mer. Juin 26th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

TLMSF interviewe Ben Lyttleton, auteur de « Onze Mètres, la solitude du tireur de pénalty »

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En Mars dernier, Adrien MTH avait eu l’occasion de lire le livre « Onze Mètres, la solitude du tireur de pénalty » écrit par Ben Lyttleton. Sa critique m’a donné envie de le lire. Et soyons honnête, je me suis régalé. J’ai donc décidé d’en savoir plus à ce sujet.
Grâce à ce merveilleux réseau social qu’est Twitter, j’ai eu la chance de pouvoir contacter l’auteur du livre, qui a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Retrouvez la version originale (en anglais) au bas de cet article.

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Pouvez vous nous en dire plus à propos de Soccernomics, votre agence de consulting footballistique, référence mondiale dans le domaine? D’où vient l’idée?

L’idée est venue du livre éponyme, écrit par deux de mes amis, Simon Kuper et le Professeur Stefan Szymanski. Après avoir lu leur excellent ouvrage, j’ai senti qu’il pouvait y avoir un business à faire avec ces idées, on a alors collaboré pour créer l’agence. Nous aidons maintenant les clubs sur des domaines comme l’analyse de données, la stratégie, la planification de succession ou encore le recrutement. Nous aidons également les entreprises qui veulent investir dans le sport. Travailler avec des gens si intéressants et intelligents est tellement agréable !

Vous avez déclaré lors d’une interview pour le site The Macgyver Project que vous adoriez le système des tirs au but, car c’est « le football dans son essence la plus pure » comme vous déclarez souvent dans votre livre. Cependant Ignacio Palacios-Huerta (Professeur d’économie et stratégie managériales, souvent cité dans votre livre et auteur de l’ouvrage « L’économie mondiale expliquée par le football ») a démontré que, à cause de la pression sociale, l’équipe qui tire la première dans une séance de tirs au but à 60% de chance de gagner la séance. Il a également fait des tests (plus de 200 sessions de tirs au but testées) pour tenter de trouver le meilleur ordre pour les tirs au but (ABAB, ABBAABBA, ABBABAAB). Il en est ressorti que le système ABBABAAB était parfaitement équitable : plus de pression et un jeu plus « fair ».
(Ignacio Palacios-Huerta a envoyé cette étude à la FIFA en 2006 mais aucune décision n’a été prise)
Pensez vous que le système de tirs au but doive évoluer?

J’ai la conviction que le concept des tirs au but est un moyen juste pour déterminer l’issue d’un match indécis après 120 minutes. Il requiert en effet les deux compétences principales d’un joueur : la technique et les nerfs. J’accepte l’idée que le système proposé par Ignacio serait une façon encore plus équitable de déterminer le vainqueur d’un match indécis mais cet ordre n’est pas simple. Ce serait compliqué pour les joueurs et les fans (sans parler des arbitres). C’est, je pense, la raison pour laquelle il apparait peu probable que la FIFA accepte un jour sa proposition.

(Merci à Pierre Rondeau, traducteur d’Ignacio Palacios-Huerta en France, pour cette question, ndlr)

Dans votre livre, il est question de forme de tir (C ou J). Il est facile de comprendre que les tirs en C (ballons brossés, trajectoires aisément prévisibles) sont moins dangereux que les tirs en J (ballons flottants à la trajectoire turbulente), mais cela s’applique-t-il également aux pénaltys, compte tenu de la courte distance?

Les idées de « tirs en C » et « tirs en J » viennent d’un spécialiste en tir, Dave Alred, qui a notamment appris à Jonny Wilkinson comment tirer. Il a également brièvement travaillé dans le football et m’a donné une leçon de tir très intéressante ! C’est moins significatif à courte distance, en effet. Mais son argument était le suivant : « si le joueur n’arrive pas à tirer correctement, comment peut il espérer marquer de 11 mètres? ».

