mer. Oct 23rd, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

TLMSF interviewe Joffrey Lidouren : « En Ecosse, on ne te juge pas sur le travail que tu fais mais sur la personne que tu es. »

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L’Ecosse est une terre d’accueil pour les footballeurs français depuis de nombreuses années. L’un des derniers arrivés est Joffrey Lidouren, un milieu de 24 ans. Il joue dans l’un des clubs les plus mythiques d’Ecosse : Queen’s Park, après une formation dans sa Bretagne natale et un passage en Corse. Voici l’interview d’un jeune homme qui a la tête sur les épaules et la passion du football ancrée dans le coeur.

TLMSF: Joffrey, peux-tu te présenter ?

Joffrey Lidouren (JL): Je suis originaire de Bretagne, dans le Finistère nord, dans le petit village le plus à l’ouest de la France : Plougonvelin. J’ai commencé là-bas avec tous mes amis d’enfance. On continue tous à faire du foot à différents niveaux d’ailleurs. Ensuite, j’ai rejoint Plouzané qui est le club phare de la région puis j’ai intégré le Stade Brestois 29 pour six ans. J’ai fait les trois premières années en tant qu’amateur, puis j’ai eu un contrat d’un an comme aspirant pro et j’ai ensuite fait deux ans comme stagiaire. A 17 ans, lors de mes cinq premières minutes de mon premier match en CF2, j’ai fait une rupture des trois ligaments de la cheville suite à un tacle et l’arbitre n’a même pas sifflé faute ! Cela a été l’apprentissage de monde senior en accéléré. J’ai fait quelques rechutes. Notre bon parcours en Coupe Gambardella pendant la saison 2013-2014 m’a permis de sortir du trou : on a fait quart de finale contre le Monaco d’Anthony Martial et Kévin N’Doram.

A la fin de mes deux années comme stagiaire, Brest ne voulait pas conserver l’intégralité de la génération 1995 qui ne passait pas pro. Du coup, j’ai fait un essai au Stade Bordelais qui s’est bien passé, je devais même y aller. Puis Brest m’ont dit qu’ils voulaient me conserver un an comme amateur. Cependant, j’ai préféré mettre l’accent sur mes études en BTS MUC, que j’ai obtenu, mais, pendant mon alternance, je me suis rendu compte que j’avais fait une erreur et j’ai donc essayé de me relancer dans le football en signant avec le Stade plabennécois en CFA. J’y ai fait deux ans. J’ai ensuite signé avec Bastia Borgo à l’été 2018, en CFA toujours. On est monté en National (D3) à l’issue de la saison dernière. Bastia, sur le plan humain, c’était vraiment une riche aventure. J’ai toujours beaucoup de contacts avec beaucoup de joueurs, je les regarde toujours.

TLMSF: Comment es-tu arrivé en Ecosse ?

JL: Comme je savais que j’allais avoir moins de temps de jeu en National, je souhaitais changer d’air. J’ai rencontré Thomas Beaurepaire, qui a vécu deux ans en Angleterre (il était gardien pour Goole A.F.C en D8 entre 2015 et 2017, NLR). On a échangé et il y a des pistes qui se sont dégagées : on a parlé de Queen’s Park dès le mois de mars, parmi plusieurs clubs. Je n’aurais jamais imaginé joué en D4 écossaise mais quand on voit les installations, les infrastructures, le côté humain, le coach, les joueurs, pour moi, l’Ecosse, ça a été un choix simple à faire.

TLMSF: Avant de signer à Queen’s Park, que connaissais-tu de ce club ?

JL: Quand j’ai eu des contacts avec Queen’s Park, Thomas Beaurepaire m’a expliqué le fonctionnement de ce club. Je ne le connaissais pas. J’ai fait des recherches : j’ai vu que c’était un club mythique en Ecosse, qu’il était basé à Glasgow, qu’il jouait à Hampden Park. Hampden Park, si tu ne connais pas, tu es un inculte (rires) ! Je me suis renseigné sur l’entraîneur (Mark Roberts, NDLR) : il a eu une belle carrière en Ecosse, il a aussi joué en Irlande. L’entraîneur a repris l’équipe en main la saison dernière et ça a bien marché. Le contact m’a plu, on a eu une relation honnête.

TLMSF: Et sur le football écossais en général ?

