mer. Juin 26th, 2019

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Mais on le dit quand même

Shunsuke Nakamura : la patte gauche des Dieux

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Le saviez vous ? Le caractère japonais 俊 utilisé pour « shun » dans Shunsuke signifie « génie », « excellence » ou « sagacité ». De là à voir une certaine prédisposition naturelle pour le petit Nakamura il n’y a qu’un pas. Mais dans le football on ne devient pas un joueur d’excellence seulement avec le génie pur. Le génie se travaille, comme un diamant que l’on polit, jusqu’à ce que son détenteur devienne unique. Et ça tombe bien car Shunsuke Nakamura est un travailleur. Ce qui l’a amené à devenir une légende du football japonais.

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Une ascension pas si simple…

Né à Yokohama un 24 Juin, comme un Lionel Messi ou un Juan Roman Riquelme, de l’été 1978, le petit Shunsuke se retrouve rapidement avec un ballon non loin de ses pieds. Il aime tellement ça qu’à ses cinq ans il s’inscrit au petit club du quartier, le Misono FC, et à partir de là c’est parti. Au dessus du lot durant toute sa petite jeunesse, il débarque en 1991 et à 12 ans dans les équipes de jeunes de ce qui va devenir deux ans plus tard, avec la création de la J League, les Yokohama Marinos. Mais son physique frêle et son caractère très réservé vont alors lui jouer des tours au sein de ce groupe. Malgré son talent son physique ne lui permet pas de l’exploiter, et il ne parvient pas à vraiment s’imposer. Le petit Shunsuke se réfugie dans le travail, en solo, en silence. Tout en continuant à perfectionner son petit plaisir que sont les coups francs, un art qui deviendra vite sa signature et pour toute sa carrière. Mais au moment de l’intégration à la catégorie supérieure des jeunes Marinos, il est décidé de manière consensuelle de ne pas l’intégrer. Sa situation physique ne lui permettant pas d’espérer à un temps de jeu régulier. Mais ce n’est pas une sortie de route définitive sur la route qui l’amène vers les sommets, c’est juste un détour.

Celui-ci l’amène à intégrer en 1994 l’équipe de son lycée Tôkô Gakuen de Kawasaki, à deux pas de Yokohama. Ce qui peut sembler d’un œil extérieur comme un constat d’échec ou un quasi-abandon du rêve de devenir professionnel ne l’est en fait pas. Le championnat national lycéen est très populaire et très compétitif. Pour vous faire une idée, dites vous que la finale se joue devant facilement 40 000 spectateurs et est retransmise en direct à la télévision nationale ! Et des grands joueurs y ont fait leurs gammes, comme Hidetoshi Nakata, Yasuhito Endo ou Keisuke Honda qui ont amené leurs équipes à la victoire. Shunsuke est la pierre angulaire de l’équipe et se fait rapidement remarquer en étant élu MVP du tournoi 1995. En 1996, Tôkô Gakuen atteint la finale du championnat mais doit s’incliner. En guise de consolation il intègre cette saison là la sélection japonaise pour la première fois avec les U18. Les progrès sont là et tout le Japon l’a remarqué.

1997 c’est l’année de l’obtention de son diplôme et la fin du lycée. Les propositions de clubs ne manquent pas. Le détour est terminé et il s’engage à 19 ans avec les Marinos, et il découvre alors le monde professionnel avec la J League. Il prends part à 31 matchs dès sa première année pour 5 buts inscrits. Une belle entame en somme ! Simple prélude à une régalade absolue de plusieurs saisons. Il dispute également en Juin 97 la Coupe du Monde U20 avec le Japon en Malaisie où l’équipe ira jusqu’en quarts de finale (soit aussi bien que la France d’un certain David Trézeguet). Titulaire à chaque fois pour un but marqué, un coup franc, divin, forcement ! Suivront les Jeux Olympiques de Sydney en 2000 avec les U23 où le Japon passera les poules avant de tomber en quarts de finale (encore) face aux USA aux tirs au but.

La suite logique arrive en Février 2000 où Shunsuke Nakamura est appellé pour la première fois en équipe nationale par Philippe Troussier, à deux ans de la Coupe du Monde organisée au pays et en Corée. Il est de l’équipe qui remporte la Coupe d’Asie 2000 et se pose comme un titulaire en puissance pour 2002. Mais le rêve se brisa net. La faute à une blessure lors d’un match de préparation juste avant le Mondial qui le sort in fine du groupe des 23 monté par Troussier qui se heurtera finalement à la surprise turque.

