mer. Oct 16th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

On a tenté d’assister aux deux demi-finales de la Coupe du Pays de Galles.

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Au Royaume-Uni, les coupes nationales sont une partie importante de l’Histoire du football. Souvent vieux de plus d’un siècle, ces trophées possèdent un prestige ainsi qu’un charme qui font rêver les supporters. Si les premiers tours se déroulent normalement avec des affrontements à la maison (avec replay possible), la donne change quand on arrive dans le dernier carré. A ce moment là, les quatre dernières équipes en lice doivent jouer leur place en finale au sein du stade national (Wembley, Hampden Park…), sauf au Pays de Galles.

fawcup

A cause d’une fédération nationale totalement dépassée et inutile, le championnat gallois est complètement à la traîne par rapport à ses voisins. La quasi-totalité des clubs sont semi-professionnels et le niveau de jeu est catastrophique. Au classement UEFA, la Premier League galloise est actuellement 51e sur le plan européen, pile entre Malte et Gibraltar. Vous voyez le problème? Parce qu’on parle quand même d’un pays qui va aller à l’Euro, avec la plupart de ses joueurs qui évoluent en Premier League anglaise et/ou dans des clubs de niveau européen. Sauf que tous les week-ends, les clubs jouent devant 200 personnes dans des stades équivalent à de la DH française avec des joueurs qui ont un boulot en semaine. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’argent investi, pas de gros sponsor, quasiment aucune visibilité dans les médias. Du coup, on ne va pas se le cacher, c’est le bordel.

Comme la FAW (fédération) gère le développement de son championnat aussi bien que Thauvin à qui on aurait demandé de faire un exposé sur la physique des particules, les demi-finales de la coupe se déroulent à Newtown. En plein milieu du pays, et donc des montagnes, dans un tout petit stade qui est quand même cinq fois trop grand pour la foule qui vient assister aux deux rencontres. Oui, parce qu’en Écosse ou Angleterre les deux matchs se déroulent sur le week-end. Un le samedi et l’autre le dimanche, ce qui est logique par rapport aux supporters. Ici c’est l’inverse, il faut mettre les deux rencontres dans la même journée sinon il n’y aura pas assez de monde pour que ce soit rentable.

Cette année, les quatre qualifiés sont TNS, Connah’s Quay, Airbus et Port Talbot. TNS, c’est l’épouvantail de la Premier League. Seul club professionnel avec un réel budget, l’équipe domine chaque année le championnat de la tête et des épaules avant de se faire rouler dessus dans les premiers tours préliminaires de Champions et d’Europa League. Connah’s Quay et Airbus font une saison tout à fait correcte, eux qui ont tendance à être dans le ventre mou du championnat. Enfin, Port Talbot est une ville du sud du Pays de Galles célèbre pour son usine métallurgique. Ville de naissance d’Anthony Hopkins, les « steelers » ont passé une sale saison en ne se sauvant que très récemment, la coupe est donc un bon moyen pour faire rêver un peu les supporters. Oui, les supporters, parce qu’à Port Talbot il y a les « ultras 1901« , groupe présent à tous les matchs. En guerre avec la FAW, habitués aux déplacements fêtards et alcoolisés dans tout le pays, et même amis avec les ultras de l’Union Saint Gilloise en deuxième division belge, les 1901 font tout comme les ultras européens. Ce qui est une vraie surprise quand on connait l’écrasement de la culture du supporterisme au Royaume-Uni. Sachant que j’habite à Cardiff, Port Talbot est le club gallois qui est le plus près et donc celui que je vois (mal) jouer le plus souvent. C’est donc un plaisir pour moi d’aller les voir affronter Airbus en 1/2 finale. Surtout après m’être tapé des tours précédents dégueulasses dans le froid et la pluie contre des équipes de deuxième ou troisième division. Je peux vous le dire sans trembler, vous jouez mieux au football que ces équipes là. Même si tu es unijambiste, petit, édenté, chauve et aveugle. Mais dans le dernier cas je ne vois pas ce que tu fous sur cet article donc en plus tu es con.