JL: Je connaissais car je suis fan du football britannique, irlandais. Quand je suis allé en Irlande il y a quelques années, j’ai acheté un maillot du Celtic. Du coup, quand on me demande si je suis plus Celtic ou Rangers, j’ai un petit penchant pour le Celtic, aussi avec les Français qui y jouent. Je suis Hibernian aussi parce qu’un ami, Yves-Marie Kerjean, a failli y signer avant de partir à Albion Rovers (D3 à l’époque). Il m’a renseigné sur les ligues inférieures. Je me suis intéressé pas mal à Falkirk et d’autres clubs. Aussi, lorsque j’étais à Brest, j’ai eu des contacts en Ecosse. Mais mon ambition était de rester à Brest car mon rêve était de jouer pour Brest tant que je pouvais. Mais découvrir du pays, c’est super. C’est une bonne surprise au niveau de la mentalité. Ainsi, lors de mon passage en Corse, j’ai découvert des personnes très chaleureuses. Le terrain, ça vaut plus que les dires.

TLMSF: Puisque tu reviens sur la Corse, peux-tu nous raconter l’atmosphère des derbies contre l’AS Furiani-Agliani ?

JL: Ce sont deux villes collées. Lors du match aller, à Furiani, il y avait une atmosphère un peu sanguine mais ça n’intimidait pas, ça ne sortait pas du contexte du foot. Il y avait de l’intensité sur le terrain. Le match qui m’a le plus marqué, c’était en Coupe de France face à l’A.S. de la Casinca : on s’est fait lancer des pétards dans les vestiaires. Il y avait des fumigènes. Fallait rester droit dans ses bottes !

TLMSF: On passe de la Corse à l’Ecosse. Queen’s Park est un club très particulier. Est-ce que ça a joué pour toi à l’heure de ton choix ?

JL: Au début, j’étais super emballé. Quand j’ai vu les infrastructures, ça m’en a mis plein les yeux. Ensuite, je suis redescendu sur Terre. J’ai eu d’autres contacts avec d’autres clubs mais Queen’s Park est toujours resté dans un coin de ma tête. Mark Roberts a envoyé un message, on a discuté et je me suis dit : « Vas-y ! ». J’ai fait un entraînement à l’issue duquel il m’a dit qu’il me prenait. Depuis, je joue tous les matches. Je ne suis pas au coin de la rue de chez papa et maman. J’avais besoin d’être avec des personnes positives, des bonnes ondes, qui croient en moi. J’ai eu un bon feeling en face-à-face avec Mark. Il m’a bien dit que c’était à moi de faire le boulot.

TLMSF: Tu as déjà été élu Homme du Match et les fans semblent très satisfaits de tes débuts. Cela te fait plaisir non ?

JL: Les critiques positives font plaisir. J’essaie de rester terre-à-terre puisque dans le foot, on est jugés à la semaine. Le football britannique, ça va encore plus vite que le foot français dans les deux sens.Cela peut vite devenir compliqué si on enchaîne deux ou trois mauvaises performances. Pour
l’instant, tout ce que j’ai fait, c’est positif. Maintenant, il faut que je pense à la suite. La critique est facile dans les deux sens.

TLMSF: Queen’s Park est réputé pour sortir de nombreux joueurs, à l’image d’Andy Robertson. Est-ce que tu penses que toi aussi tu peux profiter de l’exposition des Spiders pour attirer des clubs des divisions supérieures ?

JL: Contrairement au foot anglais où, dans les petites divisions, le marché des transferts est ouvert toute l’année, le foot écossais est comme le foot français pour les périodes de mercato : il y en a tous les six mois. Quand je suis arrivé en D4 écossaise, une division semi-pro, dans un club amateur, je me doutais bien que c’était une équipe regardée par d’autres. Pour l’instant, mon objectif est de performer et j’aimerais jouer en League One (D3 écossaise) l’année prochaine, si l’opportunité se présente.

Si je suis venu en Ecosse, c’est pour le challenge sportif. Le foot actuel, même si dire ça à mon âge (24 ans) ça peut sembler un peu bête, c’est plus comme avant : les joueurs restaient fidèles à leur club. Moi, je reste attaché aux clubs dans lesquels je suis passé. J’aurais voulu rester fidèle à un club mais la tendance pour les joueurs de mon niveau qui veulent rester dans le football, dans leur passion, c’est fait d’opportunités. Là, mon opportunité, je suis content de la vivre parce que tout le monde n’a pas cette chance de jouer pour une équipe telle que Queen’s Park. En France, il n’est peut-être connu mais je m’en fiche. L’important, c’est mon expérience, comment il est perçu en Ecosse.

