lun. Mai 27th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Avant Stade Pontivyen-EA Guingamp, rencontre avec Baptiste Marec, défenseur du Stade Pontivyen : « Une parenthèse irréelle à Pontivy »

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Depuis quelques jours, le destin de la ville de Pontivy a basculé. La faute – ou plutôt grâce – à un tirage de Coupe de France. L’espace d’un week-end, cette petite ville bretonne vibrera pour ses deux équipes respectivement opposées au PSG et à Guingamp. Un cadeau que Baptiste Marec, défenseur du Stade Pontivyen (N3) a accepté d’évoquer pour TLMSF.

Buteur contre Vignoc au 7è tour. Copyright Capture Événements.

 

Quelques heures avant Noël et la messe de minuit, nous avons rendez-vous à Baye, petite ville de 1143 habitants (chiffre de 2015) à une quinzaine de kilomètres de Lorient. Si ce bourg breton est surtout réputé pour son andouille, il est aussi connu pour les quelques joueurs de foot qui y sont passés. Par « passés », nous entendons séjourner ou habiter, le petit club local de l’AS Baye ayant été malheureusement mis en sommeil il y a quelques mois. Parmi ces footballeurs, on retrouve l’ex-capitaine du FC Lorient Yann Jouffre ou encore le capitaine de l’US Concarneau, Guillaume Jannez. Baye, c’est aussi le premier club et la ville d’origine de Baptiste Marec. Ce dernier joue aujourd’hui au Stade Pontivyen, en N3, et s’apprête à disputer un 32è de finale contre l’EA Guingamp, le 05 janvier prochain. On pourrait se dire que c’est une rencontre de Coupe presque classique avec un petit contre un gros. Que nenni.

 

En effet, ce n’est pas un, mais deux clubs que la ville de Pontivy a réussi à hisser au rendez-vous des 32e de finale de la Coupe de France. Et le Père Noël a gâté la cité du Centre Bretagne. La GSI, déjà connue pour quelques épopées dans la compétition, affrontera l’ogre parisien à Lorient pendant que le Stade a hérité d’un joli derby contre Guingamp. La magie de la Coupe est éternelle. Pour TLMSF, Baptiste Marec, défenseur du Stade Pontivyen, revient sur ces événements. Rendez-vous donné au Tallymouss, le petit PMU du bourg du joueur.

 

Salut Baptiste, tout d’abord, comment vas-tu ?

Ça va bien, ça va bien. Après, c’est vrai qu’il y a un peu d’excitation à l’idée de jouer Guingamp. En ce moment, on a un peu de mal à penser à autre chose que ça. Même si ce sont les fêtes de fin d’année, il y a beaucoup d’engouement à Pontivy et on a déjà hâte d’y être. Le match est déjà dans toutes les têtes.

Tu peux nous dire ce que tu fais dans la vie ?

Je suis entraîneur à la section sportive régionale du Lycée Le Gros Chêne, à Pontivy. Je m’occupe des sections masculine et féminine. J’y suis co-responsable avec mon coéquipier du Stade Pontivyen, Brieuc Razer. Je suis également prof’ d’EPS au lycée. En parallèle, je m’occupe aussi des U6/U7 au Stade Pontivyen.

Avec Brieuc Razer à l’ouverture de la billetterie. ©Ouest France

Tu étais où lors du tirage au sort ?

On s’était tous donné rendez-vous avec la famille, les proches, les supporters, mais aussi les sponsors au siège du club et on a tous suivi ça. On était une cinquantaine à suivre le tirage. C’était un bon moment.

Vous avez fêté ça comme il faut ?

C’était plutôt pas mal, en effet ! C’est vrai qu’au début quand on voit que la GSI (Ndlr l’autre club de Pontivy) tombe contre le PSG, le masque tombe un peu, car c’était le jackpot ! Après, quand ça tombe sur nous, on voit que c’est Guingamp et là, c’est incroyable ! On était super contents. Pour les anciens, il y avait un sentiment un peu mitigé puisque la GSI avait tiré le PSG, mais c’est très vite passé. Tout le monde était super content, car on voulait tous jouer une Ligue 1.

