jeu. Déc 5th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Place au courage face au racisme

23 min read

Le football, véritable miroir de la société, permet de rassembler les individus, mais peut également les opposer. Ainsi, certains supporters l’utilisent comme un défouloir en usant de comportements inacceptables, tels que le racisme. Ce fléau, présent partout en Europe, se doit d’être éradiqué grâce au courage des différents protagonistes de ce sport universel.

La haine raciale, triste rengaine du football

Le dimanche 3 novembre 2019 a marqué un nouvel épisode d’une longue série dramatique italienne.

En effet, lors de la rencontre de Serie A opposant Hellas Vérone à Brescia, Mario Balotelli fut une énième fois victime de cris racistes dans la région de la Vénétie.

Furieux, l’attaquant s’est emparé du ballon avec ses mains avant de tirer en direction de quelques supporters véronais qui le visaient par le biais de cris de singe. L’international italien a alors souhaité arrêter le jeu.

Malgré cela, le match a finalement repris après une intervention du speaker du stade demandant de cesser tout acte raciste, sous peine d’un arrêt définitif de la rencontre.

La première étape de la procédure mise en place par l’UEFA en 2009 fut donc appliquée à la lettre.

Pour le reste, malgré la défaite de Brescia 2-1, Mario Balotelli a certainement répondu de la meilleure des manières en marquant un magnifique but à cinq minutes de la fin de la rencontre.

Cependant, cette intervention du speaker du stade, conjuguée au but de l’avant-centre brescian, ne suffiront certainement pas à éradiquer le racisme du football italien.

Comme Mario Balotelli, en décembre 2018, le footballeur international sénégalais, Kalidou Koulibaly, fut la cible de cris de singe. Sa plus célèbre mésaventure s’est déroulée au stade San Siro, lors d’une rencontre opposant l’Inter de Milan à Naples, son équipe.

Néanmoins, cela n’était pas la première fois qu’il était victime de racisme, deux ans après un premier incident à Rome, et quelques mois avant de nouvelles insultes au Stadio Olimpico le 2 novembre 2019.

Il rejoint ainsi la triste liste à laquelle appartiennent Marcel Desailly, Sulley Muntari, Paul Pogba ou encore Blaise Matuidi, qui ont également subi des injures racistes lors de rencontres de Serie A.

En effet, le racisme, danger social par excellence et véritable plaie du football, est très présent dans les stades italiens, extrêmement touchés par ce fléau.

A ce sujet, Momar N’Diaye, attaquant international sénégalais, passé par la France, l’Allemagne ou encore le Luxembourg, nous confiera que c’est en Italie qu’il a effectivement le plus ressenti la haine raciale. Cela a même participé à ce qu’il quitte le pays après seulement trois mois au club d’Aversa Normanna.

La Fédération italienne a pourtant aggravé les sanctions depuis la saison 2013-2014 afin de répondre à ce problème. Cependant, cela ne semble pas pour autant avoir freiné certains tifosis.

De surcroît, si les actes racistes constituent une triste rengaine du football italien ces derniers mois, nombreux sont les transalpins qui tentent de les minimiser.

En témoigne la réaction du chef des ultras d’Hellas Vérone qui explique que cela fait partie du « folklore », et celle de l’entraîneur véronais Ivan Juric qui a estimé qu’il n’y avait eu aucun cri raciste à l’encontre de Mario Balotelli le 3 novembre.

De même, Leonardo Bonucci, en avril dernier, avait déclaré que Moise Keane était à 50% responsable des actes racistes qu’il avait subi lors du match opposant Cagliari à la Juventus de Turin. Il était par la suite revenu sur ses propos afin d’apaiser l’incendie provoqué, sans pour autant être en mesure de l’éteindre après une réaction si inconvenante.

Un groundhopper italien considère, cependant, que « le racisme n’a pas forcément augmenté en Italie ces dernières années ». En effet, selon lui, il existerait seulement « un changement dans la perception des chants au sein des stades italiens au fil des époques ».