TLMSF: Qu’est-ce que ça fait de jouer à Hampden Park, un stade de plus de 50 000 places, devant 500 personnes ?

JL: Lors de ma première semaine à Queen’s Park, on a joué à Stirling, un stade d’une capacité de 4000 places environ et il y avait 1000 personnes à tout casser. J’ai bien aimé parce que c’était vivant et 1000 personnes en Angleterre et en Ecosse, par rapport à 1000 personnes en France, ça n’a rien à voir. C’est un public actif.
Pour revenir à Hampden, c’est vrai que ça m’a fait bizarre de voir le stade vide. L’échauffement était un peu creux. On était plusieurs joueurs à jouer pour la première fois à Hampden, on avait du mal à s’imprégner du contexte, de la largeur du terrain. Je n’ai même pas mis un oeil en tribune lors de la première mi-temps. En seconde période, quand on a commencé à se libérer, j’ai senti que le public commençait à pousser. Quand on a marqué ou quand j’ai fait une frappe qui a failli rentrer, on sent les émotions, ça résonne.

TLMSF: La fédération écossaise et Queen’s Park négocient un accord pour qu’Hampden Park tombe dans le giron de la Scottish Football Association, ce qui devrait normalement pousser les Spiders hors de ce stade. Ce serait triste pour toi de ne plus pouvoir y jouer ?

JL: Je serais déçu parce que je préfère jouer dans un stade de 52 000 places plutôt que devant des gradins de 300 personnes. Le terrain c’est une galette, en herbe. Il n’y a pas photo.

TLMSF: Avec Bastia-Borgo, tu évoluais dans une poule à 16 équipes. Maintenant, tu es dans un championnat à 10 équipes où tu joues quatre fois chaque club. Est-ce un gros changement pour toi ?

JL: En France, avec les poules de 16, on a le temps de se souvenir des joueurs principaux de chaque équipe. Là, avec 10 équipes, on va même retenir les visages (rires) ! Pour le moment, je ne vois pas la différence parce qu’on est encore dans la phase aller. Dans mon approche, c’est globalement pareil : c’est un match de foot avec des adversaires. La seule chose qui peut changer, c’est qu’on les connaît un peu mieux au niveau des caractéristiques footballistiques.

TLMSF: Queen’s Park a joué contre Cove Rangers, lors du dernier match. Cove, promu, a gagné 3-0. Comment tu les trouves ?

JL: Cove, c’est une équipe qui a mis les moyens, qui s’est renforcée avec de bons joueurs qui ont évolué en D2, D3. C’est une équipe qui maîtrise son sujet. On a joué dans des conditions très venteuses. On doit mieux faire, nous aussi on a de bons joueurs. On doit rivaliser avec eux. Sur notre première confrontation, ils ont été meilleurs que nous, plus efficaces, plus compacts. On sait qu’ils sont favoris.

TLMSF: Quel est l’objectif des Spiders du coup ?

JL: On sait qu’on a une équipe très jeune, on a moins d’expérience. On est en position d’outsider mais on peut prendre le bon wagon.
J’ai parlé de l’objectif avec les joueurs : je sens qu’ils veulent faire quelque chose. Moi, j’ai envie de jouer les premières places, de faire quelque chose de bien. Ce qui peut pencher en notre défaveur, c’est que, lorsque les équipes viennent à Hampden Park, elles sont très motivées à l’idée de jouer sur un grand terrain et à l’idée de nous battre à Hampden. A l’extérieur et à domicile, on est attendu.

TLMSF: Il ne vous reste plus que le championnat et la Coupe d’Ecosse.

JL: Quand je suis arrivé, mon premier match c’était le dernier de notre poule en Betfred Cup (Coupe de la Ligue, NDLR). On a gagné, j’étais content mais les joueurs m’ont expliqué que c’était terminé pour nous. Il nous reste le Championnat et la Scottish Cup. Entre les trois coupes, c’est la Scottish Cup qui me plaît le plus parce qu’on a la possibilité d’affronter des équipes supérieures, c’est un challenge. Plus on va loin, plus on joue de rencontres, plus il y a de victoires possibles. Pour le mental, c’est bien.


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TLMSF: Tu n’es pas le seul Français à jouer en Ecosse. On a bien évidemment ceux qui sont au Celtic mais on en retrouve aussi dans les autres divisions. Tu as pu échanger avec eux ?

