ 150 personnes, l’idée d’un trust de supporters est évoquée. Elle devient rapidement une réalité puisque le 20 juillet, le président Neil McLure est démis de ses fonctions. Les supporters se rendent alors compte que le consortium Ninth Floor n’a aucune intention de reprendre Swansea dans son giron. Dès lors, il n’y a plus qu’une solution : collecter assez d’argent pour proposer un rachat viable du club et négocier un abaissement de la dette. Le rythme des réunions du trust s’accélère, chacun essayant d’apporter sa pierre monétaire à l’édifice. Pourtant des protestations s’élèvent, certains ne sont pas convaincus du bien fondé d’une telle entreprise. Des débats sont mêmes assez houleux lors des premières réunions. Malgré tout le trust est officiellement lancé le 27 août lors du match contre Cheltenham. Le succès est immédiat et près de 600 personnes deviennent membres. Mais la trésorerie ne suit pas aussi rapidement qu’escomptée, et chacun essaie de contacter les fans éparpillés dans le pays et à l’étranger. Des e-mails sont échangés de Llanelli à Moscou. Bref, le trust essaie de se construire au mieux le plus rapidement possible. Sauf que le scenario redouté arrive plus rapidement que prévu : un acheteur est trouvé par le club. Quand Tony Petty prend possession de Swansea City en octobre 2001, les supporters se doivent de réagir.

   C’est à partir de ce moment précis que la totalité de la ville va prendre conscience que le club est véritablement en danger. C’est là où les actions de Petty vont cristalliser toute la rancœur des Gallois. Bien malgré lui, il va réussir à rallier tous les supporters derrière le Trust pour la survie du club. Mais pour les premiers membres, la bataille s’était engagée à la minute où l’acte de vente était signé. La première réunion post-vente avait d’ailleurs aboutie à un consensus : il fallait tout faire pour racheter Swansea City le plus rapidement possible. Avec cet objectif, une première offre de 10 000£ est formulée. Elle est immédiatement refusée. Une nouvelle tentative est réalisée, cette fois-ci ce sont 50 000£ qui sont proposés, mais Petty reste inflexible et le trust est de retour au point de départ. Des solutions annexes tentent d’être trouvées rapidement. En toute fin d’année, une source révèle que Ninth Floor, conscient de perdre toujours plus d’argent dans l’affaire, est prêt à accepter le rachat de la dette de 801 000£ pour la somme de 100 000£. C’est alors l’occasion rêvée pour le Trust. Grâce à Mike Lewis, Mel Nurse, devenu porte étendard, rencontre alors Alan Wix, le président de Ninth Floor, afin d’arranger le rachat de la dette. Mais Petty, toujours aux commandes, ne veut pas lâcher les rennes du club. En face Nurse est déterminé, il décide de porter l’affaire devant le tribunal. Soutenu par l’association, il monte un dossier contre l’Australien. Malheureusement n’ayant pas les moyens de se payer un avocat de renom, Nurse se voit débouté de sa demande.

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On a le sens des priorités à Swansea en 2001

  Le temps joue alors contre le club, toujours plus proche de déposer le bilan. Tony Petty devient l’ennemi public numéro 1 à Swansea. A chaque venue dans la ville, l’hostilité est palpable dans l’air. Sa voiture est caillassée plusieurs fois, les appels à sa démission (et même plus) se multiplient. Un soir de match, une première marche rassemblant plus de 2000 supporters est organisée depuis Castle Square sur les hauteurs du centre ville, vers le stade. Le Vetch Field (ou « champ de haricot ») ce stade mythique qui héberge le club depuis sa création. Situé en plein cœur de la ville, il est connu pour sa ferveur et la pression incroyable mise par la Grand Stand. C’est d’ailleurs de cette tribune que descendent plus d’un millier de personnes à la mi-temps du match. Plus d’un millier de supporters qui viennent devant la tribune de Petty et l’exhorte à quitter le club et le Pays de Galles. Comme un symbole, Nick Cusack et quatorze autres glorieux anciens de Swansea City sont présents ce soir là aux côtés d’Alan Curtis, le président du Supporters Trust. Ils sont salués par la foule alors que le speaker encourage les supporters à soutenir le groupe dans sa lutte.

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Au cas où le message ne serait pas assez clair.

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  C’est ainsi qu’en janvier 2002 alors que Swansea City est proche de déposer le bilan, Tony Petty accepte finalement l’offre de rachat de 20 000£ qui lui est proposé. Comme dans un film, c’est avec une valise pleine de liquide que Leigh Dineen et Nigel Hamer apportent l’argent du rachat. Le Trust a finalement eu raison de Petty.  Le 06 février, le rachat est officialisé et le consortium nommé Swansea City Football 2001 Limited est formé. Le club n’est pourtant pas encore sauvé. Heureusement, les actionnaires du Supporters Trust sont rapidement trouvés : OTH Limited (Martin Morgan), Redi Plastics Limited (Huw Jenkins), Five Thirty LTD (Brian Katzen) et Swansea Jacks LTD (John van Zweden et David Morgan) acceptent tous de participer au financement du club à hauteur de 50 000£ chacun. Par leur apport ils deviennent ainsi « membre directeur » d’un club de League Two, et sans le savoir d’un futur club de Premier League.

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Nigel Hamer et David Morgan tenant un des chèques de 50 000£.

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