sam. Juil 20th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Le « hooliganisme » selon les médias

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Droit de réponse à l’article « le hooliganisme empoisonne de nouveau le football français » d’Armel Mehani

Groupe de supporters français et européens lors de la manifestation « Un Football sans Flash-Ball, Justice pour Lex », supporter lyonnais touché par un tir de flash-ball. Copyright Liberté pour les Auditeurs.
Groupe de supporters français et européens lors de la manifestation « Un Football sans Flash-Ball, Justice pour Lex », supporter lyonnais touché par un tir de flash-ball. Copyright Liberté pour les Auditeurs.

Madame Mehani,

Même si je ne vous connais pas, je me permets de vous écrire ces quelques mots en guise de « droit de réponse » suite à votre article que j’ai trouvé discriminatoire et ancré dans une subjectivité profonde.

Avant d’aborder les hostilités, je tiens à vous préciser que je ne suis pas un journaliste, mais simplement un amateur du football, au sens populaire du terme. Loin de moi l’idée de vouloir révolutionner la machine à sous qu’est devenu ce sport, je reste un passionné qui écrit (maladroitement quelques fois) sur un sujet que j’estime connaître un petit peu. C’est d’ailleurs sur ce premier point que je vais rebondir pour commencer mon argumentaire. Bien qu’étant contre les amalgames et les préjugés en tout genre, après avoir lu votre article, je me suis demandé si vous aviez poussé la porte d’un Kop un jour. Quelle idée saugrenue de vouloir pondre un article sur ce sujet sans jamais ne faire mention de source(s) provenant des personnes faisant partie du monde des tribunes ?

Je doute également de votre présence lors du dernier Saint-Etienne-Lyon, qui selon vous a éclaté en véritable guérilla. Pourtant, cette rencontre n’a fait l’objet d’aucun rapport d‘incident auprès de la LFP. De plus, les médias et la ligue garde un œil attentif sur ce genre de match, ni vos confrères, ni les instances du football n’ont mentionné de dégât… A part des chants populaires, assez éloignés du champ lexical de Baudelaire je vous l’accorde, mais qui font partie du « folklore » des derbies, il n’y a eu aucun débordement.

J’espère que vous comprendrez aisément mon absence d’objectivité quant à votre argumentaire, étayé de sources judiciaires et policière anonymes (excepté ce cher M. Bouttonet). Forcément, ces faits relatés anonymement n’ont pas beaucoup de poids à mes yeux, surtout qu’ils sont à sens unique.  Ma première question sera donc la suivante, pourquoi ne pas avoir donné la parole à des acteurs du mouvement ? Des membres ou sympathisants de groupe de supporters par exemple ? N’auraient-ils pas eu le mérite de défendre inepties et raccourcis fabriqués à la hâte par un système médiatique friand d’enquête exclusive sur les grands méchants de notre société? La plupart des personnes que vous montrez du doigt en y mêlant fantasmagorie et fables en tous genres sont pourtant des citoyens honnêtes, des étudiants, des marchands, des ingénieurs, des pères ou mères de famille … qui n’ont que pour défaut d’être catalogués (et parfois fichés sans le savoir) comme individus potentiellement dangereux car appartenant à un groupe de supporters.

Les dommages collatéraux du système répressif

Vous avez appuyé votre argumentaire sur les dérives marginales d’un mouvement sans montrer l’envers du décor… Je ne dédramatise pas sur l’absurdité des violences en périphérie du monde du football (même si on peut faire le pont entre la violence sociale de notre système qui pousse certains, que je ne défends pas, à commettre des délits et des désordres au nom d’un club ou d’un groupe), mais votre discours sur fond de « La France a peur » me dérange fortement. Tout d’abord parce que vous ne faites pas état des autres dérives, celles provenant de vos « sources ». Comment des supporters peuvent-ils être mutilés par un tir de flash-ball sans qu’aucune sanction ne soit prise ? Des faits avérés avec des noms bien réels pour le coup. Et deux histoires frappantes pour les illustrer :

Septembre 2012 : Florent (dit Casti), un membre de la Butte (supporter de Montpellier) perd un œil à la suite d’un tir de flash-ball en pleine tête, alors qu’il était assis à une baraque à frites. Plusieurs témoignages vont dans le sens d’une bavure, mais la justice fait la sourde oreille.