En ce sens, il souligne que l’on fait plus attention actuellement aux paroles des supporters qu’il y a quelques années. De ce fait, si auparavant, les instances footballistiques et les médias laissaient passer certains chants, ces derniers font aujourd’hui polémiques et sont enfin considérés comme discriminatoires.

Un second groundhopper italien, s’étant rendu dans tous les stades de Serie A afin d’assister à un match, soutient qu’ « il est évident que le racisme est présent dans le football et chez certains supporters italiens ». Néanmoins, il ajoute qu’il n’est pas aussi présent que les médias veulent bien le faire paraître, notamment avec les actes répétés à l’encontre de Mario Balotelli qui seraient « exagérés par les journaux et les télévisions ».

De surcroît, il explique qu’en Italie, pour certains supporters, le racisme fait partie de la provocation, de la déstabilisation de l’adversaire.

Selon ce supporter de l’AC Milan, Mario Balotelli serait donc malheureusement « encore tombé dans le piège tendu par les tifosis d’Hellas Vérone, comme à son habitude ».

A en lire ce dernier témoignage, on peut paraître troublé. Assurément, cela ne peut et ne doit pas constituer un moyen de défense valable pour les auteurs d’actes racistes. Il semble exister d’autres manières de provoquer l’adversaire lors d’un match de football, sans pour autant en venir aux injures raciales, qui constituent une véritable violence morale.

En effet, les conséquences d’une telle action dépassent évidemment le stade de la simple provocation.

« Il ne faut pas oublier que même si nous sommes des footballeurs, nous restons des hommes ordinaires, des humains, et que ces propos atteignent émotionnellement parlant »

Serge Akakpo

C’est d’ailleurs ce que racontera Lynel Kitambala, attaquant formé à l’AJ Auxerre, passé par la suite par le FC Lorient et l’AS Saint-Etienne. « Cela m’a énormément touché et ça m’a fait mal » explique-t-il au sujet de cris de singe qu’il a subi lors d’un déplacement en Ukraine avec l’Equipe de France Espoirs en 2010.

Puis, il relate également que, quelques années plus tard, alors qu’il évolue au Levski Sofia, il affrontera son cousin dans le championnat bulgare. Celui-ci subira des insultes racistes de la part des supporters de l’ancien avant-centre auxerrois, ce qui rendra Lynel Kitambala « très triste de la situation », même si cela ne le touchait pas directement.

« Il ne faut pas oublier que même si nous sommes des footballeurs, nous restons des hommes ordinaires, des humains, et que ces propos atteignent émotionnellement parlant » soutient alors Serge Akakpo, défenseur international togolais, comptabilisant 58 sélections avec son équipe nationale.

C’est donc une évidence, le racisme ébranle l’individu. Il constitue effectivement le fait pour l’auteur de l’acte d’exercer une attitude hostile à l’encontre d’une personne qu’il considère intrinsèquement inférieure du fait, notamment, de sa couleur de peau. En ce sens, cela représente une forme de discrimination provoquant une atteinte à la personne, à sa dignité et à son honneur, ce qui peut difficilement la laisser indifférente.


Pour aller plus loin sur le sujet, voici la critique du livre « Le Racisme dans le Football » de Nicolas Villas


De surcroît, il convient de rappeler que ce problème est présent partout dans la société. En effet, que ce soit à l’école, dans la rue, dans le monde professionnel ou encore à l’entrée des boîtes de nuit, le racisme est répandu.

« Aujourd’hui le racisme fait malheureusement partie du monde dans lequel on vit et cela peu importe le domaine » explique alors le gardien international malien Oumar Sissoko.

Et si l’on en parle plus aujourd’hui, cela semble avoir toujours existé en réalité, même davantage auparavant. Cependant, ce n’est justement pas une raison pour se contenter d’une faible avancée dans ce domaine.

Dans le football, le sujet est également davantage abordé à ce jour. La lutte contre le racisme semble effectivement vouloir être accrue par les instances footballistiques. Néanmoins, celui-ci reste présent et rien ne semble s’arranger à ce niveau, bien au contraire.