Bref, j’ai donc décidé de tracer seul la route et les 2h qui me séparent de Newtown. Question géographie le Pays de Galles c’est très simple : y’a les côtes et la montagne. Newtown c’est en plein milieu, donc ce n’est pas plat. Je devais rejoindre les 1901 directement au stade, eux qui faisaient le déplacement en bus (complet pour l’occasion). Merveille de début de journée puisqu’à dix kilomètres de l’arrivée, je me retrouve dans un bouchon au milieu de nulle part. Un embouteillage gigantesque même, puisque plusieurs voitures se sont percutées dans un virage de montagne sur la SEULE route qui mène à Newtown. Et quand je dis la seule, c’est que le GPS me propose un détour de 40 kilomètres comme unique solution alternative. Nous sommes à 20 minutes du début du match, on ne va pas se mentir, ça ne sent pas bon. Du coup je regarde le superbe paysage, les moutons, l’accident, et la file de plusieurs dizaines de voitures.

Tout 402Moi je veux aller sur la route en face (vous pouvez cliquer sur toutes les photos pour agrandissement).

Au bout de quinze minutes je décide d’aller marcher pour voir si quelqu’un a une estimation de la durée du blocage…Et je tombe nez à nez avec les gars du 1901 à pied. Leur bus était bloqué 200 mètres devant moi, ils sont en train de le guider pour qu’il fasse demi-tour. Craig, un des leaders du groupe, me dit de les suivre. Après une manœuvre bien longue, nous sommes en place pour repartir, Craig vient me voir et me glisse « on est déjà menés 1-0 ». Je regarde l’heure, effectivement le match avait commencé. Du coup on roule, à gauche et à droite, dans des patelins au nom imprononçable. Le temps défile et je me dis qu’on va finir par louper tout le match.

 

Tout 406Pile à ce moment là, Port Talbot prend un but.

Finalement on réussit à rallier Newtown. Je file me garer dans le parking officiel : une école primaire, et je pars au stade. J’entends les mecs du 1901 gueuler, une partie dehors l’autre dedans. Je regarde le score : 0-5, à la 65eme. Ah, bon, d’accord c’est pour ça. C’est à moitié la merde entre certains supporters qui avaient fait le déplacement d’eux-mêmes et des mecs du bus qui découvrent le score. Finalement tout le monde rentre et se place derrière les buts. Le temps pour Airbus d’en caler un 6e d’une frappe enroulée dans la lucarne, 0-6 77e. Dans la minute d’après, l’arbitre sort le rouge direct après un attentat de Fraughan, un gars d’Airbus qui venait d’entrer.

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Une partie des 1901, résignés.

A onze contre dix, Port Talbot pousse pour essayer de sauver l’honneur mais sans succès. Pendant ce temps les 1901 profitent de la présence des officiels de la FAW pour leur chanter des mots doux.

 

Tout 435Sur la terrasse, le gratin de la FAW.

Pas du goût d’Airbus qui recolle la même lucarne, 0-7 90e. C’est une humiliation de qualité. Les supporters sont partagés entre le dépit et la colère. Du coup, eux qui devaient ne rester qu’un match restent là à discuter et manger un bout pendant le trou entre les deux matchs.

Ouais, parce qu’il y a un trou entre les deux matchs. Un énorme même puisqu’il faut attendre quasiment trois heures entre les deux rencontres, superbe organisation. Heureusement le soleil est présent, mais ça caille quand même bien comme il faut avec le petit vent. Pas trop d’endroits pour se mettre à l’abri à part un préfabriqué où une (grosse) Galloise sert à manger. Bien sûr, l’hamburger que je voulais est la seule chose qui n’est plus disponible. Je me réfugie donc dans le bar, pour rendre compte qu’un mec d’Airbus est allongé sur une table, livide, avec la jambe dans un énorme étau de protection. Pendant ce temps des 1901 vont se poser pépère au milieu du terrain, avant de se faire sortir par deux flics et des stadiers.

