ven. Nov 15th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

En février dernier, j’ai eu le privilège d’avoir une entrevue avec 3 joueurs de Cécifoot, 2 français et un belge, lors de la 4e phases du championnat de France de Cécifoot – Partie Nord à Avion au Centre Technique et Sportif de La Gaillette (RC Lens).


(Re)Lire la première partie de ces entretiens Cecifoot


Dans cette seconde partie, vous retrouverez l’entrevue de Kevin Vanderborght (KV), international belge de 35 ans, auteur de plus de 100 buts en carrière. Il a récemment quitté le Five-A-Side Anderlecht pour le Team Cecifoot RC Lens.

Depuis combien de temps es-tu atteint de cécité ?

KV : Depuis l’âge de 16 ans

Dans ta ville, est-ce « facile » d’être non voyant ?

KV : A Charleroi ça va, parce que c’est une ville très accessible pour tout type d’handicap. Les politiques de la ville continuent de travailler dans ce sens. Il y a toujours mieux à faire, mais ça fait plaisir que l’on soit considérés, mises à part certaines architectures (boules de bétons, des piquets) qui nous embêtent nous les non-voyants, mais il en faut pour tout le monde.

Est-ce qu’il faut beaucoup de temps à s’adapter à la cécité ? Quelle a été ta réaction lors de l’annonce de votre « Handicap » ?

KV : Ça a été difficile à vivre, encore maintenant je m’estime « normal ». Je cachais beaucoup ma cécité, j’expliquais que c’était de l’inattention, j’essayais de rentrer plus tôt, ne voyant pas dans le noir, pour éviter qu’on le remarque. J’ai subi une dépression, parce que je me suis dit que je ne pouvais plus jouer au football valide. Je me suis retrouvé réserve (remplaçant), mais je n’aimais pas, parce que lorsque je rentrais sur le terrain j’avais l’impression que c’était par pitié de la part de mes coéquipiers. Ce qui m’aidait à tenir c’est que je me disais que je rentrais sur le terrain pour marquer le but de la victoire. Ça arrivait souvent, mais lorsque ma vue s’est dégradée, ça allait trop vite parce qu’on montait régulièrement et le jeu allait de plus en plus vite. J’ai donc décidé d’arrêter. A ce moment-là, je n’avais plus rien à faire, plus de sport, je me suis senti handicapé, je me suis dit « Oh non je ne peux plus rien faire ». Parce que ma vie c’est le foot, au stade ou ailleurs. Sinon, je regarde les sports. Lorsque mes parents me demandaient d’aller à des fêtes de familles, je me disais « Puisque je suis handicapé pour le sport, je suis handicapé pour tout, plus besoin d’aller aux anniversaires, parce que je suis handicapé aussi pour ça. ». J’ai subi une dépression, je n’avais plus rien envie de faire à cause de mon handicap. Puis le Cécifoot est arrivé, j’ai regardé France-Brésil aux Jeux Paralympiques de Londres en 2012, et j’ai découvert du foot comme celui que j’aime. Je me suis dit que si j’étais capable de le faire, je vais me lancer. Je suis parti à Charleroi essayer, ça m’a plu. Ça m’a sorti de la dépression, ça m’a ouvert aux autres, je suis certes handicapé visuel, mais je peux en parler. D’ailleurs avant cela, je ne t’aurais jamais répondu. Avant je ne voulais pas qu’on le sache. On est finalement tous différents devant la cécité, certains ont une canne ou un chien, d’autres rien, on se retrouve tous ensemble lors des compétitions nationales et internationales.

Depuis quand es-tu fan de foot ?

KV : Je suis fan de foot depuis toujours. De Charleroi, parce que c’est ma ville, c’est là où je suis né.

Le Cécifoot m’a apporté une nouvelle vie. C’est comme si j’étais mort une fois et que je renais de mes cendres. Sans le Cécifoot je ne serai peut-être même pas ici en train de parler.

Comment fais-tu pour suivre vos clubs favoris ? Au stade ? A la télé ? Sur internet ?

KV : Je vais au stade, je suis abonné depuis petit. Je fais parti des Ultras. J’enregistre les matches que je n’ai pas pu suivre, je suis sur internet. Et puis au stade il y a de l’audiodescription, c’est le top pour les malvoyants. On a des commentaires plus détaillés et plus portés sur le jeu que la radio. Ça nous explique les numéros des joueurs, les banderoles sorties, etc… Cette audiodescription est disponible à Charleroi, Liège (Standard), Anderlecht, Mons (plus bas), au Stade Roi Baudouin de Bruxelles avec les diables rouges. J’ai pu voir une quinzaine à l’Euro 2016 en France, parce qu’il y avait de l’audiodescription. L’Euro que j’ai vécu était exceptionnel, j’ai visité quasiment tous les stades, surtout les nouveaux. J’ai pu voir des joueurs que je ne reverrai peut-être plus.

Tu joue aujourd’hui dans les superbes installations du RC Lens à Avion, est-ce que le Cécifoot bénéficie toujours de telles infrastructures ?

KV : C’est très rare d’avoir ce genre d’infrastructures et c’est ce que je regrette dans le Cécifoot. Même si on peut reprocher de jouer en intérieur alors que le Cécifoot doit se jouer en extérieur. Sinon c’est impeccable, les vestiaires, les terrains. Même s’il y a ce problème de sonorité, de résonance, le bruit du ballon est moindre, les consignes créent du brouhaha et j’ai beaucoup de mal avec ça. C’est la raison pour laquelle le Cécifoot se joue dehors. Mais personne n’a de telles infrastructures en Cécifoot, à Anderlecht le terrain n’est pas aux normes, donc nos repères ne sont pas les mêmes et à Charleroi c’était en salle, mais ils ont désormais un terrain conçu pour le Cécifoot de la part des dirigeants du club. C’est une des plus belles en Europe, avec Lens, parce que le terrain est aux normes et fait pour le Cécifoot. Après je ne peux pas comparer avec l’Amérique du Sud, puisque je n’y suis jamais allé.

Kévin, tu as franchi la barre des 100 buts, que ressent-tu de cet exploit ? Ça t’a aidé dans la vie de tous les jours ?

La première journée de championnat ici à Lens et contre Lens j’ai effectivement marqué mon centième but club et sélection confondus. C’est une petite performance dans le Cécifoot, parce que ce n’est pas facile de marquer en Cécifoot, mais peu m’importe. Cependant, marquer un but ça me fait toujours énormément plaisir.

Un dernier mot pour la fin ?

Le Cécifoot m’a apporté une nouvelle vie. C’est comme si j’étais mort une fois et que je renais de mes cendres. Sans le Cécifoot je ne serai peut-être même pas ici en train de parler. J’ai pu acheter une maison, je reçois du monde, ce qui était inimaginable auparavant. J’ai de nombreux autres projets. Ça a aussi bouleversé la vie de mes proches, parce que je ne voulais plus rien faire. Je le sens bien que ça a changer de façon positive.

Kevin Vanderborght est deuxième en partant de la gauche
https://twitter.com/CecifootRCLens/status/1181879218491314176

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