jeu. Juin 27th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Lettre ouverte à Alexandre Lacombe

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Ce qui va suivre est l’oeuvre d’un supporter, un vrai, pas un footix aveuglé.
C’est Jeff qui réagit sur Facebook à l’intention d’Alexandre Lacombe, président de Sochaux.
Cette lettre n’est pas sans rappeler celle à l’encontre d’Anigo.
Laissons maintenant parler l’artiste. Voici le texte dans sa version originale :

« Alexandre,

Je t’écris cette lettre que tu liras peut-être si jamais tu venais à prendre une semaine de travail au milieu de tes vacances chargées. Permets-moi aussi de te tutoyer, car finalement voilà quatre ans que nous (re)gardons les chèvres ensemble.
J’aurais pu te gribouiller ces quelques lignes il y a bien longtemps, mais je croi

s que l’heure est bien choisie pour dresser un bilan de ton œuvre, au moment même où tu sembles toi vouloir déposer celui du club.
Le match face à Montpellier ce samedi aura servi de déclic. Deux choses m’ont frappé, ce qui me distingue au demeurant du ballon dans les pieds de Privat : d’abord « l’affaire Boudebouz », qui fait tout de même passer (avec ta précieuse aide !) le public de Bonal pour des crânes rasés refoulés, la presse nationale étant peu regardante sur la conditionnelle dans ses papiers ; ensuite, la désaffection inquiétante de ce même public. 9554 spectateurs pour accueillir le récent champion de France, certes c’est un chiffre qui ferait pâlir d’envie un dirigeant ajaccien, mais j’ai pour ma part l’impression que c’est un symptôme de plus du virus qui incube au cœur de ce club depuis le 1er juillet 2008. Je passe sur l’obligation, au sein de cette maigre populasse, de subir les chambrages d’une cagole flanquée du maillot de l’adversaire au moindre exploit de celui-ci. Là où ces comportements sont bannis dans les autres stades, je sais combien le moindre billet vendu compte pour toi. Je te vois d’ici me rétorquer que cette faible affluence est le résultat de la conjoncture économique, du mauvais alignement de Saturne sur Jupiter ou de la dangerosité de s’exposer à un tir de Bakambu.

Une autre théorie pourrait cependant s’avérer plus pertinente, et les deux évènements précédemment cités en sont la parfaite illustration : la disparition latente de nos valeurs et la mort progressive de notre passion. Nous les avions pourtant toutes deux solidement chevillées au corps, et ce depuis plusieurs décennies pour certains. C’est dire le mérite qui reviendrait à celui capable de nous libérer de ce boulet émotionnel auquel nous sommes pourtant si attachés. J’abrège là le suspense, tu remportes évidemment le gros lot (aucun rapport avec Alvaro Santos).

Sportivement, bien entendu, ce n’est pas la première période de vache maigre que connaît le FC Sochaux-Montbéliard. D’autres avant toi ont manœuvré un navire à la dérive. Longtemps les doigts ont pointé certains de tes sous-fifres : Francis Gillot, Mehmed Bazdarevic, Bernard Genghini, Vaclav Sverkos, Nicolas Maurice-Belay, Damien Perquis, Pierrette Lutz etc. Et force est de constater que les gens passent (à l’exception de Boudebouz sur le terrain), et le navire continue de sombrer.

A titre personnel, je pense que le désastre sportif que nous connaissons aujourd’hui, tu l’as enfanté ce 15 avril 2011. Ce jour-là, tu es censé prolonger les contrats de trois joueurs essentiels d’un groupe qui terminera 5e du championnat en cours. Les discussions tournent mal, et c’est un fiasco total. Tu auras à ce moment-là de nombreux soutiens, beaucoup saluent ton courage de ne pas céder aux caprices de starlettes en herbe et vantent ta gestion exemplaire. Cette éclatante vitrine vole finalement en éclat le 31 août de la même année, lorsque sur les coups de 22h, tu offres un contrat de 4 ans à un joueur mis au ban dans son club : 1,5M d’euros auxquels s’ajoute le salaire mensuel, pour un 73ème couteau qui finira la saison en réserve, et alors qu’une prolongation même revue à la hausse de son brillant prédécesseur aurait coûté moins cher, la Grèce n’aurait pas fait mieux.
Nous pourrions ici nous attarder sur la liste impressionnante des victimes de ta gestion humaine, mais rappelons simplement que fédérer contre soi des gens aux mentalités aussi diverses que Teddy Richert, Modibo Maïga, Jérémie Bréchet, Nicolas Maurice-Belay, Jacques Faty, Kévin Anin ou Romain Pitau est un fait d’armes méritant un accessit.