David(s) contre Goliath(s)

Tu viens de le dire, la GSI qui décroche le jackpot avec le PSG, le Stade qui tire l’EAG. Effervescence totale à Pontivy. On a vu les commerçants décorer leurs enseignes aux couleurs du Stade et de la GSI avant Noël. Tu peux nous parler un peu de l’ambiance qui règne en Centre Bretagne ?

Comme je l’ai dit, c’est magnifique. C’est une parenthèse un peu irréelle à Pontivy. Ça ne parle que de ça en ce moment. On est sortis samedi soir et on nous en parle tout le temps. En ville, ça ne tourne que autour du foot. La mairie a installé des grandes banderoles « Pontivy avec les Jaunes », « Pontivy avec les Verts ». Tous les commerçants s’y mettent aussi. Il y a un très grand engouement. C’est fou ! C’est une belle fête du foot pour Pontivy qui permet de mettre en lumière la ville. C’est aussi un beau rappel pour dire que Pontivy et sa région sont une vraie terre de foot.

Sur Twitter, Michel Jarnigon l’adjoint au maire de Pontivy avait évoqué ironiquement un agrandissement express du Faubourg de Verdun pour l’occasion. Ça aurait eu de la gueule Mbappe et Nolan Roux à Pontivy, non ?

Ça aurait pu et ça aurait été beau d’ailleurs ! Le problème, c’est que Verdun ne peut accueillir que 2900 personnes au maximum. Après, ça dépasse le sportif puisqu’il y a d’énormes enjeux économiques derrière. Il faut aussi penser à la recette et ce que ça peut rapporter au club. La question du Roudourou s’est tout de suite posée. Verdun a été évoqué par certains, mais ce n’était pas raisonnable et quasiment impossible d’organiser un 32è de finale de Coupe contre une Ligue 1.

Vous allez jouer au Roudourou qui est considéré comme un des chaudrons bretons. Guingamp sera officieusement à domicile même si c’est vous qui recevez. Comment vous appréhendez cette ambiance ?

On a vraiment hâte. Comme tu l’as dit, c’est un peu un chaudron avec une superbe ambiance. C’est un stade à l’anglaise avec les tribunes vraiment proches du terrain. En plus, c’est spécial pour nous car nous avons pas mal de joueurs qui sont passés par Guingamp – Malo Rolland, le gardien du Stade Pontivyen est issu de la génération Ndombélé, Lea-Siliki et Ludovic Blas et entraîne les gardiens de l’Akademi de l’EAG – donc c’est un rêve pour eux de jouer au Roudourou. Il y aura tous nos supporters, le Kop Rouge donc ça va être une belle fête. Personnellement, je me suis toujours demandé ce que ça faisait d’être sur un terrain comme ça, de voir autant de monde dans les tribunes et surtout une telle ambiance.

Vous attendez combien de personnes pour cet événement ?

On s’est fixé comme objectif au moins 8 000. 10 000, ce serait top ! On espère que le Kop Rouge répondra présent.

Jusqu’à présent, c’était quoi la plus grosse ambiance que tu as faite ?

En termes d’ambiance, c’est le derby de cette année contre la GSI. Il y avait 2200 personnes au stade. Il n’y a pas beaucoup de villes de 15 000 habitants en France à avoir deux clubs en N3 donc c’est assez symbolique. L’ambiance était incroyable, mais là, en Coupe de France, c’est différent.

Tu as joué aux États-Unis devant des milliers de personnes dans des matchs universitaires. Le Roudourou, ça devrait être tranquille pour toi…

Pour ce 32è de finale, c’est plus de l’excitation. Aux USA, c’est très suivi, très médiatisé avec les matchs à la télé ou retransmis en ligne. Il y a beaucoup d’engouement. Aujourd’hui, c’est du pur bonheur. Il n’y a même pas de stress. C’est de l’adrénaline, de l’excitation. On a juste hâte d’être sur le terrain, de jouer.

En parlant des États-Unis, c’est une destination foot de plus en plus prisée par les jeunes européens et notamment les Français. Quel souvenir tu en gardes ?