En témoigne les récents incidents en Italie, mais également ailleurs, comme en France ou en Angleterre, qui « pourrissent la fête et sont forcément négatifs pour le football » souligne Henri Ndong, défenseur international gabonais ayant disputé la CAN et les Jeux Olympiques avec sa sélection en 2012.

Un fléau sans frontières

L’ancien avant-centre stéphanois Lynel Kitambala aborde le fait selon lequel tous les pays en Europe sont aujourd’hui frappés par ce fléau qu’est le racisme.

« A la suite de mon entrée en jeu lors d’un match, j’ai été victime de cris de singe »

Johan Audel

« Même la Belgique ! » à son grand étonnement. Il revient alors sur le fait que Marco Ilaimaharitra, joueur international malgache de Charleroi, fut victime d’insultes racistes le même week-end que Mario Balotelli en Italie.

L’Israël ne fait pas exception à cela aux dires de Johan Audel, ancien attaquant formé à l’OGC Nice, puis passé par Lille, Valenciennes et Nantes, avant de s’exiler au Beitar Jérusalem pour finir sa carrière. « A la suite de mon entrée en jeu lors d’un match, j’ai été victime de cris de singe » raconte-t-il.

Il relativise néanmoins en soulignant qu’il s’agissait de « trois ou quatre imbéciles parmi des milliers de personnes ». Cela n’a cependant pas empêché qu’il reste indigné de cet incident.

De la même manière, l’Ukraine est très touchée par le racisme. Et pour preuve, le nouveau scandale qui s’est déroulé le 10 novembre dernier avec le brésilien Taison, joueur du Chakhtar Donetsk. Ce dernier fut expulsé pour avoir réagi aux insultes en envoyant le ballon dans les tribunes de rage. En ce sens, c’est le capitaine du club ukrainien qui fut pénalisé !

Ainsi, si le racisme marche, sa condamnation se marche sur la tête.

De surcroît, il y a quelques années, comme Lynel Kitambala, un autre ancien auxerrois sera victime de cris racistes dans ce pays de l’Europe de l’Est.

En effet, Serge Akakpo subira, lui aussi, des cris de singe lors de son passage en Ukraine.

« C’était par des supporters de l’équipe adverse pendant que je faisais la reconnaissance du terrain juste avant l’échauffement » explique-t-il.

S’agissant de la France, comme l’a souligné le magnifique documentaire « Je ne suis pas un singe » d’Olivier Dacourt, c’est en 1989 que l’on a parlé pour la première fois de racisme dans la presse à la suite d’un incident ayant eu lieu dans un stade de football.

En effet, le gardien de but camerounais des Girondins de Bordeaux, Joseph Antoine Bell, sera victime d’actes racistes pour son retour au Stade Vélodrome à Marseille, son ancien club. Les supporters olympiens l’attendaient avec des centaines de bananes en guise de projectiles.

Depuis, les injures racistes se sont multipliées en France.

En Corse par exemple, où Pascal Chimbonda, ex-international français, jouant à Bastia lors de la saison 2004-2005, fut insulté de « sale noir » par ses propres supporters lors d’un match de Ligue 1 contre Istres.

Néanmoins, l’affaire la plus marquante restera certainement l’affaire Kébé. En effet, Boubacar Kébé, joueur de Libourne-Saint-Seurin, club de Ligue 2 en 2007, s’était plaint d’insultes racistes par le parcage visiteur du Stade Jean-Antoine-Moueix où des supporters bastiais l’avaient insulté.

Le SC Bastia écopera alors d’un point de pénalité au classement, semblant à l’époque constituer une véritable avancée dans la lutte contre le racisme.

Cependant, faute de preuve, ce point sera finalement rendu au SC Bastia.

C’est également en Corse que Zaccharie Gbadamassi, joueur ayant évolué toute sa carrière dans les divisions nationales amateurs, subira deux malheureux épisodes racistes qui l’ont marqué.

En effet, l’ex-attaquant de Toulon ou de Lyon-Duchère raconte que « la première fois, c’était au Gazelec Ajaccio avec le Stade Beaucairois en CFA (aujourd’hui N2), où j’étais en train de m’échauffer avec un coéquipier d’origine marocaine. Nous étions remplaçants et sur le côté un groupe de supporters nous traitait avec des noms d’oiseaux. C’était incroyable ! D’ailleurs aujourd’hui il arrive qu’avec ce coéquipier on en parle encore dès que l’on se rencontre et nous avons malheureusement gardé les phrases en mémoire ».

