mer. Juin 19th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Football, je t’aime

7 min read

« Les footballeurs, de toute façon, c’est tous des cons ! Des prétentieux, des mecs qui gagnent beaucoup trop d’argent ! Et pourquoi ? Pour taper dans un putain de ballon. Sérieusement ? Et puis voilà, ils sont même pas foutu de connaitre les paroles de la Marseillaise. Tous des cons, je vous dis. »

Voilà, ce qu’on entend trop tous les jours. Voilà ce à quoi les gens résument le foot. S’il vous plait, laissez-moi vous montrer une autre facette de ce sport, celle du supporter. Laissez-moi vous parler de mon football.

 

Thierry Henry fait une main, Anelka insulte son entraineur, Samir Nasri insulte un journaliste. L’image du foot a eu beaucoup d’occasions d’être salie ces derniers temps. Ces évènements ont été récupérés par l’ensemble des médias, tous d’accord pour dire que le football français est un milieu pourri par une génération privée de valeurs. Mais s’il vous plait, amenons le débat à un autre niveau, ces mêmes médias ne disent-ils pas que les jeunes – et j’entends les jeunes de manière générale – perdent de plus en plus ce sens des valeurs ? Alors pourquoi Samir Nasri échapperait-il à ce fléau qui touche la société dans son ensemble ? Il faut bien comprendre que jamais, les footballeurs n’ont proclamé être des exemples pour le peuple. Au contraire, et c’est ce qui fait peur : ils en sont le reflet. Mario Balotelli est le premier noir à porter les couleurs de l’Italie, qu’est-ce que ça veut dire sur ce pays riche d’Europe ? Les joueurs ne sont pas les porte-étendards d’une quelconque valeur philosophique, ils sont simplement des mecs en CDD propulsés dans une sorte de télé-réalité mondiale.

 

Ces premiers évènements sont regrettables certes mais sont largement compensés. Parlez de Del Pierro à un supporter de la Juventus de Turin, parlez de Puyol à Barcelone, parlez de Riquelme à Buenos Aires, parlez de Gerrard à Liverpool. Ces hommes qui ont juré fidélité à leur club, qui ont offert aux supporters les plus grandes joies, qui ont donné corps et âmes pour leurs couleurs. Des exemples comme ça, j’en ai des palettes. Putain, Drogba. Regardez le visage de n’importe quel Marseillais quand vous lui parlez de Didier Drogba. Il sont trop fiers pour vous le dire, mais c’est de l’amour qu’ils ont dans leurs yeux. Pourtant, il n’est resté qu’un an sur la Cannebière. Et cela a suffit. S’il fallait se déchirer pour mettre un but, il n’hésitait pas. Mettez vous à la place du mec qui chaque jour lit toutes les infos possibles sur l’OM, qui en parle, qui porte le maillot avec fierté. Forcément quand il voit un joueur qui partage la même passion, il tombe amoureux. Il s’identifie. Et c’est le buste bombé qu’il ira défendre cet homme face à un supporter du PSG.

 

Oui, un des atouts majeurs de ce sport réside tout simplement dans le fait que le monde entier parle foot. Aucun continent n’y échappe, même les ricains s’y mettent. Le football dépasse aisément les frontières grâce à sa simplicité. Fondamentalement, il faut vivre dans une grotte depuis plus d’un siècle pour ne pas connaitre les règles. C’est accessible à tous. Sur le terrain, les contraintes sont minimes, le refus de jeu et le retour en zone par exemple n’existent pas. Au final, faut juste pas jouer avec les mains et éviter le hors-jeu. On peut faire presque ce qu’on veut. Et c’est cette liberté qui provoque l’inattendu. Chaque joueur va réagir différemment, son propre style jusqu’à marquer son jeu avec son propre tempérament. Le sang-froid de Thuram, l’intelligence de Xavi, l’arrogance folle de Cantona, la fourberie de Inzaghi. Les sales caractères sont d’ailleurs sanctionnés. Combien de fois, a-t-on entendu que Materazzi simule ou que Menez est trop perso ? Tout cela permet une identification incroyable. Alors certains, en bien ou en mal vont s’élever au dessus du panier. Tout le monde a déjà entendu les noms Messi, Maradona, Cristiano Ronaldo ou encore Zidane. Qui est le meilleur de l’histoire, le planète entière y va de sa théorie. Et là, le foot prend une autre dimension. Toucher à son joueur préféré, c’est toucher à la fierté personnelle du supporter. Comme on s’identifie à un joueur, on s’identifie à une équipe. Alors on se chambre, on fait référence aux humiliations entre rivaux. Et, pour se défendre, on est de mauvaise foi. Les Italiens, ils simulent tous. Les espagnols payent l’arbitre. Les anglais… c’est les anglais. Dans 99% des cas, ces discussions sont bon-enfants. Dans 1% des cas, ça part en bagarre. Mais ces gens qui se battent, ne se battrait-il pas quand même sans foot ? Les supporters eux aussi sont en quelque sorte le reflet de notre société. Ce cher Mario Balotelli, quand il commençait sa carrière en Italie, était accueilli au stade avec des bruits de singe venus des tribunes. Seuls les fans de foot sont racistes ? Ou est-ce qu’il y a un problème de racisme en Italie ?