Ce qui a changé pour moi, c’est la perception du travail. Les Américains sont des fous de boulot. Si tu es bon, c’est bien, mais travaille pour être encore meilleur. Si tu n’es pas bon, cravache. C’est vraiment un autre monde. Ça se rapproche énormément du foot professionnel avec des infrastructures dignes de ce nom, un staff technique, un staff médical. Tout est mis en place pour qu’on ne pense qu’au foot. Cette aventure m’a permis de beaucoup voyager, d’aller jouer à Hawaï, d’aller à Las Vegas, à Los Angeles. C’est exceptionnel. En termes d’infrastructures, d’équipements, c’est un cran au-dessus de ce qui se fait en Europe.

Parenthèse américaine à la CBU, en Californie, pour Baptiste Marec en 2016-2017.

Tu as toujours des anciens coéquipiers qui jouent là-bas. On pense à Alex Jacq et Guillaume Rouzic qui ont fait parler d’eux dans leurs universités. Tu as de leurs nouvelles ?

Oui, ça se passe plutôt bien pour eux. Guillaume a fait une bonne saison dans l’Iowa en terminant même dans l’équipe type de sa conférence. Alex Jacq vient de signer à Tahiti et ça se passe bien. Il a fait une très bonne saison avec son club de Young Harris aux USA. Je reste en contact avec mon ancien coach. Il m’a envoyé un message la semaine dernière pour me dire qu’il venait en France repérer des talents sur une journée.

Revenons à la Coupe de France. Ton avis sur cette équipe de Guingamp qui est quand même en grande difficulté en championnat depuis le début de saison, mais qui semble peu à peu retrouver des couleurs – victoire 0-2 en Principauté…

C’est une belle équipe de Ligue 1. Ils sont un peu en manque de confiance en ce moment, mais ils relèvent la tête. Peut-être que la chance qu’on a dans ce match, c’est que l’EAG est dans un « entre-deux ». Ils vont mettre une belle équipe contre nous, car ils ont besoin de retrouver de la confiance. Ils ont un super coach qui connaît bien la Coupe. Ils vont recruter des nouveaux joueurs en plus (ndlr. Djilobodji, Ndong et Larsson ont rejoint le Roudourou depuis le début du mercato). C’est peut-être une équipe à prendre maintenant, on ne sait pas. Dans tous les cas, on sait que l’exploit va être difficile mais bon on a réussi une belle performance au tour précédent contre Avranches (N1) donc pourquoi pas. On va aller sur le terrain avec nos armes et sans complexe.

Ton futur adversaire direct, Nolan Roux, revient de blessure, mais a faim de but (buteur contre l’ASM pour son retour). Challenge accepted ?

Je pense que c’est le genre de joueur capable d’être discret pendant 80 minutes, mais il lui faut une ou deux occas’ seulement pour la mettre au fond. C’est un serial buteur, il ne faut pas se cacher. A Metz, il en a mis un paquet l’an passé. Il va retrouver de la confiance. C’est un attaquant qui sera à surveiller comme du lait sur le feu. Il faudra beaucoup de concentration, laisser très peu d’espaces, toujours le surveiller et le cadrer avec une bonne communication.

C’est le joueur qui te fait le plus peur côté EAG ?

Oui, ça se joue entre lui et Marcus Thuram. Ce dernier est en train de passer un cap avec Guingamp. C’est un joueur très athlétique, très costaud. C’est l’arme N°1 de Guingamp devant en ce moment. Nolan Roux a une très belle carrière jusqu’à maintenant et il a encore de très belles années. C’est un serial buteur et un joueur clef du championnat de France.

Et le maillot qu’il faudra récupérer à la fin du match, c’est lequel ?

Nicolas Benezet. L’année dernière, je jouais dans le sud au Stade Beaucairois (R1). Un de ses meilleurs amis jouait avec moi et m’a dit qu’il l’avait déjà contacté. C’est le maillot que je veux avoir.