Puis, il ajoute que « le deuxième épisode s’est déroulé lorsque je jouais avec Orange. Le directeur sportif, la veille de partir au CA Bastia pour une journée de CFA2 (aujourd’hui N3), nous dit avoir reçu un courrier qui lui disait de ne pas emmener « ses blackos » sur l’île car le club ne pourrait pas garantir notre sécurité ».

Par voie de conséquence, il est indéniable que la France aussi est touchée par le racisme, même si elle l’est évidemment moins que beaucoup d’autres pays européens.

Or, si de nombreux haïssables incidents racistes se sont déroulés sur l’île de beauté, il n’y a évidemment pas que là-bas que le racisme sévit.

Hyppolyte Dangbeto, ancien défenseur du Stade Malherbe de Caen qui a joué plus de 200 matchs en Ligue 1, nous avouera alors avoir été victime de racisme dans l’Hexagone : « La première fois que j’ai été victime de racisme c’était à Sedan, lorsque j’évoluais au Matra Racing de Paris, durant un match de Coupe de France. J’étais remplaçant et lorsque le coach m’a demandé d’aller m’échauffer, j’ai malheureusement entendu ceci : « espèce de produit chimique… ». Je me suis contenté de le regarder et d’en rire… Je me suis dit qu’il était bête et ignorant, car dans l’équipe de Sedan qu’il supportait, il y avait énormément de joueurs africains ! Puis, de la même manière, j’ai ressenti ce fléau durant certains matchs contre mes adversaires directs sur le terrain. Des propos pouvant parfois faire perdre la tête, mais Dieu merci, mon père m’avait préparé à ces choses afin d’avoir une maîtrise totale ! ».

La maîtrise de soi, c’est alors ce qu’il apprend aux jeunes qu’il encadre aujourd’hui à l’ASPTG Elite Football pour répliquer au racisme sur le terrain. Ainsi que « l’ignorance en réponse à la débilité », qui semble être la meilleure réaction selon lui.

Henri Ndong, l’ancien défenseur auxerrois, abordera, lui, l’idée d’un racisme indirect en France. En effet, selon lui « C’est regrettable, mais l’Africain, comparativement à l’Européen, a tendance à avoir moins de passe-droit et pas vraiment de seconde chance en France ».

De plus, rappelons que le dernier incident en date a eu lieu à Dijon la saison dernière. La cible des cris racistes était le défenseur amiénois Prince-Désir Gouano, qui n’avait jamais vécu cela malgré des expériences en Italie, au Portugal ou encore en Angleterre.

S’agissant de l’Angleterre justement, un groundhopper nous confesse que le racisme reçoit là-bas « un accueil mitigé, entre choc et déni ».

L’homme aux 4823 matchs à travers 84 pays raconte que le racisme est bien présent en Angleterre et que les autorités n’arrivent pas à dominer ce problème.

Si les incidents qui se sont déroulés durant le match international Bulgarie-Angleterre ont, selon lui, étaient amplifiés par la presse, il explique, qu’au contraire, le pire incident récent fut trop peu abordé par la presse.

Celui-ci a eu lieu lors d’un match de qualification pour la FA Cup entre Haringey Borough et Yeovil Town. Le match devait être rejoué, mais Haringey a refusé de rechausser les crampons.

« Sur les réseaux sociaux, certains fans de Yeovil présents au match furent horrifiés par leurs propres fans, tandis que d’autres ont nié que quelque chose fut dit » met-il en exergue.

« Il ne faut pas oublier que les stades de football, à l’heure actuelle, avec la médiatisation, sont de gros moyens d’expression, et le fait de pouvoir laisser ces personnes agir est une dérive que l’on ne peut pas laisser se propager dans nos stades avec nos enfants à l’intérieur ».