JL: Je sais que Thomas Beaurepaire a aidé Fernandy Mendy à signer pro à Raith Rovers (D3). On s’est ajouté sur les réseaux sociaux mais on n’a pas vraiment parlé pour l’instant. Il y a aussi Emile Ngoy de Brechin (D4) mais on s’est juste croisés sur le terrain. Par contre, j’ai joué contre Odsonne Edouard quand il était au PSG, mais il était peut-être sur le banc, je ne sais plus. En tant que fan de Paris, je suis pas mal les Titis. En Ecosse, il est vraiment adulé. C’est un autre joueur : il s’est transformé. Il a des qualités que je n’avais pas vues en France. Je n’ai pas de contact avec les Français du Celtic mais j’ai l’intention d’aller les voir jouer et peut-être me présenter, pour échanger sur l’Ecosse, sur Glasgow. Mais sinon, pour le moment, je ne suis qu’avec des Ecossais.

L’Ecosse, c’est un pays qui gagne à être connu

TLMSF: Tu peux quand même parler la langue de Molière avec l’un de tes coéquipiers, Jacques Heraghty.

JL: Oui, c’est un gardien dont la mère est Française, originaire de Limoges. Quand il m’a parlé en français, j’ai vraiment cru qu’il était Français, il n’a pas d’accent. Il peut me faire la traduction de ce que je ne comprends pas. Quand c’est une conversation en face-à-face, j’arrive plutôt à comprendre.
Mais les discussions de groupe, avec du bruit derrière, où ça parle un peu vite, avec un accent en plus… (rires) Parfois, je suis en peu perdu. Mais, c’est l’apprentissage. Je me suis amélioré déjà. Je suis en colocation avec un Ecossais, ça me permet d’apprendre tous les jours des nouveaux mots, de nouvelles expressions. Mais ça parle assez vite quand même ! Il y a des mots, j’avais l’impression qu’ils parlaient en yaourt (rires) ! Il s’avère que j’ai écouté une interview de Virgil van Dijk qui disait que lors de ses premières interviews, il recevait de longues questions en anglais et il ne comprenait pas. Mais, je commence à bien comprendre. Mon gros axe de progression, c’est de m’acclimater à la langue lorsqu’on est à plusieurs.

TLMSF: Ton intégration se passe donc bien ?

JL: Ça fait deux mois et demi que je suis parti de la maison. J’avais déjà fait un an ailleurs. C’est vrai que l’été, quand on voit la famille, les amis qui se réunissent, on aurait aimé être là. Mais je sais pourquoi j’ai fait ça.
L’Ecosse, c’est un pays qui gagne à être connu au niveau des paysages. J’aime bien la nature et j’ai la chance d’être à côté du Loch Lomond : j’aime bien aller me balader là-bas. Il y a une atmosphère relaxante. Il y a tout pour être heureux. Après, tu ne vas pas en Ecosse pour avoir 15 jours de soleil (rires) ! Je cherche un boulot à mi-temps pour apprendre encore plus, être actif, me faire des relations et vivre pas comme un moine. Le club m’a mis en contact avec des restaurants. J’avais passé un entretien dans un restaurant français où il n’y avait aucun français d’ailleurs (rires) ! C’est assez compliqué parce que je ne peux pas travailler le samedi, jour de match. Je continue mes recherches. En League Two, la majorité des joueurs travaillent il me semble. A Queen’s Park, c’est différent parce qu’il y a beaucoup de jeunes donc ils font des études. Certains travaillent à mi-temps. Il y a un peu de tout. En Ecosse, on ne te juge pas sur le travail que tu fais mais sur la personne que tu es. Tu n’es pas mis dans une catégorie. Ce n’est pas sur ce que tu as fait avant mais sur ce que tu fais maintenant.

TLMSF: Tu es un étranger en Ecosse. On te sort donc l’inévitable question : le Brexit, ça va t’impacter ?

JL: J’ai prévu le coup : j’ai fait mon passeport. En octobre, il y a un week-end où on n’a pas de matches donc le coach m’a proposé de rentrer en France. Là, il faudra que je présente mon passeport. Bon, la première année, ça devrait être une année de transition où il y aura des largesses. Mais ensuite, ce sera plus strict. Cela peut être un frein, pas que pour moi.
Je me concentre surtout sur le foot. Mais je suis dans un nouveau pays, une nouvelle ville. Si je ne m’intéresse pas à leur culture, c’est que je n’ai pas compris comment fonctionne l’Ecosse. Je m’y intéresse donc. Les Ecossais ont un caractère bien trempé, des idées qu’ils n’ont pas peur d’exposer.
Il y a eu des manifestations à Glasgow. Je ne sais pas où ça va mener toutefois.

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