lun. Mai 27th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Etude des clubs de Ligue 1 sur la première moitié de saison, à l’aide des stats

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Après plusieurs mois de compétition, il est temps d’étudier les chiffres qui composent un match et une saison de football. Si les stats ne représentent pas toujours la réalité ou la vision que l’on a d’un match, à long terme, elles peuvent servir de bilan ou pour définir au style de jeu d’un équipe. Avec l’aide du site (anglais) whoscored.com, il est possible d’obtenir diverses stats sur presque toutes les rencontres des compétitions ayant lieu en Europe, ainsi que des championnats en général. Ici, fonctionnement un peu différent de la partie sur les clubs européens, on va partir de statistiques basiques et brutes, et en dégager des focus sur les équipes marquantes du championnat.

Les chiffres présentés sont issus d’une seule source, il est donc possible qu’ils différent avec ceux trouvés ailleurs, la manière de compter les tirs par exemple, peut varier selon les personnes. Chiffres arrêtés au 28/01/2016.

 

photo d'illustration

 

« Au foot (…) tout le monde regarde l’équipe, personne ne regarde le ballon. Or l’important, c’est le ballon, c’est lui qui fait l’équipe. »

 

La base lorsque l’on bâtit un projet de jeu pour son équipe (coucou Philipe Montanier), c’est de décider sa manière de voir le ballon. Et là deux écoles s’affrontent en France.

Il y a ceux qui veulent le ballon, forcément. Pour pouvoir attaquer certes, mais car il permet aussi de défendre, si l’adversaire n’a pas le ballon, il lui est difficile de marquer. Et le leader est forcément le PSG, qui avec 64.1 % de possession a aussi l’une des plus grosses moyennes d’Europe. Les parisiens ont non seulement les joueurs assez techniques pour avoir autant le ballon, mais profite aussi des adversaires qui par dépit ne contestent pas forcément le cours du jeu et préfèrent blinder en défense sans prendre le risque de s’exposer. L’ogre parisien est meilleure attaque avec plus de 50 buts, meilleure défense avec 10 buts encaissés … bref les parisiens dominent la L1. Deuxième en terme de possession, Lyon avec 59 %, un chiffre tout de même plutôt élevé. Un choix de philosophie, même si la peur de la part des adversaires intervient aussi, eut égard au passé récent de l’OL (et sa première académie d’Europe). Cependant il faut après faire une utilisation correcte de la sphère, et c’est ce qui explique pourquoi les lyonnais ne jouent pas les premiers rôles actuellement. D’abord parce qu’offensivement, les gones pèchent à la finition, Lacazette n’a pas sa forme de l’année dernière mais Beauvue jouait beaucoup dans les ratés jusqu’ici. Lyon fait d’ailleurs plus de tirs que le PSG (15.3, moyenne par match la plus élevée devant Paris à 14.8), mais en met beaucoup moins au fond, ne pointant qu’au 7ème rang des attaques, derrière Monaco. Et d’un autre coté, lorsqu’ils n’ont pas le ballon, les lyonnais restent friables en défense avec déjà 25 buts encaissés, merci Mapou. Autre équipe qui a le ballon, 4ème aux classements général et de possession, c’est Nice. De plus en plus reconnue et appréciée par son jeu, la jeune équipe a beaucoup le ballon, 55.5 de possession, tire peu, 10.4 tirs/match ce qui la place au 19ème rang de L1, mais marque beaucoup, 38 buts ce qui en fait la 2ème meilleure attaque. Claude Puel n’a pas pour vocation de posséder le ballon, son équipe peut d’ailleurs s’adapter comme lorsqu’elle a infligé un 3-0 face à Lyon sans dominer ce domaine, mais profite de la volonté de non-jeu de la plupart des équipes de Ligain pour tenir le cuir et le faire tourner avant de trouver la faille. L’OGC Nice est la preuve que l’on peut marquer plus si l’on choisit mieux ses tirs. Les aiglons cadrent 4.5 tirs par match, 5ème meilleure moyenne de France.

 

Faites-vous plaisir
Faites-vous plaisir

 

Le cas (-nnebière) marseillais

Mais il existe aussi ceux qui ont la balle et qui ne savent pas trop quoi en faire. En fait c’est une seule équipe : l’OM. Avec la 3ème possession, 55.2%, les marseillais doivent faire face à des adversaires qui continuent d’avoir peur d’eux, comme à leur grande époque. Néanmoins ils se retrouvent trop souvent bloqués dans un schéma d’enchaînement de passes courtes, écart sur les ailes, dédoublement avec les latéraux, centre, dégagement adverse et on recommence, comme une leçon scolaire répétée par coeur. Les marseillais sont l’équipe qui centre le plus en Ligue 1, 26 centres par match. Quand on a pas un avant-centre avec le jeu de tête comme point fort, ce n’est jamais très pratique. Marseille est pris au piège. Certes Batshuayi est le 2ème meilleur buteur de Ligain, Marseille est 3ème attaque de France. Mais il faut connoter avec le fait que l’OM a échoué à marquer dans un quart de ses matches cette saison, qu’un tiers de son total de buts vient de deux matches seulement (Troyes et Bastia à domicile), et qu’il n’y a eu qu’un seul 0-0 sur les 8 matches nuls olympiens. La solution pourrait peut-être venir du fait d’abandonner le ballon pur évoluer en contres, est-ce que leur entraîneur est capable d’abandonner sa vision du foot pour être plus pragmatique ? Mais est-ce que cela est possible compte tenu du mode de pensée des adversaires, comme dit plus haut ?