Tout 453Chill and relax.

Enfin, ça devait être le cas mais l’un d’entre eux étant trop bourré il a fallu appeler les infirmiers pour l’aider. La sortie du terrain est superbe, le tout sous les chants de foutage de gueule de ses potes. Pendant ce temps là, TNS et Connah’s Quay arrivent, leurs supporters aussi. Ce qui nous offre un grand moment de bonheur quand la bande de jeunes ado qui composent les « ultras » de Connah’s se met à chambrer les gars de Port Talbot. Les réponses fusent et ne sont pas gentilles. Finalement les 1901 repartent vers leur car pendant que les joueurs s’échauffent. Un officiel vient poser la coupe nonchalamment au bord du terrain, par terre.

Tout 465Vous pensiez que je déconnais?

Les deux équipes se préparent à leur rythme, qui est bien différent vu la classe d’écart sur le papier. Pourtant, les supporters du leader sont plutôt crispés. Lors des trois derniers matchs en 2016, Connah’s les a battu deux fois à domicile et obtenu un 0-0 à TNS. Sauf que le terrain de Newtown est un synthétique. Connaissant bien les champs de patate bosselés un peu partout, je me dis logiquement que le jeu au sol rapide de TNS ne devrait pas faire face à trop d’accrocs aujourd’hui. Le temps avance doucement et les équipes se présentent sur le terrain sous les acclamations d’une foule disparate.

Étrangement, le début de match est entièrement à l’avantage des Nomads de Connah’s. La tactique est simple : on balance devant pour récupérer des coups de pieds arrêtés et mettre la balle dans la boite. Même les touches sont des armes puisque le latéral balance des missiles directement dans les six mètres.

Tout 482Ça c’est un dispositif d’attaque, sur une touche…

TNS s’en sort deux fois miraculeusement et décide de mettre le pied sur la balle. Le résultat ne va pas traîner, deux occasions, deux buts : Quigley (leur pointe vedette) 22e, Williams 23e. Le match est plié. Les Nomads continuent leur schéma de jeu et s’exposent aux contres rapides, Mullan rajoute un troisième but avant la mi-temps, 41e. En deuxième période rien ne change, à part que TNS se contre-fout de subir puisque la défense réalise tranquillement le boulot nécessaire pour contenir les « attaques » adverses. Finalement, Quigley va conclure deux nouveaux contres, 4-0 57e, 5-0 66e.

Tout 494Le buteur c’est le grand à gauche, et il est sacrément réaliste face au gardien.

Étrangement, le soutien des « ultras » de Connah’s s’était éteint depuis pas mal de temps, et cela n’a pas évolué au fur et à mesure du match. Finalement, les deux matchs auront été totalement déséquilibrés, un peu étonnant vu le niveau global de la ligue.

J’aurais pu conclure l’article là-dessus, mais vous auriez manqué ma fin de journée qui fut fabuleuse. Dans l’optique de faire une photo pour conclure mon reportage, je suis monté sur la montagne avec la voiture. J’ai trouvé un joli bord de route, je me suis garé, j’ai pris mes photos, je suis remonté en voiture, et je suis resté là. J’étais embourbé. J’ai eu la chance de me garer sur le passage d’un ruisseau souterrain que l’on ne voit que si on se trouve dans le jardin de la (seule) maison située de l’autre côté de la route. Coup de chance, l’habitation était habitée à ce moment là. Résultat : coup de fil, paysan de 75 ans avec son accent immonde, tentatives pour tracter la voiture qui avait glissé contre une barrière, galère à cause de la route trop étroite… 45 minutes dans le froid et le vent pour enfin finir par repartir. Avec la même phrase dans la bouche de tous les gallois présents pour aider : « j’espère que ta photo est réussie au moins »! Bah en vrai, j’aurais pu faire mieux.

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