dim. Oct 20th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Quel intérêt à supporter un club qui gagne ?

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Plaidoirie pour l’indécision du sport

            C’est bien connu, le sport est empli de « fans » sans attaches qui suivent des clubs au gré des changements dans la hiérarchie des championnats et/ou des sportifs glorifiés et presque déifiés loin du commun des mortels. Actuellement diabolisés sous l’appellation de « footix » depuis la trop célèbre Coupe du Monde 1998 (oui, mauvais souvenir, je supporte les Pays-Bas. NDA) ces personnes sont définies comme la nouvelle peste du sport et plus particulièrement du football. Bien sûr, ce terme doit nous faire raison garder puisqu’il sied au contexte si particulier que nous connaissons en France. Celui du supportérisme de comptoir, ou pour ceux qui ont un travail en bureau, celui de la machine à café. Il ne s’agit pas ici de dresser un énième réquisitoire contre ceux qui n’y connaissent rien. Surtout qu’il n’a jamais été demandé à personne de connaître le nom du chien de chaque joueur ni de pouvoir la technique du 4-4-2 diamant sur tableau  noir pour avoir le droit de se dire supporter d’un club quelconque. Cependant, il convient de noter que la plupart des gens dans des pays comme la G-B ou l’Allemagne (je parle d’expérience) sont capables de disserter sportivement avec de solides connaissances.

Sans titre
source: www.theguardian.com

          Passé ce constat qui était présent seulement dans le but d’introduire mes propos à venir, telle une méthodologie lambda d’études supérieures, dirigeons nous vers le corps principal de ce texte. Mais reviens crétin, quand je parle de se diriger c’est métaphorique. Non, métaphorique n’est pas l’évolution d’un pokémon. Bon ta gueule et lis.

          Quel intérêt à supporter un club qui gagne ? Voilà une question qu’elle est bonne. Attention, mon introduction est aussi présente pour bien expliquer que je parle du fait de devenir fan d’un club qui gagne en ayant une certaine connaissance du sport. Je cherche justement à éviter de partir sur un débat inutile avec le « kikoolol » adolescent qui s’amuse à suivre un club parce que ce dernier soulève des trophées, on l’a tous été ou on en a tous connus. Ma question concerne ces gens qui se déclarent ouvertement fan des clubs qui règnent en maître sur leur championnat national : Barcelone, Madrid, Munich, Manchester United à plus petite échelle vu le niveau du championnat, la Juventus quand elle gagne sur le terrain ou le Milan AC et à moindre mesure l’Ajax. J’évite ici de parler des clubs de l’hexagone puisque si Lyon a (presque) tout raflé sportivement pendant quelques années et a ramassé autant de part d’achats chez les 8-17 ans, c’est maintenant au tour du PSG. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier qu’il n’y a jamais eu de véritable suprématie partagée entre deux clubs. Du moins pas dans les 30 dernières années.

          Quand on voit la beauté du football et l’incertitude des matchs, comment peut-on se dire fan d’un club qui considérera une saison hors des deux ou trois premiers comme un échec sans nom ? Qui sont ces gens qui vivent à travers ces clubs ? Certainement qu’il existe un événement qui les a poussé vers cette équipe plus qu’une autre (je parle bien sûr des non-résidents de la ville à laquelle le club est rattaché). Moi-même j’ai vécu l’aventure de 2002 du Borussia Dortmund comme une formidable saison et je n’ai plus jamais lâché le club depuis, même au bord de la faillite et du dépôt de bilan tel un vulgaire MUC 72. Mais je parle là d’un outsider qui voit un doublé comme un exploit au pays du Rekordmeister.

          Je ne rage pas, je n’en veux pas à ces gens-là puisqu’ils choisissent l’option de la facilité. Même si je vais sourire en voyant que Wigan a sorti Manchester City de la cup, je ne vais pas pour autant crier partout mon plaisir de voir tous ces supporters déconfits. Bon, parfois ça fait vachement du bien, faut le dire aussi. Je ne suis pas là pour râler, je suis là pour plaindre ces femmes et ces hommes qui se réfugient derrière la sécurité du favori pour éviter d’affronter l’indécision du sport.

          Car oui, le sport est beau parce qu’il est indécis. Il serait d’ailleurs intéressant de monter une étude sociologique lors des matchs de coupe de France pour savoir qui sont ces supporters qui souhaitent voir les gros tomber, juste pour le plaisir de voir l’équipe surprise passer. Même si ce n’est qu’une fois par saison, j’espère que ces gens (qui sont nombreux en plus…) sont capables de s’émerveiller devant un état d’esprit, une abnégation totale et un plan de jeu pensé pour faire face à une domination de chaque instant. Parce que tactiquement vous pouvez l’oublier ou l’ignorer, mais il est bien plus difficile de défendre pendant 90 minutes minimum en sachant qu’il faut garder un soupçon d’énergie pour profiter de la seule occasion que votre tactique vous permettra d’avoir. Et, sans aller aussi loin qu’un ami et confrère de ce site qui peut glorifier Stoke City, je soutiens qu’un football défensif est aussi une œuvre d’art à voir et à analyser. Ceci étant dit, celui qui s’est tapé un Nancy-Grenoble en plein mois de février peut venir m’en coller une, je le comprendrais.

          Je ne force personne à aimer Wasquehal ou à se flageller devant un NAC-Breda mais bordel qui sont ces gens qui ne vivent qu’à travers l’attente sereine d’un résultat positif ? Sont-ce les mêmes qui achètent un jeu next-gen et le terminent en 20 minutes parce qu’ils avaient collé la difficulté en mode « bac à sable » ? Pour après afficher aux yeux du monde qu’ils ont battu leur propre record effectué sans aucune complication lors de la partie précédente ?

          Définitivement, je ne comprends pas le principe d’enlever toute beauté au sport en suivant un cador sans connaître l’excitation amenée par le risque de la défaite et d’un affrontement au moins à armes égales. Sincèrement, j’espère parfois au plus profond de moi que ces gens-là, après avoir regardé une énième attaque-défense, ouvrent discrètement une fenêtre internet en navigation privée pour aller se rendre compte que Paderborn a perdu deux points à la 90+3 à Munich 1860 et que la montée s’éloigne un peu plus. Et que, seuls, ils versent une larme de tristesse en rallumant la Megadrive poussiéreuse qui était cachée derrière la Xbox One.

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