jeu. Déc 5th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Saint-Etienne et l’Uefa : je t’aime moi non plus

6 min read

Pourquoi devons nous être (un peu) indulgent sur la campagne européenne de Saint-Etienne ?

 

Dans moins d’une semaine, les coupes d’Europe seront de retour. Si en Champion’s League les clubs de l’hexagone ont globalement répondu présent, les prestations des représentants français en Europa League ont une nouvelle fois été pointées du doigt. Si l’EAG a réussi à créer l’exploit en se qualifiant pour la suite de la compétition, Lille et Saint-Etienne ont fini bon dernier de leurs groupes. En accordant aux lillois le bénéfice d’une poule objectivement relevée, ce sont surtout les stéphanois qui ont déçu en inscrivant que deux buts. Et si au final, ces prestations n’avaient rien de si surprenant ?
Après avoir échoué contre Esbjerg en barrage l’année dernière, les Stéphanois retrouvaient enfin cette année la phase de poule d’une compétition européenne, 6 ans après sa dernière participation (2008/2009). Et cette qualification, les Verts l’ont obtenue au terme d’une séance de tirs au but tendue, venant clore une double confrontation bien terne contre les turcs de Karabükspor. Le tirage au sort qui a suivi cette qualification a dans l’ensemble satisfait les supporters du Forez : un (ex) grand club européen pour se remémorer au bon souvenir des belles soirées européennes, un habitué de la compétition qui allait permettre de jauger le niveau européen des hommes de Christophe Galtier, et un petit poucet azéri dont on se disait qu’il ferait une proie idéale pour engranger 6 points. Sur le papier, beaucoup espéraient que l’ASSE montre qu’elle a l’Europe qui coule dans le sang.

Malheureusement, la suite fut en réalité, bien plus compliquée…

 

ASSE

 

 

 

 

 

5 points, 2 buts marqués, 3 buts encaissés, aucune victoire et une dernière place : voilà le bilan des stéphanois pour ce grand retour sur la scène européenne. Plus que le bilan, c’est la manière qui a déçu, avec ces 2 petits buts inscrits. Au niveau du contenu, on retiendra les deux deuxièmes mi-temps contre l’Inter, le match retour contre Qarabag, et « un bon passage » contre le Dnipro à domicile. Certes, les stéphanois n’ont pas nécessairement été vernis par les décisions arbitrales (Qarabag, match aller contre l’Inter), mais ceci n’explique pas pourquoi ils sont passés à côté de leur premier match en Azerbaïdjan, et surtout de la confrontation cruciale pour la qualification contre le Dnipro à la dernière journée. Comment une équipe en constante progression depuis 5 ans dans le championnat de France, peut-elle passer à ce point à côté de sa campagne européenne ? Et si malgré son glorieux passé, l’ASSE version 2014/2015 n’avait plus rien à voir avec une équipe de coupe d’Europe ?

Historiquement, de part ses épopées européennes mythiques, le club est en effet intimement lié aux compétitions continentales. Mais aujourd’hui, cette histoire est à réécrire sur le terrain pour continuer de la faire vivre. Les observateurs ont critiqué tant le manque d’implication, que le niveau de jeu des Stéphanois pendant ces matchs de poules. Si cela est certainement vrai par rapport aux attentes que pouvaient susciter ces retrouvailles européennes, compte tenu du passé du club, cela est plus complexe si l’on s’attarde sur la réalité du terrain aujourd’hui. Avant cette saison, ils n’étaient que trois à compter plus de 10 matchs en phase finale de C3 : Jérémy Clément (19), Ricky van Wolfswinkel (24) et Mevlüt Erding (16), qui a été blessé de Octobre à Janvier. Si l’on ajoute l’arrivée tardive et en méforme du Hollandais, on se rend compte que l’expérience Européenne de cette équipe de Saint-Etienne est pour le moins très légère.