Cheick Bangré

Mais le racisme n’est pas un problème lié simplement au football selon lui. « La population anglaise donne un degré d’anonymat au racisme qui permet au comportement de rester impuni. Ainsi, ce que l’on voit dans le football représente en réalité simplement les opinions de la population vivant dans notre société ».

En ce sens, un groundhopper milanais considère que « Le problème du racisme dans les stades en général doit avant tout être résolu à l’extérieur des stades car le football n’en souffre pas davantage que la société dans son ensemble ».

Néanmoins, l’ancien sedanais, Cheick Bangré, met justement en exergue le fait selon lequel « Il ne faut pas oublier que les stades de football, à l’heure actuelle, avec la médiatisation, sont de gros moyens d’expression, et le fait de pouvoir laisser ces personnes agir est une dérive que l’on ne peut pas laisser se propager dans nos stades avec nos enfants à l’intérieur ».

En effet, pourquoi ne pas se servir de ce sport à la visibilité immense partout dans le monde ?

Cela permettrait de tenter d’insuffler des messages à l’encontre du racisme, pour trouver de véritables solutions par rapport à un problème visible sur toutes les télévisions mondiales.

Le football permet aussi que l’on parle du racisme, alors ne pas s’en servir serait regrettable. Ce sport peut justement amener à faire un grand bond en avant dans l’idée d’éradiquer le racisme.

En ce sens, le racisme, présent partout en Europe, évidemment à différents degrés, se doit d’être extirpé du football.

« Il faut faire quelque chose. C’est détestable car c’est une pratique qui commence à se banaliser dans les stades » souligne alors Cheick Bangré, milieu de terrain formé au Toulouse FC.

« Ça me rend triste de voir que le racisme est très présent partout dans les stades ces derniers temps, j’ai du mal à l’accepter » ajoute Lynel Kitambala.

L’inefficacité des mesures actuelles

Nombreux sont les articles de presse qui relatent le fait selon lequel les instances footballistiques puniront plus sévèrement les prochains actes racistes. L’expression « tolérance zéro à partir d’aujourd’hui » revient sans cesse.

Cependant, les injures racistes se répètent dans les stades, tout autant que l’inefficacité des mesures actuellement prévues pour ces agissements.

« Il y a eu des essais de la FIFA et de l’UEFA avec les bracelets, le slogan « no racism », des tee-shirts, mais cela reste compliqué. Les grandes stars du football ont aussi mené des campagnes pour tenter de changer les choses, mais même cela n’a pas suffit » soutient l’ancien attaquant Johan Audel. En effet, les slogans et autres tentatives de message n’ont nullement réussi à produire d’avancées concrètes dans le but d’éradiquer le racisme des stades de football.

« Ces slogans contre le racisme, c’est de la poudre aux yeux ! » considère alors un supporter parisien.

Le nouveau texte de la FIFA prévoit à présent que « sauf circonstances exceptionnelles, si un match est définitivement arrêté par l’arbitre à cause de comportements racistes et/ou discriminatoires, il sera déclaré perdu sur tapis vert ».

On peut ainsi penser que ce nouveau règlement permettrait de marquer un grand coup dans l’idée d’éradiquer le racisme. Néanmoins, encore faut-il qu’un match soit arrêté définitivement, et on ne semble jamais en avoir été proche lors des récents incidents.

En effet, cela ne constitue que la troisième étape mise en place par l’UEFA, qui ne peut intervenir qu’ « en tout dernier recours », après l’inefficacité des deux premiers arrêts du match.

En ce sens, les joueurs ont certainement leur rôle à jouer, avant cet éventuel arrêt définitif. L’idée serait alors d’agir ensemble, de mettre en avant le mécontentement des vingt-deux acteurs du jeu face à l’acte raciste, plutôt que la seule exaspération du joueur touché par l’injure.

« J’aimerais que les autres joueurs présents sur le terrain soient un peu plus solidaires de ceux qui sont victimes de racisme durant un match. Lorsque cela se produit, tous les joueurs devraient arrêter de jouer » met alors en exergue Serge Akakpo, l’international togolais.