Vous avez été sélectionné pour faire part du jury pour l’élection des 100 meilleurs joueurs du monde organisée par The Guardian. Pouvez vous nous raconter votre expérience? Pour qui avez vous voté?

J’ai été très honoré que l’on me propose d’être juge de cette récompense prestigieuse. Nous avons reçu une liste d’environ 300 joueurs et on nous a demandé de les classer de 1 à 40. Un des joueurs que j’ai classé très haut n’était même pas présent dans la liste des 300, mais je l’y ai inclus ainsi que d’autres juges : il s’agit de Thiago Alcantara que j’estime être un Top 10 mondial s’il est épargné par les blessures. J’ai également mis David Alaba dans mon Top 10 car il est à mes yeux le prototype du joueur moderne : superbe techniquement, polyvalent tactiquement et super-intelligent. Si seulement il existait un joueur anglais comme lui !

Soyons un peu plus personnel maintenant si vous le voulez bien.
Ce qui m’a le plus impressionné dans votre livre, c’est l’idée selon laquelle, lorsqu’un joueur échoue sa tentative, l’attitude de ses coéquipers (réconfort ou déception) a un fort impact sur le taux de réussite du prochain tireur de l’équipe.
Quelle est, de votre point de vue, la plus grande découverte que vous ayez faite concernant les pénaltys?

J’ai tellement appris à propos de la psychologie inhérente à la performance sous pression à travers mes recherches pour ce livre. Il était par exemple intéressant d’apprendre que le cycle des défaites aux tirs au but est vicieux : les chiffres montrent que perdre peut devenir une habitude dont il est difficile de se défaire. L’élément le plus frappant pour moi est l’importance du temps de réaction entre le coup de sifflet de l’arbitre et le début de la course du tireur. Sous pression, il est recommandé de prendre son temps, mais les joueurs anglais ont enregistré le temps de réaction le plus court (en moyenne 0.28 seconde, alors que le temps de réaction d’Usain Bolt est de 0.18s, à titre de comparaison). Il s’agit très clairement d’un signe de nervosité qui a contribué au record anglais d’échecs aux tirs au but.
Il est également important de rappeler qu’en club, les joueurs anglais ont de meilleurs taux de réussite aux tirs au but que les Français, les Espagnols, les Brésiliens et oui, même les Allemands. C’est seulement lorsqu’ils portent le maillot national que le traumatisme revient.

Vous avez indiqué dans votre interview pour The Macgyver Project que le pénalty d’Ashley Cole (raté) pour l’Angleterre à l’Euro 2012 vous avait donné envie d’enquêter et d’écrire ce livre. Y’a t’il une autre session de tirs au but qui vous a particulièrement marqué?

Il y en a une foultitude. Le France-RFA 1982 est la première séance de tirs au but en Coupe du Monde dont j’ai le souvenir et le souvenir de voir de grands hommes comme Uli Stelike et Didier Six, athlètes d’élite, se replier en boule et être détruits après avoir raté un tir au but fut un choc ! A ce moment là je me suis dit « Wow ! Le pénalty est une chose vraiment puissante ! ».
Mais c’est la comparaison entre Asley Cole marquant lors de la séance de tirs au but en finale de la Ligue des Champions 2012 face au Bayern (réussi) et celui raté à l’Euro contre l’Italie qui m’a fait me questionner sur ce qui peut se passer dans la tête des joueurs au moment du tir.

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Recommanderiez-vous à une équipe d’avoir un spécialiste des pénaltys ou vaut-il mieux procéder à un turnover entre 3-4 tireurs?

