lun. Juin 17th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Du Classique à l’ordinaire

6 min read

27 Février 2013. Paris élimine l’Olympique de Marseille au terme d’une rencontre parfaitement maîtrisée par les locaux et conclue sur le score de 2-0. Ce succès achevait une belle série pour les Parisiens face à leurs rivaux marseillais : trois victoires au Parc ficelées de manières différentes mais avec le même résultat, élimination des deux Coupes et trois points en Ligue 1. Les supporters parisiens ont de quoi célébrer pendant un moment… Quoi ? On s’en fout ? Ah ? Ah bon.

L’opposition française la plus médiatique depuis 1990

Contrairement à d’autres vieilles rivalités en Europe dont les racines peuvent être historiques, géographiques ou politiques, celle qui met aux prises Parisiens et Marseillais est très récente. C’est au début des années 1990, sous l’impulsion notamment de Bernard Tapie, que Canal+ décide de médiatiser abondamment l’affiche, trouvant non seulement là un exutoire permettant de cristalliser l’antagonisme entre provinciaux et habitants de la capitale, mais aussi une occasion de pimenter le championnat qu’il diffuse. Née artificiellement, la rivalité donne pourtant rapidement lieu à des rencontres très tendues et disputées avec une intensité dépassant parfois l’entendement. En effet, au-delà de l’importance sportive de ces matches (les clubs jouent souvent les premiers rôles dans les années 1990), les supporters participent massivement à l’atmosphère électrique qui règne autour des « classiques » (ils furent longtemps appelés « Clasico », s’inspirant de ce qui se faisait en Espagne).

Lors des années 2000, les deux clubs connaissent des fortunes sportives diverses, mais les PSG-OM demeurent tout de même les rencontres à gagner, ou du moins à ne pas perdre. Ainsi, les huit victoires d’affilée du PSG sur l’OM entre 2002 et 2004 sont trois années d’extase et de plaisir pour les parisiens, et un moment très pénible à vivre côté marseillais. La finale de la Coupe de France 2006 est un grand moment également. Plus récemment, la saison 2008-2009 donne lieu à de belles affiches. Alors que Marseille a l’occasion de prendre la tête de la Ligue 1 en octobre, Paris vient s’imposer 4-2 au Vélodrome grâce à son nouveau talent Guillaume Hoarau. Quelques mois plus tard, alors que Paris peut à son tour récupérer le trône de la L1, c’est l’OM qui vient gagner 3-1 au Parc des Princes, avec un bon Bolo Zenden qui aura bien cuisiné les Parisiens (vous l’avez ?). Deux victoires à l’extérieur hautement dramatiques qui firent beaucoup vibrer marseillais et parisiens. Pourrons-nous retrouver un jour ce degré d’engouement, de tension, de drame autour d’un « classique » à l’avenir ?

Changement de dimension, mort des passions

C’est malheureusement peu probable. En effet, le changement de galaxie du club parisien avec l’arrivée des investisseurs qataris et de grandes stars dans l’effectif n’aide pas à donner de l’intérêt aux « Classiques », loin de là. Avant 2011, le PSG et l’OM jouaient dans la même cour, rendant l’issue des combats souvent incertaine et palpitante puisque les deux clubs luttaient à armes égales, à peu de choses près. Sur les 10 dernières années, il était extrêmement rare d’avoir un rapport de forces si déséquilibré que la victoire de l’un sur l’autre était inéluctable. D’où la nécessité pour chaque club de toujours avoir ses supporters à fond pour pousser leur équipe, puisque la domination de l’adversaire était aussi probable que la défaite.

Malheureusement, le PSG a changé de calibre et s’est mis en tête de se joindre à une baston d’une toute autre ampleur. Celle-ci se dispute sur une estrade bien plus lumineuse, sous les yeux de millions de gens, et met en scène des ogres européens bien affamés, prêts à se bouffer pour aller décrocher cette foutue princesse aux grandes oreilles. Comme l’a si bien rappelé Leonardo après la défaite contre Reims, le truc de ce PSG, c’est plus la C1 que la Ligain.

Paris s’est donc envolé et a quitté ce bas-monde. L’OM, lui, est resté au même niveau. Donc, depuis les nuages parisiens, Marseille est devenu un club comme les autres. Un club de Ligue 1. Et à moins que l’OM ne se trouve une fabuleuse puissance financière (ce qui risque d’arriver rapidement), la flamme ne risque pas de se raviver.  En attendant, la vision est la même côté marseillais. Paris n’est plus un bon club de Ligain qu’on peut espérer enfoncer ou narguer. Pour l’OM comme pour les autres, battre Paris va relever de l’exploit, et le désintérêt sportif consume lentement l’intérêt supplémentaire que l’on accordait aux « classiques » par rapport aux autres affiches. Canal+ aura beau continuer à nous vendre des matches fabuleux dans des ambiances de feu, rien n’y fera. D’ailleurs, les ambiances de feu, tout le monde sait que c’est terminé au Parc des Princes, et le Vélodrome en travaux n’est plus un terrain aussi hostile aujourd’hui qu’il ne l’était il y a quelques années. Chaque venue de l’Olympique de Marseille est l’objet d’une nouvelle humiliation de l’animation du Parc : d’abord une immense bâche d’une banalité terrible posée au milieu de la pelouse, puis un tifo d’une laideur tout à fait innommable posée au milieu de la tribune Paris… Exactement là où il n’y a jamais eu d’ambiance.

Plus que les souvenirs pour vibrer

Que faire maintenant ? Peut-on relancer la rivalité PSG-OM ? Les investisseurs potentiels d’Abu Dahbi pourront-ils donner à l’OM les armes adéquates pour lutter avec l’ennemi de la capitale ? Si jamais leur entrée se fait un jour… D’ici là, chaque classique sera l’objet de la mélancolie du présent et de la nostalgie de si beaux événements passés. Le doublé de Boskovic et le but de Bernard Mendy au Vélodrome. Les matches les plus marquants de Ronaldinho au PSG. Le crâne fissuré de Fernandao.  Les buts de Hoarau au Vélodrome. L’incroyable tête de Basile Boli. La frappe de Dhorasoo au Stade de France. Le lob de Pauleta le long de la ligne de but de Barthez. La prestation de porc de Zenden au Parc. La talonnade de Brandao. Le cube Orange qui s’effondre. Ce 2-1 de folie avec trois buts magnifiques de Pauleta, Battles et Edouard Cissé. Ribery qui met le Parc au supplice. Lorik Çana qui poignarde ses anciens coéquipiers d’une tête rageuse. La louche de Nenê pour Hoarau. Le retour du traître Fiorèse au Parc des Princes. L’assassinat d’Armand qui signe avec son tacle le début d’une longue histoire avec le PSG.

Que des moments qui suscitaient moins l’admiration de la technique d’Ibrahimovic lorsqu’il fait sauter les cages de Mandanda d’une talonnade aérienne et d’un missile sur coup franc. Mais des moments qui nous auront mis dans tous nos états. Les classiques nous transcendaient. Nous transportaient. L’histoire des passions parisiennes et marseillaises déchaînées par leur opposition l’une à l’autre s’écrivait en lettres rouges lors des classiques. L’encre rouge peut être rangée au placard ; cette histoire est devenue légende.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Copyright © All rights reserved. | Newsphere by AF themes.