 

Malheureux en possession, mais heureux sans le ballon

Deux cas de figure ont prouvé qu’il était possible de ne pas avoir le ballon tout en étant efficace. Soit en refusant de jouer, quitte à refuser le jeu, ce qui rend le match ennuyeux si l’adversaire n’arrive pas à emballer le match, soit en l’utilisant peu mais bien, droit au but.

Dans le premier cas, l’exemple est tout trouvé, c’est évidemment Angers. Avec 43.9% de possession, il détient le 18ème total avec un chiffre proche de celui de Bastia. Ayant fait débat avec les récentes déclarations de Ben Arfa, c’est la défense d’Angers qui en fait une équipe solide. 2ème défense de France avec 18 buts encaissés, 15ème attaque avec 21 buts marqués (autant que Bastia et moins que Reims), pas difficile de comprendre sur quelles qualités les angevins se reposent. Un 4-5-1 solide, avec deux lignes bloquant toutes les transmissions, associé avec des joueurs dominateurs dans le jeu aérien, qui ne laissent que peu d’opportunités aux adversaires. Cependant ce système est tellement bien en place, qu’il n’est finalement utilisé que pour contenir l’adversaire. Si on additionne le nombre d’actions défensives moyenne par match du SCO, à savoir les tacles, les interceptions et les fautes, Angers est dernier puisqu’elle ne fait que 47 actions par match. Le deuxième à en faire moins étant l’OL avec 49.4, et celui qui en fait le plus Toulouse avec 56.4. Mais les limites interviennent dans le domaine offensif. Si les joueurs tentent bien des contre-attaques lorsqu’ils récupèrent le ballon par miracle, aucune d’entre elles ne s’est jamais achevée par un but. Tout est misé sur les coups de pied arrêtés, 11 d’entre eux ont débouché sur un but, soit 52% du total (62% en comptant les penaltys). C’est léger, car lorsque la défense flanche parfois, il est impossible de revenir, à chaque fois que Angers s’est fait revenir au score cette saison, ils n’ont pas gagné. D’ailleurs ils n’ont inscrit plus d’1 but lors de leurs matches que sept fois pour l’instant, soit un tiers des rencontres. Vous l’aurez aisément compris : pas de ballon à Angers, on est trop occupés à défendre. Le jeu d’Angers ce serait un peu comme dire « Tenez je veux pas du ballon, je vous le laisse mais par contre je vais vous empêcher de faire quoique ce soit avec ». Florent Toniutti vous explique tout ça mieux que nous et en vidéo ici.

Angers c’est un peu le contraire de Caen finalement. Dans la lignée de leur fin de saison 2014/2015, les normands ont effectué un bon début de saison, malgré leur légère rechute récente. Avec l’intersaison le nouveau coach Patrice Garande a pu mettre en place son projet de jeu, avec les recrues adéquates. Le Stade Malherbe touche peu le ballon, avec 41.1% du temps, c’est le 20ème en possession. En même temps le ballon n’a pas le temps d’être gardé, le jeu est direct, clair, long et précis. Imprécis parfois, avec 69.6% de passes réussies, le plus faible pourcentage de passes arrivant à destination de France. D’un autre coté, avec seulement 264 de ses passes considérées comme « à courte distance » par match, le plus faible total quand le PSG en est à 684, le risque d’échec est accru. Aussi car il passe par un domaine incertain : le domaine aérien. Avec 23.1 duels aériens gagnés par match, Caen est leader dans cette catégorie, mais on imagine aisément que le déchet doit tout de même être présent. Pour résumer grossièrement le jeu caennais, on peut le schématiser comme suit : récupération basse, passe longue et souvent aérienne sur l’avant-centre, Andy Delort effectue environ 8% des passes de son équipe ce qui le place au 3ème rang parmi les attaquants, duel aérien, si perdu on se replie, si gagné on revient au milieu, on écarte, on centre, Caen fait 25 centres par match, 2ème total derrière l’OM, et dès que possible on tire. On vendange beaucoup certes, 12.1 tirs par match, 5ème total, ce qui donne une moyenne d’un but touts les 11 tirs, mais au moins on a tenté. Et ça marche, avec 4 buts venant de contre-attaques les normands sont une nouvelle fois premiers. C’est ultra-simpliste mais ça marche, une séquence de passes moyenne du SMC atteint les 3 passes, généralement deux fois moins que ses adversaires. Caen prouve qu’on peut se contenter de ne pas forcément avoir le ballon si on l’utilise correctement quand il faut.