Dans une équipe de 23 joueurs (comme en tournoi international), je pense que ça ne fait pas de mal d’avoir un joueur qui est vraiment spécialiste des pénaltys. Je pense à Matt Le Tissier en 1998, qui aurait pu faire partie de l’équipe d’Angleterre mais qui n’a pas été retenu. A Saint-Etienne, l’Angleterre a perdu contre l’Argentine aux tirs au but (avec des échecs de Batty et Ince). Si Le Tissier avait été sur le banc, il aurait pu rentrer et tirer un pénalty (Matt Le Tissier reste comme une référence en terme de réussite aux pénaltys avec 48 réussites pour 1 échec, ndlr). Ca ne fonctionne pas toujours mais ça peut valoir le coup de considérer cette option. Je pense que l’Angleterre a eu la même idée avec Rickie Lambert à la Coupe du Monde 2014, mais pour cela, encore aurait-il fallu sortir de la phase de groupe…

Quel est votre pire cauchemar en terme de pénalty?

Je n’ai pas réellement de cauchemar en terme de pénalty car les pénaltys manqués, et notre réaction à ceux-ci, sont les plus intéressants pour moi ! Peut-être une saison entière où aucun joueur ne rate son pénalty alors (mais c’est très peu probable).

Et votre plus grand rêve?

Ah! Il y a quelques années, j’ai pu tirer 2 pénaltys devant 25 000 supporters à Dublin. J’en ai mis un et raté un, mais c’était avant d’apprendre tout ce que je sais maintenant. Je pense que j’aurai une approche différente et me sentirai plus en confiance.
Ce serait génial d’avoir l’opportunité de tirer une nouvelle fois un tir au but devant un public nombreux !

Merci beaucoup Ben pour cette belle interview, nous nous sommes régalés à lire ton livre et te souhaitons plein de succès avec Soccernomics. Hâte de lire ton prochain livre !

Bibliographie (si ces lectures vous intéressent, désactivez svp Adblock sur ce site pour afficher les liens vers les livres) :

Onze Mètres, la solitude du tireur de pénalty – Ben Lyttleton

Soccernomics – Simon Kuper

L’économie expliquée par le foot – Ignacio Palacio-Huerta


– Could you tell us more about Soccernomics, your world-leading football consulting agency? Where does the idea come from?

The idea came from the book of the same name, written by two friends of mine, Simon Kuper and Professor Stefan Szymanski. After I read their excellent book, I felt there was a business based on the ideas in it, so the three of us collaborated to form the consultancy. We now help clubs with data analysis, strategy, succession planning and recruitment. We also help businesses who want to get involved in sport. It’s a lot of fun working with such interesting and smart guys.

– You have told in an interview for The Macgyver Project that you loved the penalty kick system, because it was the « football at its pure essence » as you often said in your book.
But, Ignacio Palacios-Huerta (Professor of Managerial Economics and Strategy, often quoted in your book and writer of Beautiful Game Theory: How Soccer Can Help Economics) showed that, due to social pressure, the team shooting first won by 60% – 40%.
He also performed tests (more than 200 penalty sessions) trying to find the best shooting order (ABAB, ABBAABBA, ABBABAAB) and concluded that with the third system, there is a perfect equality : more pressure and a fair game.
Do you think the penalty system should evolve?
(Ignacio Palacios-Huerta sent this study to the FIFA in 2006 but no decisions have been taken). Question by Pierre Rondeau, translator of Ignacio Palacios-Huerta in France.

I believe that the concept of the shoot-out is a fair way of settling a game that has not been resolved after 120 minutes, because it is a challenge of players’ 2 core skills: technique and nerve. I accept that Ignacio’s proposed system would be an even more equitable way of settling matters, but the order would not be a simple one for players and fans (not to mention referees) to follow. That’s why I think it would be unlikely to ever see FIFA accept his proposal.

– In the book, you deal with the shape of the kick (C or J). It is easy to understand that « C » freekicks, leading to curved balls (easily predictable path), are less dangerous than « J » shots, floating balls (unruly path), but does it really applies to penalty kick, regarding the small distance?

The C-shape and J-shape come from a specialist kicking coach, Dave Alred, who taught Jonny Wilkinson how to kick in rugby union. He briefly worked in football as well, and gave me an interesting lesson in kicking! It is less significant in penalties because of the short distance, that’s correct. But his argument was that if players have not been taught to kick a ball properly, how can they possibly expect to score from 12 Yards?