Alors soit, nous savons pertinemment combien le sportif est aujourd’hui lié à l’économique dans le football moderne. Est-ce pour cette raison que je devrais avaler les couleuvres que tu tentes de nous faire ingurgiter, en attribuant à la crise économique tous les maux de notre club pour mieux te dédouaner de ton incompétence notoire ? Tu déclarais il y a quelques jours qu’il était impossible de dénicher un attaquant à 15 buts par saison pour 3M d’euros. Hier, un journaliste expatrié en Espagne rappelait que Michu a été transféré pour 2,5M d’euros à Swansea après avoir inscrit 17 buts en Liga la saison passée. Forcément, la contradiction interpelle : à quoi peuvent bien servir les personnes que tu payes pour dénicher les perles rares s’ils ne font pas leur boulot d’écailleurs ? Tu l’as pourtant dis toi-même, voilà un an que la cellule de recrutement était à la recherche d’un attaquant. Sauras-tu tirer les conclusions d’un échec aussi cuisant ?
Comment expliquer, autrement que par l’incompétence que je veux bien t’attribuer, que sur les 11 titulaires d’il y a deux ans, il n’en reste que deux sans qu’aucun remplaçant de valeur égale ne soit venu suppléer les partants ? Tu disais récemment (encore), que le club était autonome financièrement et que l’actionnaire te laissait les mains libres. Comment expliquer alors le peu d’investissement sur le marché des transferts tandis que les rentrées d’argent dans ce domaine sont au beau fixe ? La couverture des dépenses courantes, du centre de formation, ou de la baisse des droits télévisés ne saurait justifier que la balance s’affaisse à l’identique de Pierrick Cros lors d’une sortie aérienne.

Nous avions compris depuis bien longtemps combien tu es attaché aux petites économies, quand bien même celles-ci empièteraient sur la passion des supporters ou le bien-être des joueurs : nul doute que la suppression des corbeilles de fruit dans le vestiaire t’aura permis de rétablir à l’équilibre les comptes du club, davantage que les ventes d’Erding, Ideye, Martin ou Maïga dont l’odeur des billets verts nous reste encore inconnue. Nul doute de ton émotion au moment où tu déplaças des abonnés de longue date de leur secteur, histoire d’économiser des frais d’entretien qui t’auront sans aucun doute permis de payer trois jours de salaire de Razza Camara. Nul doute non plus de ton effroi à l’idée d’émasculer la seule tribune véritablement active de Bonal, sans laquelle le stade ressemblerait à n’en pas douter à un COSEC lors d’une rencontre départementale de volleyeuses juniors, en retirant à ses membres drapeaux et tifos et en encadrant ceux-ci comme de vulgaires délinquants récidivistes. Heureusement pour toi, les accusations récentes de racisme viendront sans problème justifier cette politique autoritariste instaurée de longue date.

Nous ne doutons pas que c’est pour ces raisons que tu te retrouves parachuter dans un monde que, visiblement, tu n’aimes pas ou, à coup sûr, que tu ne comprends pas. Les temps sont durs pour Peugeot et le FC Sochaux est un luxe qui lui coûte cher. Toutefois, es-tu à ce point loyal pour claironner que le club n’est pas siphonné par son actionnaire et endosser le costume de l’incompétent notoire de service ; où es-tu à ce point incompétent pour siphonner des millions d’euros et les laisser disparaître sans être capable de nous expliquer par quel tuyau ils passent ?
Bien entendu, j’admets volontiers que la couverture des frais de réparation des dégâts causés par vengeance par l’épouse éconduite d’un dirigeant, ait pu creuser un trou dans le budget. Au cas où le club eut été mal assuré. Souhaitons au passage que le dirigeant en question a depuis été invité à quitter son poste n’est-ce pas ?