 

 

B9vbQETIMAEeNaB

 

 

 



Le graphique ci-dessus permet de confirmer ce constat. La moyenne de matchs de phase finale de C3 joués par les joueurs des clubs qualifiés pour la suite de la compétition, est de 264 par effectif (saison 2014/2015). Il est important de noter que seuls les matchs de phase finale sont comptabilisés, et que ces chiffres ne concernent que la C3 (pour une question d’accès aux données).
Nous nous apercevons que Saint-Etienne, avec 168 matchs, est bien loin de cette moyenne, et se situe dans un gruppetto distancé, en compagnie de deux clubs au profil similaire (Celtic et Feyenoord) et des deux petits poucets de la compétition, Guingamp et Aalborg. Relevons aussi les chiffres des deux clubs que les Verts ont affrontés en poule : 296 matchs pour l’Inter, et 358 pour le Dnipro. Les nerazzurri ne sont certes plus ce grand club européen vainqueur de la C1 en 2010, mais l’effectif est toujours composé de joueurs habitués à la C3. Idem pour le Dnipro, dont l’expérience des joueurs dans cette compétition est plus de deux fois supérieure à celle des stéphanois, et qui bénéficie en outre de cadres de bonnes sélections d’Europe de l’Est (Kalinic, Rotan, Konoplyanka…)

Que nous apprennent ces chiffres ? Premièrement que la fameuse « expérience européenne » n’est pas une formule pré-conçue, et qu’elle semble quasi indispensable pour passer la phase de poules. Bruges, les Young Boys, le Legia Varsovie ou même Salzbourg, sont des équipes que nous aurions tendance à estimer à la portée des clubs français, car évoluant dans des championnats moins réputés. Or, ces clubs sont composés de joueurs évoluant régulièrement en Europa League. Ils bénéficient justement d’un championnat plus ouvert, pour jouer régulièrement en compétition continentale, ce qui leur permet d’y être plus performants que des clubs de championnats plus huppés ne la jouant que rarement. La France a du mal à envoyer tous les ans les mêmes équipes en coupe d’Europe, et particulièrement en C3. Cela pose un véritable problème, car aucun club n’arrive à se qualifier 3/4 années d’affilées pour l’Europa League, ce qui lui permettrait d’acquérir cette expérience européenne. Les clubs Français (et notamment Saint-Etienne avec son recrutement Ligue 1), ne parviennent par ailleurs, pas à combler ce déficit d’expérience par le recrutement de joueurs étrangers habitués à ces matchs.

Dans le cas de Saint-Etienne, il semblerait donc que ce manque de passé européen récent soit une des principales raisons de cette campagne européenne décevante. Il ne serait en effet pas raisonnable de remettre complètement en question la qualité d’un effectif jouant régulièrement les premiers rôles en championnat, uniquement sur des mauvais résultats, auxquels nous pouvons accorder des circonstances atténuantes. Car oui, un match européen, même face à un adversaire présumé plus faible, ne s’aborde vraisemblablement pas de la même manière qu’un match de Ligue 1. Pendant plusieurs saisons, les stéphanois ont eu le plus grand mal à appréhender le contexte spécifique d’un derby en championnat, ce qui a donné lieu à de nombreuses prestations décevantes contre le voisin Lyonnais. Mais le groupe (bien qu’ayant évolué), a appris, d’année en année, et cette saison, face à une équipe moins expérimentée dans ce genre de rencontres mais dont la suite du championnat a prouvé qu’elle était plus talentueuse, les Stéphanois sont parvenus à prendre le match comme il le fallait, là où les jeunes Lyonnais ont certainement livré leur plus mauvaise prestation de la saison.

Si nous venons de voir qu’il ne fallait pas trop accabler les stéphanois pour leurs prestations européennes, ceci n’excuse pour autant pas complètement le niveau de jeu affiché. Bien que l’EAG semble faire figure de (quasi) exception européenne, ses joueurs ont démontré plus d’ambition et de volonté tout au long de leurs 6 matchs de poule. Au delà des chiffres, la coupe d’Europe reste une coupe, qui de part sa courte de durée ne peut se jouer dans le calcul. Les Guingampais l’ont abordée comme une chance et sans retenue, avec cette légère insouciance qui permet aux débutants de tenir la dragée haute aux plus expérimentés. Espérons que les Stéphanois sauront s’en souvenir la prochaine fois qu’ils retrouveront la coupe d’Europe.

 

 

Par @Rafph_L

 

1 thought on “Saint-Etienne et l’Uefa : je t’aime moi non plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Copyright © All rights reserved. | Newsphere by AF themes.