– You took part of the jury for the election of the 100 best players in the world in 2015 by the Guardian. What could you tell us about your experience there? What was your choice?

I was honoured to be asked to be one of the judges for this prestigious award. We were presented with a list of what must have been around 300 players and asked to rank them in order of 1-40. One of the players who I rated very highly was not even in the list of 300, but I still included him, as did some of the other judges: that was Thiago Alcantara, who I would expect to be a top 10 player if he can remain injury-free. I also put David Alaba in my top 10 as for me he is the prototype of the modern player: technically superb, tactically versatile, and super-intelligent. If only there was an English player like him!

Let’s go a little bit more personal now.

– What impressed me the most in your book was the idea that, when a player fails, the body language of his team mates (comforting him or being disappointed) has a huge impact on the next penalty shooter success rate. What is, from your point of view, the biggest discovery that has been made concerning the penalty?

I learned so much about the psychology of performing under pressure in my research for this book. It was interesting to learn that the cycle of defeat when it comes to penalties is a vicious one – the numbers show that losing is a habit that’s hard to shake off. The most striking element for me was the reaction times between the referee’s whistle and players starting their run-ups. In most pressure situations, it pays to take your time, but England players had the fastest reaction times of all, an average of 0.28 seconds (Usain Bolt’s reaction time is 0.18 seconds). That’s a sure sign of nerves, and has contributed to England’s dismal penalty record. It’s also worth remembering that in club football, English players actually have a better penalty record than French, Spanish, Brazilian and yes, even German players too. Only when they wear the national shirt does the penalty trauma kick in.

– You indicated in the interview for The Macgyver project that the penalty of Ashley Cole for England in Euro 2012 decided you to investigate and to write this book, is there another penalty session that affected you?

There have been plenty. The France-West Germany 1982 shoot-out was the first World Cup I remember and the sight of seeing grown men like Uli Stelike and Didier Six, elite athletes, curl into a ball and be broken by missing a penalty was shocking. Even then I thought, wow, the penalty is a powerful thing. But it was the comparison between Ashley Cole scoring for Chelsea in the 2012 Champions League final shoot-out against Bayern Munich and then very soon after, missing for England at Euro 2012 against Italy, that made me wonder what went on inside players’ minds during the shoot-out.

– Do you recommend a team to have a penalty specialist or is it better to have a turnover between 3-4 shooters?

In a tournament squad of 23, I think it would do no harm if 1 of the squad players was a penalty specialist. I think back to 1998 when Matt Le Tissier could have been in the England squad but wasn’t. In Saint-Etienne, England lost on penalties to Argentina, with Batty and Ince missing. Had Le Tissier been on the bench, he could have come on and taken a penalty. It does not always work but I do think it’s worth considering it as an option. I think England might have had a similar idea with Rickie Lambert at the 2014 World Cup, but then you need to get out of your group first…

– What is your worst nightmare about penalties?

I don’t really have any penalty nightmares, as missed penalties, and our reaction to them, are more interesting for me! Maybe a whole season goes by and no player ever misses a penalty (unlikely to happen)!

– What is your biggest dream about penalties?

Ha! Well, I did take two penalties many years ago in front of 25,000 fans in Dublin. I scored one and missed one, but that was before I learned what I know now. I think now I would have a different approach and feel more confident about it. So it would be great to have the opportunity to take another penalty in front of a big crowd in the future!

PS : I loved your book, as you can imagine. We have written a presentation of it on the website if you would like to take a look here.

Readings :

Twelve Yards: The Art and Psychology of the Perfect Penalty Kick – Ben Lyttleton :

Soccernomics – Simon Kuper :

Beautiful Game Theory: How Soccer can help Economics – Ignacio Palacio Huera :

4 thoughts on “TLMSF interviewe Ben Lyttleton, auteur de « Onze Mètres, la solitude du tireur de pénalty »

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