 

Cette histoire est folle. Mais le foot est capable d’engendrer les scénarios les plus inimaginables. Au lieu de faire suites sur suites, les scénaristes d’Hollywood devraient s’inspirer du football. Ces moments totalement fous qui nous ont fait oublier tous nos problèmes, qui nous ont scotché un sourire sur le visage pendant une semaine. 9 mois après la victoire 6-2 du Barça contre le Real Madrid en 2009, le taux de naissance en catalogne a décuplé. Coïncidence ? Ou réalité scientifique ? Et puis, il y a ces moments qui nous ont fait pleurer, qui nous ont pourris notre semaine. Le meilleur exemple ? Le coup de boule de Zidane. Le 9 juillet 2006, la France est en finale de la Coupe du monde contre l’Italie. Zidane a jusque là mené l’équipe d’une main de maitre en crucifiant l’Espagne, en apprenant des gestes techniques aux brésiliens et en relançant le marché du mouchoir au Portugal. Zidane, c’est ce ballon d’or qui donna tout à la France, sa première Coupe du Monde et son premier doublé avec l’Euro. C’est le genre de bonhomme qui a un portrait de 20m de haut à Marseille. C’est un saint. Et cette finale, c’est son dernier match en bleu. Cette coupe du monde, c’est la dernière chose qu’il a à offrir à son pays. Alors, il marque. Sur peut-être le penalty le plus arrogant de l’histoire. Mais le match s’éternise et va jusqu’aux prolongations. Au fond de chaque français, il y a ce sentiment que la victoire est acquise, que c’est pas possible que ça parte en couille. Soudain, Materazzi s’approche de Zidane, lui glisse des mots insultants. On ne sait toujours pas aujourd’hui ce qu’il lui a dit exactement. Zinédine se retourne et lui fout un coup de boule en plein torse. L’italien fait la cascade de sa vie. La France retient son souffle. L’arbitre de champ n’a rien vu. Ouf. Non, pour la première fois de tous les temps en Coupe du monde, le quatrième arbitre devant ses écrans prévient son confrère sur le terrain. Ce dernier ne fait ni une ni deux et sort le carton rouge. Pourtant bordel de merde, l’arbitrage vidéo n’est pas dans le règlement. Le temps s’arrête pour tout possesseur de télévision. Et là, le caméraman de la rencontre réalise un plan digne de James Cameron, Spielberg et Scorsese réuni. Zidane de dos, passant à quelques centimètres de la coupe du monde, la tête baissée. Son graal, son trophée. A vrai dire, j’en ai des frissons rien qu’en revoyant l’image. Aucun scénariste n’est capable de mettre en place un tel tourbillon d’émotion. Le mystère sur les paroles de Materazzi, le coup de boule improbable de Zidane, la tension montée à son paroxysme. D’autant plus que quelques minutes après, l’Italie remporte le trophée. Ce moment fait maintenant parti de la mythologie du football et de la culture moderne. Et le football regorge de moments comme ça : le but exceptionnel de Maradona contre l’Angleterre en 1986 par exemple est une histoire de fou.

 http://www.google.fr/imgres?um=1&safe=off&sa=N&biw=1473&bih=603&hl=fr&tbm=isch&tbnid=FYw43iyvNtM2LM:&imgrefurl=http://cdmfifa.free.fr/%3Ftag/Troph%25C3%25A9e/page/3&docid=q2OWZ2Hw9tarIM&imgurl=http://cdmfifa.free.fr/public/retro/2006/zidane-zinedine-trophee.jpg&w=370&h=287&ei=WrffUcfSCsiNO7-FgdgO&zoom=1&iact=hc&vpx=2&vpy=183&dur=1529&hovh=198&hovw=255&tx=134&ty=123&page=1&tbnh=140&tbnw=180&start=0&ndsp=23&ved=1t:429,r:7,s:0,i:103

Alors forcément arrivent ces moments où on se dit qu’avec ses millions d’acteurs chaque semaine, le simple fait de poser un ballon au milieu d’un stade est susceptible de créer des instants beaux, poétiques et au final intemporel. Il y a quelques semaines, le Celtic Glasgow, cette équipe ultra moyenne, a terrassé le Barça et Messi grâce à l’abnégation folle de ses joueurs et au soutien sans faille d’un public prêt a perdre ses cordes vocales pour rentrer victorieux. Organisez autant de chorale que vous voulez, le « You’ll never walk alone » chanté par les milliers de supporters du Celtic ce soir-là sera dix niveaux au dessus.

A cette époque où l’argent dicte les décisions politique, le football nous prouve encore et encore qu’au final, l’humain a son destin en mains. Le football présente un reflet de la société mais parfois, dans ses instants les plus glorieux, offre une vision du monde des plus utopiques. Alors pourrissez ce sport autant que vous voulez, je n’ai qu’une chose à dire : JE SUIS AMOUREUX DU FOOTBALL.

 

1 thought on “Football, je t’aime

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Copyright © All rights reserved. | Newsphere by AF themes.