Quoique la morale, l’exemplarité, les valeurs historiques du peuple sochalien, on s’en tape fichtrement, admets-le ! On peut par exemple laisser un joueur se mettre en grève ou insulter les supporters face caméra sans jamais exiger de lui d’excuses publiques. On peut aussi en laisser un autre beugler le chant d’un club adverse avec ses supporters sans en faire une affaire d’état. Mais nous aurions bien aimé, figure-toi, te voir réagir dans la presse avec autant d’aplomb à ces divers camouflets que lorsque le second joueur en question est victime d’insultes racistes alors que personne n’avait encore pu confirmer cette accusation, qui ressemble autant à un processus de victimisation (orchestré ?) qu’à une fuite de responsabilités. Mais nous comprenons bien l’attachement particulier qui te lie à lui, et surtout aux euros qu’il est susceptible de rapporter. Il est logique d’imposer à un entraîneur déjà en difficulté avec son groupe d’aligner un joueur l’accueillant régulièrement dans le vestiaire par le doux nom d’ « enculé ». Nous comprenons la nécessité de conserver sa valeur marchande en l’exposant afin d’en tirer un transfert juteux. D’ailleurs, les acheteurs se sont bousculés tout l’été au portillon.
J’aurais également apprécié entendre ta voix au moment où tes supporters, ceux que tu es censé représenter, se sont injustement vu sucrer le déplacement au Vélodrome à l’été 2011, sous des prétextes fallacieux et alors que le kop réservé aux supporters adverses sera finalement occupé par des Marseillais. J’aurais aimé t’entendre aussi lorsque notre calendrier fut massacré par la Ligue il y a deux ans, nous obligeant à enchaîner les matchs à l’extérieur et à affronter deux fois de suite le sacro-saint OM. En clair, j’aurais adoré t’entendre tout au long de ces années défendre ceux qui te permettent de vivre, et qui permettent au football professionnel de vivre gracieusement, plutôt que de surgir avec parcimonie pour défendre tes seuls intérêts économiques et financiers.

Aujourd’hui, je souffre, comme quelques dizaines de milliers d’autres amoureux du FC Sochaux-Montbéliard. Comment pourrait-il en être autrement, alors que je constate avec impuissance que le club de mon cœur s’enfonce dans la médiocrité non seulement sportive mais aussi humaine ? Pour mieux justifier les saignées dont est victime l’effectif, tu brandis la formation comme une évangile. Mais derrière les footballeurs que nous formons avec brio, le peuple sochalien attend de trouver des hommes, ou au moins l’ombre de ceux-ci. L’ombre des valeurs qu’il aime venir embrasser en se rendant au stade. Pas des mercenaires en herbe clamant leur amour pour l’Olympique de Marseille sur le site officiel du club dès leur première interview. La mentalité désastreuse qui gangrène le FC Sochaux aujourd’hui est le résultat d’une politique humaine dont tu es le responsable, toi et les gens que tu as placé ou maintenu aux postes clés.
Je souffre car je vois les valeurs du FC Sochaux sombrer au même rythme que la défense de son équipe professionnelle. Je souffre en voyant son président cautionner des attitudes désastreuses pour son image et pour l’image du football en général. Je souffre en voyant ce même président vider et réduire au silence match après match un stade qui petit à petit prenait vie depuis le début des années 2000. Je souffre en le voyant mettre en place une politique sportive kamikaze en prétextant une conjoncture économique que tous ses adversaires subissent pourtant eux aussi. Je souffre en voyant jouer chaque semaine l’équipe la plus faible qu’il m’a été donné de voir au Stade Bonal depuis que je m’y rends et la perspective de retrouver celle-ci à un voire deux étages inférieurs dans peu de temps. Je souffre en voyant le président (toujours lui) appliquer la politique de l’autruche et nous faire croire qu’après la pluie vient le beau temps. Je souffre en me rendant compte qu’il fait fuir à un rythme effréné les figures historiques de notre club et les joueurs de talent en les remplaçant par des busards, et ce au nom d’économies dont on ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants. Je souffre en pensant que le fondateur historique de ce club puisse avoir l’idée de le laisser mourir afin de se délester d’un poids prestigieux mais excessivement cher. Je souffre en pensant que c’est pour cette raison qu’un tel pantin fut délégué aux responsabilités. Je souffre qu’un tel désespoir m’ait entraîné à user des mêmes méthodes rhétoriques que François Hollande. En clair, je souffre.

Et c’est donc pour ma santé, pour celle de mes voisins de tribune, pour celle de l’ensemble de mes congénères sur ce forum, pour celle de tous les supporters du FC Sochaux, que je te demande solennellement de foutre le camp. Car le FC Sochaux c’est moi, ce sont toutes ces personnes qui se saignent à la tâche pour venir garnir toutes les deux semaines les tribunes de Bonal, ce sont celles qui se tuent à faire vivre des sites internet, à organiser des déplacements à travers la France, à subir des heures et des heures de route afin d’encourager ceux qui s’apparentent de plus en plus comme de vulgaires mercenaires que l’on ne force même plus à applaudir leur public. Le FC Sochaux, ce sont tous ces gens, pas toi.

Comme disait un célèbre chanteur lors d’une autre lettre ouverte écrite à son PDG pas franchement plus respectable, « si nous sommes tous embarqués sur la même planète, on n’est décidément pas du même monde ». Retourne dans le tien !

JL »

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