Octobre 2014 : Encore un tir de flash-ball, mais cette fois-ci à Lyon. Lex, un supporter lyonnais,  déjà mal voyant suite à un accident de travail, reçoit « la gomme » dans la tempe droite… Résultat, il perd une partie de son acuité visuelle sur son seul œil valide. Il est encore trop tôt pour dire si Lex pourra retrouver son niveau de vision… D’ailleurs c’est à l’occasion d’une manifestation organisé le 15 novembre « Pour un football sans flash_ball… Justice pour Lex » qu’a été prise la photo que vous utilisez pour illustrer votre article, et non comme marqué dans la légende  pour manifester  « contre les mesures prises pour lutter contre les débordements lors du derby ASSE-OL ».

Comment expliquer alors la balance inégale qui s’opère entre des faits graves comme ces deux exemples et des comparutions immédiates pour utilisation d’engins pyrotechniques ? N’est-on pas en droit d’attendre d’un article qu’il soit un minimum objectif, ou tout du moins qu’il y ait équité sur les paroles des uns et des autres ?

Des statistiques « fourre-tout »

Ensuite, vous faites état de, je cite, « règlements de comptes entre supporteurs qui se multiplient ces derniers mois » et qui « ont pris des proportions inquiétantes. » Pourtant l’Etat a mis en place un « arsenal juridique bien plus dissuasif ». Le répressif sans le dialogue aurait-il montré ses limites ? D’autant que pour casser un peu plus votre argument, l’ensemble des derbies violents que vous soulignez (Ajaccio-Bastia, Nice-Marseille, Nice-Bastia) (sic)  sont déjà classés à risque et des arrêtés préfectoraux, voir ministériels, interdisent le déplacement aux supporters de l’autre « camp » – ce qui à mon sens porte atteinte à notre liberté de circulation, parfois de manière totalement liberticide, mais apparemment c’est au nom de notre sécurité… Mais comment ces règlements de comptes peuvent-il prendre des proportions inquiétantes sans qu’il n’y ait de supporters ?

Vous mentionnez ensuite que le nombre  «des interpellations pour violences et usage d’engins pyrotechniques est en nette augmentation ». Violence et « pyro » dans la même statistique ? En tant qu’observateur intéressé par le sujet, j’aurais préféré avoir le ratio de chacune des deux familles. L’usage de « pyro » bien que formellement interdit dans l’enceinte d’un stade, n’est pas à placer sur la même échelle criminelle que des violences physiques. Si vous voulez baisser les chiffres, autorisez l’usage de fumigènes de manière encadrée et sécurisée à l’entrée des joueurs, le nombre d’interpellations risque fort de chuter !

La frontière variable entre Ultras et Hooligans

La seconde partie de l’article, avec une définition quelque peu exotique du mouvement Ultra pour commencer (un historique plus complet ici), m’a conforté dans l’idée que le sujet vous échappait complètement. Pourtant, vous essayez de vous défendre en tentant désespérément de faire le distinguo entre Ultras et Hooligans, mais rien n’y fait, vous prenez sans cesse le parti de les mettre tous dans le même panier en mélangeant des mesures disciplinaires prises sur certains Ultras à des faits plus graves et répréhensibles (mais moins communs). Les groupuscules dissidents que vous essayez de mettre en avant lorsque vous parlez de « Fight Football Club » sont généralement des groupes dissous depuis de nombreuses années, qui ne rentrent même plus dans les stades.