 

La Coupe de France, une bouffée d’oxygène dans une saison galère

Vous êtes en difficulté en championnat également – dernier de N3 Bretagne avec 7 points et un but marqué. Est-ce que la Coupe de France est une échappatoire pour avoir une bouffée d’oxygène pour le championnat ?

Totalement ! On a eu du mal à enchaîner les résultats. Dans le contenu, c’est vraiment très bien, mais devant on est resté muet jusqu’à la semaine dernière (!). La Coupe de France était une bouffée d’oxygène. Elle nous a permis de jouer plus libérés, de faire des gros matchs. Certaines équipes auraient peut-être lâché, mais la Coupe nous a faits du bien et a été primordiale pour la vie du groupe. Ça faisait du bien aux têtes.

Vous avez sorti Avranches au tour précédent qui est quand même une équipe de Coupe puisqu’elle a affronté le PSG il y a peu. Est-ce que c’est ton plus beau souvenir en tant que footballeur jusqu’à aujourd’hui ?

Certainement un des plus beaux. Je le mets dans mon top 3. C’était vraiment magnifique. Au bout de 5 minutes, ils loupent un penalty puis on sauve un ballon sur la ligne. À cet instant, on savait que rien ne pouvait nous arriver. Ça nous a donné confiance et envie d’aller plus vers l’avant. Après, on a mis les bons ingrédients pour passer. Avranches avait une sacrée équipe avec des joueurs qui ont joué en Ligue 1 comme Paulin Puel devant. C’était beau.

Sur une échelle de 1 à 10, à combien tu estimes les chances du Stade Pontivyen de passer ?

(Sourires) Allez, en toute humilité, je dirais 3.

Et la GSI ?

En étant gentil, je mets 1/10. S’ils sortent le PSG… Ca sera un séisme ! Le PSG n’a pas perdu un seul de match de coupes nationales depuis 4/5 ans. Je leur souhaite de passer, mais bon ça va être compliqué.

La fête au village

Pontivy est plus verte (GSI) ou jaune (Stade) ?

Le Stade est peut-être plus suivi. C’est un peu la fête populaire.

C’est quoi le programme avant le D-Day ? Est-ce que le coach a donné des consignes pour les fêtes ?

On a entraînement toute la semaine. On en a 4 cette semaine (ndlr. la semaine de Noël), 3 la semaine prochaine. On va aussi être pas mal médiatisés donc on doit faire attention. Il y a plusieurs chaînes de télé qui vont nous suivre. On ne doit pas abuser pendant les fêtes. Le jour du match, on part très tôt. Les portables seront interdits 2 h avant le match. On fait tous attention. Le coach essaie de ne pas trop nous envoyer de messages pour qu’on reste concentrés et ne pas attirer l’attention de la presse. Il veut que l’on reste dans notre intimité de groupe, dans notre bulle.

Une question qui concerne ta carrière désormais. Est-ce que tu rêves potentiellement d’un parcours à la Pierrick Capelle – finaliste Coupe de France 2012 avec Quevilly – ou même d’un Florian Le Joncour qui avait décroché un contrat à Malherbe ?

Déjà, j’ai fait un 16è de Gambardella avec l’US Concarneau contre l’US Quevilly donc mon objectif personnel, c’est d’atteindre cet objectif de 16è en Coupe de France – même si atteindre les 32e de Coupe de France est le rêve de tout footballeur amateur. Le contrat pro ? Il faut garder la tête sur les épaules. Je ne pense pas avoir le niveau, mais bon pourquoi pas. Je suis très bien au Stade Pontivyen, en pleine confiance avec un coach qui me le rend bien. Je ne pense pas à aller voir ailleurs. Je suis concentré à 100 % avec le Stade. L’individuel passe derrière le collectif. Ce parcours en Coupe doit nous servir pour le championnat et aller chercher le maintien.

La pression… On la boit ?

Évidemment et surtout au Tallymouss, ici, à Baye.

 

 

Stade Pontivyen (N3)-EA Guingamp, le samedi 05 janvier 2019 à 15h au Roudourou, Guingamp

GSI Pontivy (N3)-PSG, le dimanche 06 janvier 2019 à 20h45, Stade du Moustoir, Lorient

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