Ceci, d’autant plus lorsque l’on sait que le joueur réagissant aux insultes en quittant le terrain ou par une réaction trop virulente a tendance à être sanctionné par l’arbitre ou les commissions de discipline. Ce fut effectivement le cas pour Taison il y a quelques jours, ou pour Sulley Muntari en 2017.

« Aujourd’hui lorsqu’il y a des bruits de singe ou des insultes racistes dans un stade on fait quoi ? Le jeu est interrompu quelques minutes puis il reprend comme si rien ne s’était passé ? Selon moi tous les acteurs devraient être solidaires envers la personne visée et arrêter le match à ce moment là »

Oumar Sissoko

Or, on peut penser que si la totalité de l’équipe quittait la pelouse, il sera inenvisageable de la sanctionner.

« Le problème est récurrent et je pense qu’il faut que les joueurs prennent les choses en main. En effet, si d’un commun accord tous les protagonistes quittaient le terrain de manière définitive, cela aurait un impact beaucoup plus important. On ne peut pas continuer de banaliser cela en arrêtant le match cinq minutes, et reprendre comme si rien ne s’était passé quelques minutes après, sans prendre en compte les conséquences que cela peut avoir sur le ou les joueurs ciblés. C’est à tous les joueurs de prendre à cœur le problème et pas seulement à ceux qui sont visés, afin que le message soit efficace » regrette alors un supporter havrais.

Dans cette lignée, Oumar Sissoko, l’ancien portier messin, s’insurge « Aujourd’hui lorsqu’il y a des bruits de singe ou des insultes racistes dans un stade on fait quoi ? Le jeu est interrompu quelques minutes puis il reprend comme si rien ne s’était passé ? Selon moi tous les acteurs devraient être solidaires envers la personne visée et arrêter le match à ce moment là ».

« Arrêter un match, cela n’est pas la meilleure réponse. Il faut trouver d’autres solutions, sinon les auteurs de ces actes seront gagnants, et en plus, vont s’en amuser lorsque leur équipe perdra »

Mahamane Traoré

En attendant, la difficulté est que le football représente un poids économique hallucinant, un enjeu sportif parfois délirant et déchaîne une passion et un enthousiasme de l’humain impressionnant. Par conséquent, cela peut engendrer des risques économiques, sportifs, mais également physiques à la sortie des stades, si un arrêt définitif du match venait à être prononcé.

C’est d’ailleurs ce que souligne Fabien Cool, ancien gardien emblématique de l’AJ Auxerre et champion de France en 1996 : « Personnellement, je ne suis pas pour l’arrêt des rencontres. Cela pourrait engendrer des violences à la sortie du stade, suite à cette décision ».

De la même manière, cela pourrait être une façon pour les supporters de se servir de cette règle lorsque leur équipe est en difficulté, devenant alors un leitmotiv en réaction à la défaite.

« Arrêter un match, cela n’est pas la meilleure réponse. Il faut trouver d’autres solutions, sinon les auteurs de ces actes seront gagnants, et en plus, vont s’en amuser lorsque leur équipe perdra » déclare en ce sens Mahamane Traoré, l’ancien attaquant niçois.

Si les joueurs, comme les supporters, ont des avis qui divergent sur les solutions à adopter pour éradiquer le racisme des stades, tous sont unanimes afin de souligner que la question est complexe et que l’on est encore loin d’arriver au but tant espéré.

Parmi eux, certains sont même défaitistes, mais peut-être malheureusement réalistes.

l’Homme ne naît pas raciste, il le devient 

Oumar Sissoko

Ils soulignent alors qu’il est impossible de supprimer la présence du racisme dans les stades de football à notre époque.

« C’est totalement impossible d’éradiquer ce fléau ! Si les gens entendaient ce que certains parents disent à des enfants de 8, 9, 10 ans chaque week-end autour des stades, ils sauraient à quel point c’est impossible ! » met en avant Hyppolyte Dangbeto, l’ancien défenseur caennais.

Selon Oumar Sissoko, il est inenvisageable d’extraire ce fléau qui gangrène le football, car il provient toujours d’une mauvaise éducation. Le gardien de but passé par le FC Metz et l’AC Ajaccio rappelle alors que « l’Homme ne naît pas raciste, il le devient ».