Le grand saut vers l’Europe

A Yokohama depuis plus de cinq ans, la J League devient trop petite pour le meneur de jeu des Marinos. Après le coup de massue de son absence à la Coupe du Monde, quoi de mieux pour se remettre la tête à l’endroit que de voir du pays ? C’est en Italie que Nakamura découvra le foot européen, à la Reggina pour être exact. Le promu est ambitieux et compte sur Shunsuke pour se stabiliser en Serie A. Il y côtoiera trois entraîneurs pendant les trois saisons où il évolua au Stadio Oreste Granillo de Reggio di Calabria, dont un certain Walter Mazzarri. Avec un certain succès pour une acclimatation européenne, malgré des ennuis physiques la deuxième année. A l’issue de la troisième la volonté de voir plus loin s’installe. Il quitte la Reggina et la Serie A en 2005 après trois saisons et une douzaine de buts (plus une seconde Coupe d’Asie glanée avec le Japon en 2004). Et il fait bien, car il va dès lors découvrir ce qui va devenir sa seconde maison : Celtic Park.

Celtic's Shunsuke Nakamura celebrates scoring against Manchester United during their Champions League Group F soccer match at Celtic Park in Glasgow, Scotland November 21, 2006. REUTERS/David Moir (BRITAIN)
REUTERS/David Moir

Passer de la Serie A à la Scottish Premier League, en soit, ça ne fait pas vraiment rêver dit comme ça. Mais le championnat écossais n’était alors pas dans le désarroi qu’il connait aujourd’hui. Et jouer au Celtic c’est aussi l’assurance de découvrir un nouveau théâtre où exposer son talent : la Champion’s League. Shunsuke Nakamura au Celtic c’est la caution artistique, et même en Ecosse, c’est un profil unique dans un championnat entier. Des craintes sur sa capacité physique dans un championnat qui n’est pas le terrain de jeu d’enfants de chœur ? Il va montrer que ces années en Italie ont réglé le problème en grande partie.

Première difficulté rencontrée : le système de jeu de Gordon Strachan. Évoluant quoi qu’il arrive en 4-4-2 à plat, le système pousse Nakamura à abandonner sa position de numéro 10. C’est sur le côté droit qu’il va trouver sa place. La rapidité n’a jamais été son point fort donc oubliez l’ailier type tout en percussion et en débordements. C’est compensé par la technique, la vision de jeu et la possibilité de rentrer pour armer du pied gauche. Tant et si bien qu’il va obtenir dès sa première saison quelque chose qui lui faisait assez défaut jusque là : des titres en club. Doublé Coupe de la ligue – Championnat en 2006, doublé Coupe – Championnat en 2007 et 3eme titre de champion consécutif en 2008 ! En plus d’un palmarès Shunsuke Nakamura va gagner autre chose ici, quelque chose de moins rationnel mais au moins aussi bon, une place dans le coeur de tous les supporters du Celtic qui l’ont vu évoluer sous la tunique blanche et verte.

Au delà de ses buts dans les Old Firm face aux Rangers, Shunsuke au Celtic c’est des grands souvenirs. Edwin Van Der Sar peut en témoigner. Les deux coups francs qu’il a encaissé du pied du japonais en Ligue des Champions font partie des plus beaux que l’on ait pu voir dans les années 2000, malgré une concurrence composée de Beckham ou Juninho. Un autre coup de pied arrêté reste gravé chez les catholiques d’Ecosse. Celui qui est parti dans le petit filet du gardien de Killmarnock en Avril 2007, et qui offra le titre de champion à la 93e minute de la partie. Moins esthétique mais plus extatique.

L’autre événement marquant de cette période se situe en Juin 2006, en Allemagne, avec la Coupe du Monde. Evenement nettement moins joyeux. Si l’équipe arrive en tant que numéro un asiatique et menée par un Shunsuke au top, ce sera au final un flop. Flop symbolisé par ce match d’ouverture face à l’Australie, perdu (1-3) face à la bande à Timmy Cahill malgré une ouverture du score de Nakamura. Une deuxième défaite, logique face au Brésil, envoie le Samurai Blue au tapis après deux matchs. La Coupe d’Asie 2007 confirmera le coup de mou de la sélection qui abandonne sa couronne en finissant 4emes. Mais Shunsuke s’est donné un dernier défi avec la sélection : l’Afrique du Sud en 2010. Avec l’objectif de faire mieux.

