jeu. Juin 4th, 2020

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

They’ll Never Walk Alone

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Un mardi soir de février 2013, dans le froid de Glasgow, un chant vint se porter au-delà des bavardages de Celtic Park. Les supporters écossais, arborant fièrement leurs écharpes vertes et blanches, entonnaient leur mythique You’ll Never Walk Alone. On ne l’avait plus entendu en phase finale de la plus prestigieuse des coupes d’Europe depuis trois ans, et le dernier quart de Liverpool.

Broadway Football Club

Le morceau n’a pourtant rien à voir avec le ballon rond. Au printemps 1945, alors que la Seconde Guerre mondiale agonise, un énième music-hall vient s’installer sur Broadway. « Caroussel » était alors le fruit de la collaboration naissante de deux des auteurs les plus en vogue outre-Atlantique, Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II, les mêmes qui pondront une vingtaine d’année plus tard, La mélodie du bonheur. Inspiré d’une obscure pièce de théâtre hongroise, la comédie musicale met en scène une histoire d’amour tragique entre deux jeunes américains au 19e siècle. Au beau milieu, l’un des personnages se lance dans un You’ll Never Walk Alone, afin de réconforter l’héroïne, dont l’époux vient de se suicider afin d’éviter la prison … La chanson reviendra à la fin, quand le héros décédé a l’occasion de passer 24h sur terre pour assister à la remise de diplôme de sa fille. En 1947, après presque 900 représentations, la comédie musicale s’arrête. Mais pas le morceau. Le football dans tout ça ? Ne cherchez pas,vous n’en trouverez pas.

Pendant soixante ans, YNWA va être repris par les plus grands chanteurs américains : Frank Sinatra, Elvis Presley, Judy Garland, Doris Day, Jerry Lewis, Barbara Streisand, Johnny Cash, Nina Simone, Louis Armstrong, Tom Jones, Ray Charles … Outre-Atlantique, elle est si célèbre qu’on a par ailleurs pu l’entendre durant les commémorations officielles des attentats du 11 septembre, ou encore lors de l’investiture de Barack Obama. En 1971, les Pink Floyd en enregistrent même une version chantée par le kop d’Anfield pour l’incorporer à Fearless, un de leurs morceaux les moins connus (et largement sous-estimé). La légende veut même que, reprise par le public lors d’un concert de Queen, elle inspira au groupe anglais une partie de ses plus gros tubes, dont We Are The Champions. En 2006, Hugh Jackman s’est porté acquéreur des droits de la comédie musicale (oui oui …), autant dire qu’on risque de bientôt en entendre à nouveau parler. Et toujours rien à voir avec le football. Jusqu’à 1963.

D’un côté du mur d’Hadrien

En langue anglaise oblige, le chant s’est d’abord implanté dans les stades Nord du Royaume-Uni. Mais de quel côté de la frontière ? Si les Écossais vous engueuleront si vous prétendez qu’il a été d’abord adopté par Liverpool, et non pas au Celtic, et pourtant, c’est la vérité … En novembre 1963, un groupe de la ville industrielle anglaise, dont le manager n’est autre que Brian Epstein, enregistre sa propre version du morceau. Les Beatles ? Non, un autre groupe de la Mersey Beat, bien moins connu en France : Gerry and the Pacemakers. L’année suivante, numéro un aux charts pendant plusieurs semaines, YNWA ne tarde pas à devenir l’hymne du club de la cité portuaire. Selon l’ancien défenseur du club de la Mersey, Tommy Smith, c’est Gerry Marsden, le leader du groupe, qui présenta  le morceau au mythique coach liverpuldien de l’époque, Bill Shankly, à l’été 1963 « Il était sidéré par ce qu’il écoutait ». A l’époque, le DJ d’Anfield lançait avant chaque match les dix premiers morceaux des charts en partant de la fin, et pourtant, YNWA est resté, même quand son succès commercial commença à s’estomper.

Avant les années 60, les fans faisaient surtout du bruit et chantaient des choses assez courtes, et YNWA fut l’un des premiers véritables chants de supporters, et il est né à Liverpool. Depuis ce jour, You’ll Never Walk Alone reste à jamais attaché aux Reds. Inaugurée en 1982 Shankly Gate, l’une des entrées d’Anfield, se garnie même des quatre mots, et avant chaque rencontre à la maison, les supporters des Reds se lancent inlassablement dans les deux minutes que dure le morceau, les écharpes en l’air, de quoi faire froid dans le dos, y compris de l’adversaire qui attend son heure dans le tunnel menant à la pelouse. Mais la mélodie reste aussi attaché à un drame : celui d’Hillsborough, qui a encore plus rapproché le club, les supporters, et la chanson. Quelques mois après la tragédie, Marsden en personne vint l’entonner sur la pelouse de Wembley avant la finale de FA Cup des Reds face au grand rival Everton. Intemporel, le morceau a même refait son apparition dans les charts en septembre 2012 (à la douzième place), à l’occasion de la fin de l’enquête parlementaire sur le drame qui a couté la vie à 96 supporters. Et tous les bénéfices furent reversés à des associations caritatives.

Les paroles sont éloquentes : « Quand tu marches à travers une tempête […]  Tu ne marcheras jamais seul ». Cette preuve de communion entre un public et ses joueurs a logiquement été adoptée dans de nombreuses autres villes, puisque autre que le Celtic et Liverpool, on peut aussi entendre le morceau dans les tribunes de clubs indéniablement populaires : Feyenoord, Sankt Pauli ou encore le Red Star. Et quand deux équipes partageant cet hymne se rencontrent, cela fait des étincelles, comme en témoigne Henrik Larsson dans le dernier numéro de So Foot « Imagine plutôt ce que c’était quand on a joué Liverpool en UEFA ! (en 2003, quarts de finale, Ndlr) Les supporters des deux équipes se sont mis à chanter la même chanson ensemble. A tel point que nous, les joueurs, on ne voulait pas jouer, on voulait aller dans les tribunes ! ». La vidéo parle d’elle-même : Celtic-Liverpool 2003.

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