Hyppolite Dangbeto complète alors cette analyse en mettant en relief que le racisme n’est autre que « le fruit pourri d’un mauvais enseignement familial ».

« La meilleure façon de marquer un grand coup serait l’apprentissage du vivre ensemble, peu importe la couleur, la religion et les pensées » considère donc Oumar Sissoko.

En effet, l’éducation joue un rôle majeur dans cette volonté d’extraire le racisme du football et de la société. Les enfants sont particulièrement perméables à ce qu’ils entendent au sein de leur environnement familial, et s’en font, par voie de conséquence, l’écho par la suite.

De ce fait, la socialisation primaire dirige la façon dont l’enfant se comportera plus tard, étant adulte, en société. Il considérera que nous sommes tous égaux, peu importe la race, ou au contraire, établira une hiérarchie entre ces races, à mesure de son éducation sur le sujet.

En ce sens, un supporter anglais estime qu’ « éradiquer le racisme dans le football est aussi infaisable actuellement que l’idée de l’éradiquer de notre société ».

La complexité semble en effet similaire entre les deux. Ceci d’autant plus lorsque l’on sait que le football, sport universel, fait aujourd’hui totalement parti de la société dans laquelle on vit.

Néanmoins, ce fatalisme ne permettra pas de bannir le fléau, faisant gagner le racisme dans ce match face au football.

Il convient alors de se demander quelle est la meilleure réaction à adopter face à de tels agissements pour les supporters, les joueurs, les dirigeants de clubs, l’arbitre, et les diverses instances qui dirigent le football.

Il existe des possibilités de réactions fortes, des façons de marquer une avancée majeure dans le domaine en punissant et non en banalisant la situation.

« Il faut des réactions et des sanctions servant d’exemple » insiste alors Johan Audel.

Le courage comme meilleure réponse

Si des sanctions fermes sont attendues afin de réagir au racisme, il faut pour cela faire montre de courage.

« Je pense que les institutions devraient demander à arrêter les matchs systématiquement et à sanctionner les équipes par des points perdus lorsque leurs supporters font des cris racistes »

Cheick Bangré

En effet, c’est en touchant le business que le football engendre que les choses pourront éventuellement changer. Cela peut paraître grotesque, mais c’est certainement en gâchant la fête ou en punissant les clubs directement que l’on parlera davantage dela présence de ce fléau dans le football et de son impact sur les joueurs !

Il convient de procéder à une véritable prise de conscience collective. Ainsi, réagir en se contentant de punir d’une faible interdiction de stade les fauteurs de trouble ne permettra pas de laisser le racisme aux portes des stades.

« Je pense que les institutions devraient demander à arrêter les matchs systématiquement et à sanctionner les équipes par des points perdus lorsque leurs supporters font des cris racistes » souligne ainsi Cheick Bangré, joueur de l’Athlético Marseille.

C’est également l’avis de Serge Akakpo, l’ancien défenseur de Trabzonspor, qui souhaiterait que la FIFA se penche à nouveau sur le règlement, en incriminant les clubs sans ambages : « Il convient de s’attaquer directement aux clubs. La sanction doit être par étape. Une première sanction financière, et en cas de récidive une perte de points. En effet, la ligue en arrive à sanctionner des clubs pour des fumigènes ou autres artifices, mais personne ne s’offusque réellement lorsqu’il s’agit de racisme sur le terrain, c’est désolant ».

Fabien Cool, le quadruple vainqueur de la Coupe de France avec l’AJ Auxerre, considère qu’il ne faut pas avoir peur non plus de sanctionner les clubs de plusieurs matchs à huit clos en cas de faits racistes lors d’un match, « et de façon croissante si les incidents se reproduisent » dit-il.

En appliquant éventuellement ces propositions, on s’attaquera à l’économie du football.

Par voie de conséquence, les clubs en subiront les répercussions. En effet, les stades seront vides, cela serait bien moins attirant pour les télévisions, et l’obligation d’agir prédominera face à tout cela.

