lun. Juin 17th, 2019

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Mais on le dit quand même

Saadi Kadhafi : ballon rond et mégalomanie

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Dans la famille « fils de dictateur », je demande Saadi Khadafi, le plus célèbre fils de Mouammar, à la tête de la Libye pendant plus de 40 ans. Extradé il y a quelques jours vers son pays d’origine après un exil au Niger, il risque la peine de mort pour son implication dans la répression de la révolution, histoire de mettre fin à une période tragique de la Libye, aussi bien sur le plan politique que du football. Puisque comme en Irak avec Uday Hussein, c’est lui qui dirigeait le foot au nom du père.

Issu du deuxième mariage du Guide suprême, Saadi est l’un des hommes les plus mégalos de la jet set mondiale. Connu pour ses bagarres, ses excès d’alcool et de drogue, il fait même la une des magazines people pour sa relation avec Vanessa Hessler (de la pub Alice). Tellement barjot qu’on lui prête des relations tendues avec son père, en raison notamment de sa prétendue bisexualité. A la chute du régime, les insurgés retrouveront d’ailleurs chez lui une centaine de DVD pornos. Mais Saadi a un rêve que l’argent aura plus de mal à lui offrir : jouer au foot dans un grand championnat européen. Sauf que, coup de chance, Tripoli a déjà des liens très forts avec l’ancien colonisateur italien. L’une des marques phares de la botte, Fiat, a d’ailleurs des vues sur le pétrole libyen. Et Fiat est le propriétaire de … la Juventus Turin. Si bien qu’avec des montages financiers complexes, Saadi devient dans les années 90, actionnaire minoritaire de la Vieille Dame. Son appétit parait débordant, si bien qu’on évoque aussi son nom du côté de Monaco au début des années 2000.

Saadi n’est pas un bon footballeur, mais fait tout pour le devenir. Dans les années 90, il se fait même conseiller par des stars comme Diego Maradona ou Ben Johnson, qui font le déplacement jusqu’à Tripoli contre des sommes aussi rondelettes qu’inconnues. Milieu de terrain dans un des meilleurs clubs de Tripoli, ses dribbles font alors fureur dans le championnat local, sauf que dans les faits, les défenseurs ont souvent tendance à le laisser passer pour ne pas s’attirer les foudres du régime. Mais son ego démesuré ne peut s’en contenter, il rêve de Serie A. Dans les années 90, il part d’ailleurs s’entraîner avec la Lazio et noue une amitié avec un certain Paul Gascoigne, qui confiera en 2011 « Je me suis rendu en Libye à l’époque où je jouais pour Middlesbrough. J’ai pris les deux fils de Kadhafi avec moi et on s’est saoulés. » Aucun club italien n’est toutefois suffisamment fou pour l’engager. Tous, sauf un. Pérouse est alors un club moyen de la Serie A. En 2003, Saadi y investit de l’argent – public bien entendu – non sans idée derrière la tête. Le président du club ombrien, Luciano Gaucci, est en effet un des plus véreux de son temps (il mènera le club à la ruine, et fuira en République Dominicaine), mais a l’habitude de faire signer des joueurs exotiques : Ahn Jung Hwan, Hidetoshi Nakata …

Le 29 juin, sa signature est une farce. Devant la presse, Gaucci nie que sa venue est liée à des raisons extra-sportives « Avant tout, je crois en lui en tant qu’homme et en ses capacités de joueur« . Sauf qu’il avouera aussi quelques temps plus tard qu’un autre président de club lui avait passé un coup de fil « Berlusconi m’a appelé et m’a encouragé. Il m’a dit qu’avoir Kadhafi dans l’équipe l’aidait à contruire des relations avec la Libye. S’il joue mal, il joue mal. Ainsi soit il« . Mais le principal intéressé lui, reste confiant « Le travail devant moi n’est pas simple, mais c’est une opportunité que je ne peux pas refuser. En Afrique, on joue des matchs qui sont parfois plus durs que ceux en Italie ». Il se trompait. Le coach de Perouse, Serse Cosmi, le sait bidon et refuse de le faire jouer malgré le pressing de son président. Officiellement, il est blessé, à court de forme … On lui cherche des excuses. Mais le 5 octobre, le jour fatidique est arrivé. Saadi s’assoit pour la première fois sur le banc pour un match contre Udine. Sauf qu’à l’issu du match – où il n’est pas rentré, bien entendu – il est contrôlé positif à la nandrolone et suspendu pour 3 mois.

Gaucci crie au complot « Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais ici il y a beaucoup de choses étranges et celle-là en est une. Il a été tiré au sort pour le contrôle la première fois qu’il s’est assis sur le banc. Il avait été désigné comme remplaçant en récompense de ses efforts. Comment peut-on penser qu’un joueur se dope alors qu’il ne doit pas entrer sur le terrain !« . Il disputera finalement une quinzaine de minutes de jeu en mai, dans un match décisif perdu contre la Juve. Une semaine plus tard, une crise d’appendicite mettra fin à sa saison. Et Pérouse descendra pour deux petits points. Son aventure italienne n’est pourtant pas terminée. En juillet 2005, il est transféré à Udine avec qui il connaîtra, le 7 mai 2006, sa seconde entrée en jeu. 11 minutes dans un match sans enjeu, 8 passes, 1 tir et 2 tacles. Un an plus tard, c’est la Sampdoria Gênes qui sautera sur l’occasion : il n’y disputera pas la moindre seconde jeu. Une bien belle carrière s’achève avec 20 minutes de jeu cumulées et une place de second au classement du plus mauvais joueur du championnat de la Rai en 2003, derrière l’illustre Rivaldo.

Mais Saadi ne compte pas se retirer du monde pour autant. En Libye, il est l’homme fort du foot national. Il y rachète même un club, y fait « venir » les meilleurs joueurs. D’ailleurs, il a dans le championnat national, une tête de turque : l’Al Ahly Benghazi, le plus vieux club du pays, celui qui réunissait plus de 30 000 personnes pour ses matchs. Selon Saadi, le meilleur club du pays doit être dans sa ville de Tripoli. Si bien qu’il paye les meilleurs joueurs pour qu’ils quittent le club, les décisions arbitrales en défaveur du club de la seconde ville de Libye se succèdent … En 2000, alors que l’équipe joue son maintien lors de l’ultime rencontre de la saison, un pénalty étrange est accordé à l’adversaire. C’en est trop. Une révolte éclate, on brûle des portraits de Mouammar, et on ose même mettre le maillot du fiston sur un âne. La réponse du régime sera à peine démesurée : les infrastructures du club sont rasées de la carte, le club est banni, une dizaine de supporters partent dans les geôles, et trois sont même exécutés.

Il prend même les rennes de la Fédération libyienne et fait signer Carlos Bilardo, qui a mené l’Argentine au titre mondial en 1986, pour entraîner sa sélection. Son ambition est sans limite, il vise carrément la présidence de la Confédération Africaine de football et milite pour l’organisation de la Coupe du Monde 2010 en Libye et en Tunisie. Il se dit même prêt à claquer 9 milliards de dollars pour l’événement « A part l’Afrique du Sud, qui sera notre seule menace, je ne vois aucun concurrent sérieux« . Sauf que sa candidature se retirera avant même le congrès de la FIFA, sonnant le glas de la carrière de Saadi à la tête du foot libyen. Sur les conseils (ou ordres, c’est comme on veut) de son père, il finit militaire et participe aux premiers combats de répression à Benghazi. Il sera prochainement jugé pour avoir fait tirer sur la foule pendant la révolution. A 41 ans, il risque la peine de mort.

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