 

« L’important ce n’est pas le ballon, c’est ce que vous en faites. » Moi.

On est dans la place pour être …

Dans le même registre que la possession on peut en apprendre beaucoup (si on se limite) en étudiant les zones d’actions moyennes de chaque équipe lorsqu’elle possède le ballon. Et c’est bien différent de ce que l’on pourrait penser naturellement.

D’abord on découpe le terrain en trois tiers. Et là on voit la répartition des actions au cours d’une rencontre. Sur le premier tiers, on voit en toute logique que Lyon est l’équipe qui joue le moins dans son tiers de terrain, 22% en moyenne. Et deuxième Paris avec 23%. Les deux équipes perdent peu de temps une fois qu’elles ont le ballon, s’installant chez l’adversaire pour imposer une forte pression. Faire circuler comme une équipe de handball parfois. Souvent aussi ils ne sont pas mis en difficulté par un pressing, la peur du grand nom tout ça … Ils ont le temps d’avancer sur le terrain. Mais aussi éventuellement il est dangereux pour les adversaires de se positionner trop haut, une défense mal placée laisse de grands espaces pour les joueurs de contres lyonnais (Lacazette) et parisiens (Di Maria). En haut du classement, l’ESTAC joue près de 31% du temps dans son tiers. C’est une trace laissée par Jean-Marc Furlan, amateur du beau jeu et du concept de repartir de derrière en jouant court. Aussi, ce petit club subit une assez forte pression de la part des adversaires, il est donc dur de progresser sur un terrain rempli d’adversaires. Probablement cela car le fait de jouer beaucoup dans sa moitié est caractéristique de ce genre d’équipes plus faibles : le SC Bastia et le Gazélec Ajaccio sont 2ème et 3ème avec 29%, Angers 28%, Nantes 28%. Et puis Troyes doit faire face au fait que son attaquant fait 1,70m, difficile de jouer long dans ce cas-là.

Les troyens sont aussi l’équipe qui joue le moins dans le tiers central du terrain (42%), cet aspect permet donc de deviner qu’ils font tourner le ballon dans leur camp, avant d’attaquer rapidement pour tenter sa chance (6ème au nombre de tirs avec 11.6). Avec peu d’étonnement, on retrouve à l’opposé du classement, et aussi dans ce domaine le PSG et son faux-frère l’OGC Nice qui passent près de 52% de leur temps au milieu du terrain. Stratégie défensive évidemment, surtout que ces deux équipes ont pour projet de jeu de tenir le ballon dès que possible. Le fameux projet de jeu niçois dont les médias parlent à tour de rôle depuis quelques mois. En étant placés au milieu du terrain, les deux équipes ne se retrouvent pas vite exposés défensivement à la perte du ballon comme ça aurait été le cas avec une défense basse, et en ne jouant pas trop haut, évitent de trop s’exposer aux contres-attaques. Petite différence néanmoins, les niçois ont plus l’habitude de repartir de derrière, ils ne rentrent dans le tiers adverse que pour marquer.

Nice est l’équipe qui joue le moins dans le tiers opposé (22%), en compagnie d’équipes prestigieuses et offensives comme Angers et Bastia (23%). Contrairement à Lille qui passe près d’un tiers de son temps (31%) à moins de 30 mètres du but adverse … Tout en ayant la 19ème attaque de Ligue 1. Le LOSC pâtit à mi-saison d’un mandat chaotique de Hervé Renard. 8 buts marqués en 15 matches c’était peu. La faiblesse dans le jeu était dantesque, même si elle se révèle à peine meilleure depuis la prise de fonctions d’Antonetti. Bloqués par des limites tactiques et techniques, les lillois s’en remettaient toujours à un éclair de Sofiane Boufal ou jouaient avec les fautes. Les nordistes sont les maîtres dans ce domaine : longtemps premiers, le coach corse a fait passer son équipe deuxième au nombre de fautes par match, avec 16.3 (Nantes est 1er avec 16.6), mais aussi dans les fautes subies : 16.1 par match. Sur les sept matches qui ont vu le plus de fautes en Ligue 1 cette saison, cinq concernent le LOSC. Dont les deux matches contre Nice, ces derniers étant 15èmes pourtant au nombre de fautes (12.6), le match aller avait terminé sur un chiffre hallucinant de 49 fautes au total. Une belle capacité à énerver l’adversaire, si seulement elle était utile : seulement 2 buts marqués sur corner/coup-franc (0 sous Renard !!), avec pourtant Renato Civelli dans l’effectif, et 2 penaltys. Ajoutez à cela un style de jeu mal défini (50% de moyenne en poss.), un sens de la finition à désirer, une ambiance médiocre et il y a de quoi être inquiet pour Lille cette année. Encore heureux que la défense tient le choc (sauf contre Troyes apparemment). On sait que Fred Antonetti n’a jamais été relégué dans sa carrière, mais rien n’est acquis et il pourrait se montrer de moins en moins calme.

Sans titre

Prochainement, on s’intéressera aux individus sur le terrain, bien souvent plus intéressants à voir jouer que les équipes entières.

Henri Death

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