Momar N’Diaye, l’international sénégalais, explique que l’on peut même aller encore plus loin, surtout pour les clubs amateurs où cela est davantage envisageable.

« Selon moi, la meilleure façon d’éradiquer le racisme dans le football est de sanctionner par des suspensions les clubs dont les supporters ont commis des faits. Le fait de priver un club de compétitions, sachant que le football joue un rôle important dans de nombreuses villes, cela permettra aux clubs de prendre les précautions nécessaires afin d’éviter ce genre de problème » explique-t-il.

En résumé, la majorité des joueurs sont d’accord sur le fait que les instances footballistiques doivent sanctionner de manière forte. Cela aura alors pour effet de faire bouger les choses, de forcer les clubs à agir, afin que le racisme ne pénètre pas leur stade et que celui-ci ne soit jamais accepté et aucunement banalisé.

Et même si « c’est toujours une petite poignée d’individus » selon l’avant-centre Zaccharie Gbadamassi, le fait d’avoir le courage d’oser punir un club et de prononcer des huit-clos à son encontre, forcera certaines personnes à changer et à faire plus attention.

En dehors de cela, il faudra évidemment pénaliser encore plus sévèrement les seuls auteurs des faits racistes. Cela se manifestera par des interdictions de stades évidemment, mais également des sanctions pénales.

En ce sens, les interdictions de stades peuvent constituer des interdictions administratives, avec la présence d’une menace pour l’ordre public, prenant ainsi la forme d’un arrêté. Cela ne représente donc pas une sanction, mais simplement une mesure de prévention.

Cependant, elles peuvent également se caractériser par une sanction pénale prononcée par un tribunal, constituant alors une peine complémentaire, venant s’ajouter à une peine d’emprisonnement ou une amende.

« Il faut sanctionner à vie d’interdiction de stades ce genre de supporters. Ils n’ont pas leur place dans un stade de football » souligne de ce fait Adekanmi Olufadé, ancien attaquant international togolais ayant joué à Lille ou à Nice.

Henri Ndong, l’international gabonais, propose, lui, une sanction d’interdiction de stade ferme, de cinq à dix années. Il suggère également le fait que celle-ci ne soit levée qu’à la suite d’un entretien, afin de vérifier que la personne a compris la gravité de son acte et de la sanction qui lui a été infligée.

Mahamane Traoré, comme ce fut le cas d’autres joueurs interrogés à ce sujet, précise alors que « c’est facile aujourd’hui avec les caméras dans tous les stades des grands championnats d’identifier les fautifs ».

Enfin, s’agissant des sanctions pénales, en France, la loi dispose que la peine encourue en cas d’injure raciste en public est d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. A cela, s’ajoute donc une interdiction de stade qui sera, la plupart du temps, prononcée.

Espérons alors qu’au delà de ces sanctions pénales et de ces interdictions de stades, l’idée d’un arrêt définitif de match ou d’un club pénalisé ferait réagir le monde du football dans son combat contre le racisme.

Comme beaucoup, Zaccharie Gbadamassi espère que « si nous ne pouvons pas tous nous aimer, on peut au moins aspirer à tous se respecter ».

Ainsi, le football, au vu de sa médiatisation, pourrait servir de fer de lance à la société dans sa volonté d’éradiquer le racisme.

Les joueurs et supporters ont tous des idées dans la lutte contre ce fléau. On peut donc penser que les instances footballistiques peuvent également en avoir, et qu’elles sont en capacité d’agir plus efficacement face au problème.

En ce sens, le courage semble la meilleure arme pour combattre le racisme.

L’impunité à la suite de tels actes doit s’effacer, pour laisser place à des sanctions fermes qui permettront de répondre de manière tenace à ces comportements nauséabonds.

Article écrit et propos récoltés par Arthur Leonard

1 thought on “Place au courage face au racisme

  1. Bravo pour cet article qui ,en toute objectivité, relate des faits inadmissibles. Oui le sport est le miroir de notre société! Que tous agissent avec courage et ne ferment pas les yeux ni les oreilles à l égard du racisme. Cet article nous permet de réfléchir. Félicitations !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Copyright © All rights reserved. | Newsphere by AF themes.