L’augmentation exponentielle du prix des places et le système répressif du modèle Britannique étant, selon vous, le plus efficace, comment expliquez-vous les débordements des fans d’Everton dans la ville de Lille avant le match d’Europa League, que vous relayez d’ailleurs en début d’article ? Encore une fois, l’utilisation de flash-ball a beaucoup fait parlé, enfin outre-manche surtout. Ce supporter d’Everton serait donc moins important que celui blessé par les lillois à vos yeux ? En comparaison de la gravité des blessures de chacun, certainement pas.

Apparemment, ce modèle  est à l’origine du fait que « les femmes et les enfants ont envahi les tribunes ». Je vous pousse fortement à aller faire un tour à La Beaujoire ou à Furiani par exemple… Vous verrez qu’il y a beaucoup de femmes, d’enfants, de grands-pères, présents dans les travées du stade. Encore une fois vous mélangez tout. Les mesures prises en Angleterre n’ont fait que de déplacer le problème, comme en témoigne les nombreuses vidéos d’affrontement disponibles sur internet, et c’est également ce qu’attend la France si elle décide de continuer sur ce chemin.

Les anciens supporters de Paris l’ont d’ailleurs bien compris avec la « méthode dure », comme vous l’appelez, qui est une série de mesures illégales dénoncées par la CNIL. Ils sont devenus des « personæ non gratæ » et pour cela pas besoin de preuve ! Pour une place achetée situé dans le Kop ou pour avoir contesté la politique des dirigeants et « hop », black listé – ils sont plus de 2000 dans ce cas ! Plutôt radicale comme solution, pourtant elle plaît plutôt bien à la ligue et à l’Etat ! Dommage collatéral, comme Lex et Casti, dans le combat pour la sécurité ? Les sacrifices sur l’autel du bien commun, une philosophie bien différente de notre démocratie pourtant… Les débordements des 2 côtés doivent être punis de manière juste et impartiale.

Des problématiques prises en compte par les acteurs des tribunes

Pour finir, il aurait été important voir primordial, pour un bon article sur le sujet, d’avoir intégré les dernières informations sur le supporterisme en France. Le communiqué du mois dernier rédigé par l’Association Nationale des Supporters et proposant des alternatives sur la sécurité et la gestion des supporters aurait pu être utile à la compréhension et pour que chacun puisse pouvoir se faire sa propre opinion.

La création de l’ANS (qui regroupe un grand nombre d’associations de supporters, comme Brigade Loire, Red Tiger ou encore Butte Paillade…) permet en outre, de souligner la volonté de ces groupes à être responsabilisés, pour que les devoirs et les droits des associations de supporters en France soient respectés et que ces derniers puissent participer activement à l’amélioration de la vie sociale en tribune et aux abords des stades. Qui mieux qu’un supporter sur le terrain pour suggérer des idées d’amélioration du système ? Le dialogue avant la répression… Un discours trop optimiste pour votre ligne éditoriale peut-être ?

90 thoughts on “Le « hooliganisme » selon les médias

  1. Article stupide. L angleterre a simplement modernisé son football après les drames d Hillsborough et du Heysel. Et on n a plus revu de tels desastres depuis. Le probleme du hooliganisme ne s est pas deplacé, c est l eternelle rangaine qu on lit, c est pas des videos youtube qui le prouvent mec xD.
    Le prix des places to en Angleterre ? J ai vu City en ligue des champion pour 40euros. Ca passe. C est tellement repressif la bas qu on rentre dans le stade sans etre fouillé.

    1. Porte le jugement que tu souhaites sur l’article, réfuter un article, le jugeant de stupide en apposant comme seul argument que les anglais n’ont pas déplacé le problème… C’est plutôt intéressant!

      Ensuite, les vidéos ne donnent peut être pas de « chiffre », sur le nombre de violences en Angleterre (mais elle ne le prouve donc pas dans le premier article non plus alors, quand la « journaliste » utilise cet argument pour charger les ultras français, non?!).

      Bref, je préfère me dire que ça aura permis de transmettre l’information que des personnes au sein de ces groupes essayent de faire bouger les choses…

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