dim. Juin 16th, 2019

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Mais on le dit quand même

Les barrages, la réforme de la LDC et l’hypocrisie française

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Dimanche 2 juin dernier, il est aux alentours de 22h45 lorsque le gardien numéro deux du RC Lens, Jérémy Vachoux, sort à l’abordage, comme l’on dit, sur un long ballon dijonais. Emportant sur son passage son coéquipier Steven Fortes, il laisse le ballon s’échapper et Naïm Sliti aller inscrire le troisième but dijonais, synonyme de maintien dans l’élite pour le club évoluant au stade Gaston Gérard et de désillusion pour les Sang et Or contraint de demeurer en Ligue 2 après leur beau parcours lors des play-offs de Ligue 2. Une vingtaine de minutes plus tôt, le gardien artésien avait déjà commis une erreur aussi grosse que surréaliste en permettant à Dijon de reprendre l’avantage (et une grosse option sur le maintien).

Il ne s’agit évidemment pas de faire ici le procès d’un Jérémy Vachoux qui, finalement, n’aurait pas dû se trouver sur la pelouse sans l’expulsion de Jean-Louis Leca lors du match opposant Troyes à Lens quelques jours plus tôt mais bien plus de tenter par cette introduction de rappeler à quel point la logique des barrages favorisent le fait de jouer l’ensemble d’une saison (voire la pérennité d’un club dans certains cas) sur un seul match ou presque. A l’heure où la réforme de la LDC polarise le foot professionnel français entre ses partisans plus ou moins dissimulés (Paris, Lyon, Marseille) et ses contempteurs farouches, il me parait intéressant de mettre en exergue l’hypocrisie que revêt la position consistant à défendre l’instauration des play-offs puis barrages en même temps que de critiquer la réforme de la LDC, position largement répandue parmi les clubs de Ligue 1.

Le chemin toujours plus étroit

Il y a deux ans, en effet, les barrages d’accession en Ligue 1 et en Ligue 2 ont revu le jour. Pensés comme des matchs aller-retour où le club de la division supérieure – Ligue 1 dans le barrage Ligue1/Ligue 2, Ligue 2 dans celui Ligue 2/National – aurait le privilège de recevoir au retour. L’idée à peine voilée derrière la volonté de créer des matchs à fort enjeu en fin de saison était assurément de verrouiller un peu plus l’accession aux divisions supérieures pour les clubs provenant respectivement de Ligue 2 et National. Lors de la première édition de ces barrages, le club de Ligue 2 (Troyes) a réussi à s’imposer face à Lorient et donc à accéder à la Ligue 1 – dans le même temps, Orléans conservait sa place en Ligue 2 aux dépens du Paris FC. Dès la saison suivante, les règles ont alors de nouveau changé pour favoriser un peu plus encore le club de Ligue 1 ayant terminé 18ème.

Sous couvert de rajouter des matchs à haute teneur émotionnelle, la LFP a donc décidé que des play-offs seraient introduits en Ligue 2 si bien que, comme c’était le cas cette année, il se pourrait bien que le club de Ligue 2 arrivant jusqu’au barrage ait eu à disputer deux matchs avec prolongations avant de se présenter face au club de Ligue 1. Dans la mesure où ces matchs interviennent en fin de saison avec toute la charge émotionnelle que cela représente il n’est pas surprenant de voir que le nombre de blessures ou de cartons rouges puissent être bien supérieurs à la moyenne ce qui, sans conteste, favorise alors le club de Ligue 1 qui peut tranquillement regarder les prétendants s’entretuer. L’on peut très bien avoir un débat quasi-philosophique sur la pertinence de barrages ou de play-offs – je considère personnellement plus logique de récompenser une performance sur 38 journées que l’instauration d’un ou deux matchs couperets, il y a les coupes pour cela selon moi – mais il me parait clair que la formule retenue pour le barrage Ligue 1/Ligue 2 fait tout pour avantager le club de Ligue 1. La France est effectivement à ma connaissance le seul pays à mixer le principe des play-offs (qui existent par exemple en Championship) avec celui du barrage (qui existe en Bundesliga mais où le club de 2.Bundesliga reçoit au retour, ce qui marque une grande différence) dans la seule optique de favoriser l’échelon supérieur de son football professionnel. Il n’est d’ailleurs pas très surprenant de voir que depuis l’instauration des play-offs – et sous réserve du très faible échantillon statistique ne permettant pas de tirer une conclusion définitive – le club de L1 s’est par deux fois maintenu sans trop de difficultés.

Business is business

Il devient dès lors intéressant de se pencher sur les raisons profondes d’un tel choix de la part de la LFP. Tout acquise à sa lubie de développement économique comme seul et unique indicateur – ainsi que le démontrent les danses du ventre pour les droits TV ou la très récente annonce d’un partenariat de naming avec une entreprise qui piétine les droits sociaux sans vergogne – la nouvelle direction personnifiée par Didier Quillot fait tout pour attirer les investisseurs de tous horizons, là semble être son seul mantra. Aussi est-il totalement compréhensible dans cette logique de mettre en place un tel parcours du combattant pour empêcher au maximum les clubs de Ligue 2 d’affluer en nombre en Ligue 1. Si l’on voulait être plus précis il faudrait plutôt dire que la mise en place d’un tel parcours vise à réduire au maximum le risque de descente des clubs de Ligue 1.

A cet égard, ce à quoi œuvre avec acharnement la LFP n’est rien d’autre que la mise à mal de l’aléa sportif, précisément parce que celui-ci pourrait faire fuir les investisseurs qui potentiellement auraient un intérêt à investir en Ligue 1. Après tout, c’est une stratégie de développement qui se défend, que je ne partage évidemment pas mais qui se défend. Le problème est bien plus présent dans l’hypocrisie du football professionnel français que dans cette logique morbide. Les mêmes qui crient comme des vierges effarouchées devant la possible réforme de la LDC qui, il est important de le dire, ne vise pas à autre chose qu’à suivre la même logique que celle qui prévaut à l’instauration des play-offs : la mise en place d’une ligue fermée au sein de laquelle l’aléa sportif est quasi-totalement éliminé pour permettre de générer des revenus toujours plus grands. Il faut, je crois, être conséquent et/ou ne pas être hypocrite sur ce genre de sujet et cela est loin d’être le cas pour les dirigeants du football professionnel français. En réalité, ce qu’il risque de se passer avec la réforme possible de la LDC n’est ni plus ni moins que l’aboutissement de la logique qui prédomine à la direction de la LFP. Mais comme souvent, il est bien plus simple de voir la paille dans l’œil de l’UEFA que la poutre qui trouble sa propre vision.

Crédits photo: LFP

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