Un deuxième détour avant le retour à la maison

On est en Juin 2009 et Shun’ est en fin de contrat avec le Celtic après avoir sorti sa saison la moins aboutie à Glasgow. Toute la presse nippone rêve alors d’un retour de l’enfant prodige au pays et tous les espoirs semblent permis … sauf que fin Juin c’est à l’Espanyol Barcelone qu’il signe un contrat de deux ans. Notre ami a alors 31 ans et cela sonne comme un ultime challenge européen, sauf qu’il va tourner court. Le rythme entre le Liga et l’Ecosse n’est pas tout à fait le même et il n’arrive pas à s’adapter et trouver ses marques, la faiblesse globale de l’équipe n’aidant pas non plus. L’hiver arrive et les rumeurs reviennent, et à raison cette fois. Le 12 Février, l’Espanyol annonce la rupture à l’amiable du contrat de Nakamura. Deux semaines plus tard, Shunsuke signe avec les Yokohama F.Marinos, juste à temps pour la reprise du championnat. Derrière ça il y a aussi la volonté de monter en puissance pour la Coupe du Monde avec un temps de jeu très régulier. La J League retrouve par la même une tête de gondole de choix.

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Entre 2005 et 2010 les Marinos se sont habitués au ventre mou du championnat. Le retour de Shunsuke Nakamura apparaît alors comme le gros coup qui doit annoncer le renouveau de Yokohama. Titulaire pour la première fois lors de la troisième journée dans le derby face à Kawasaki, il ne faut alors que huit petites minutes à Shun’ pour envoyer un missile dans la lucarne d’un certain Eiji Kawashima. Malheureusement pour lui, de bonnes performances avec les Marinos n’en font pas un titulaire en équipe nationale aux yeux du sélectionneur Takeshi Okada.

L’organisation ultra rigoureuse et défensive d’Okada se fait au détriment de Nakamura. Alors oui, les résultats sont là (le Japon atteindra les huitièmes de finale, sorti aux tirs au but par le Paraguay, va en enfer Komano) mais on peut regretter que pour sa dernière sortie internationale, on ait vu Shunsuke que pendant une unique petite demie-heure contre les Pays Bas en phase de poules. Il y a comme un sentiment d’inachevé… Il prends comme annoncé sa retraite internationale après la compétition et laisse toute la place à la génération Kagawa qui gagnera la Coupe d’Asie en Janvier 2011.

L’ultime défi : un titre de champion avec Yokohama

Depuis toute l’attention de Shun’ se porte sur son club. Et si avant le come-back de leur playmaker les Marinos végétaient vers la 10eme place, les résultats sont depuis à la hausse :

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Le point culminant étant la saison 2013 où Yokohama aurait  décrocher le titre champion en plus de la Coupe de l’Empereur. Imaginez vous. Vous êtes leaders à deux journées de la fin avec six points d’avance et une différence de buts similaire à votre dauphin. Impossible de perdre le titre ? Et bien si, à la sauce Marinos sur le coup. Aussi longtemps que je m’en souvienne, pour voir un écroulement pareil, c’est l’Equipe de France en 1993. Ouais ok, oublions. Inutile de vous dire que la victoire en Coupe dans la foulée face au voleu… hum, champion de J1 fraichement couronné avait un gout très amer.

D’ailleurs Yokohama a eu du mal à s’en relever en 2014, sombrant dans l’irrégularité après des débuts corrects. Cette saison est partie pour être du même acabit. Yokohama a terminé la première phase de J1 2015 à la 6eme place, loin derrière Urawa qui fait la course en tête. Sans compter que cette saison des blessures musculaires viennent embêter leur meneur de jeu qui n’a disputé que trois petits morceaux de matchs en quatre mois. Néanmoins tous les espoirs sont permis encore avec le nouveau format de championnat mis en place cette saison. Les Marinos en faisant une grosse 2eme moitié de saison peuvent accrocher une place en Play-Offs et peut être décrocher ce titre de champion que n’a jamais décroché Shunsuke Nakamura. Il s’agit là d’une anomalie à réparer. Tout ce que l’on espère pour cet immense joueur c’est qu’il la répare, mais à 37 ans, il n’y a plus de temps à perdre !

Et en bonus track rien que pour vous, Shunsuke et ses exploits à la TV !

Je ne vous apprends sans doute rien en vous disant que la télévision au pays du Soleil Levant peut être parfois (qui a dit tout le temps?) assez étrange. Parfois elle est franchement fun. Notre ami Shunsuke occupe le petit écran une fois par an pour quelque chose d’unique et succulent : un défi improbable !

Un ballon à redonner au copain qui est dans le bus qui passe la fenêtre ouverte ? Un arrangement de dernière minute sur la pièce montée de votre mariage ? Pas de souci, Super Shun vous arrange ça ! Enjoy !

(à partir de 4.40 pour la dernière vidéo)

 

 

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