lun. Sep 16th, 2019

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Mais on le dit quand même

TLMSF interviewe Nathan Rutjes : “Jouer avec cœur et passion”

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Le 27 juin, c’était la rentrée du Roda JC. Le club, dont le nom est l’acronyme de Droit au but (1), vit son premier entraînement, et ce devant 2000 supporteurs qui semblent bien faire fis de l’Euro et des confrontations entre équipes nationales. Après tout les Pays-Bas ne jouent pas la compétition, et puis ici on est au Limbourg, une région à part. Parmi les joueurs, l’un attire l’attention : nuque longue, chaussettes baissée, c’est Nathan Rutjes. Un joueur connu de tous ceux qui suivent l’Eredivisie et dont la notoriété vient d’une interview où les téléspectateurs de Studio Sport l’on entendu parler, enjoué, comme à son habitude. « J’ai toujours été le même, le même Nathan. » Rencontre avec un joueur franc et atypique.

Nathan Rutjes, toujours combatif sur le terrain. (Source : Pro Shots)

Pour savoir ce qu’est le Limbourg, il faut s’imaginer le nord de la France, ou bien les régions industrielles autour de Liège en Belgique, après tout, Liège, c’est aussi dans le Limbourg. Région ouvrière et surtout minière, le football y est très populaire et beaucoup de clubs cultes néerlandais sont de là-bas. SV Limburgia qui a remporté le championnat une fois, Fortuna Sittard, l’ancien club de Van Bommel, ou Roda JC donc. Nathan Rutjes ne vient pourtant pas de là. « Je suis né à Charlois (ndr: quartier sud de Rotterdam) et mon père travaillait dans le port. J’ai grandi à Charlois, mes parents devaient toujours travailler dur pour… » Il cherche ses mots. « Pour que tout se passe bien. Puis on a déménagé à Rotterdam Oost quand j’avais sept, huit ans. Je suis passé du sud à l’est. » Un vrai Rotterdamer en sorte, qui a grandi dans le football. Il commence sa phrase et rigole. « C’est assez particulier, mon père était pour Excelsior, il ne jouait pas mais il était supporteur d’Excelsior. Mon grand-père lui, était plus… Il était pour Feyenoord. »

Je me suis vraiment demandé : “Pourquoi ? Moi ?”

Nathan Rutjes commence à jouer au football à Charlois avant de rejoindre Alexandria ’66 où il joue jusqu’à sa majorité. « J’ai toujours joué dans un club amateur et vraiment, jamais je n’aurais imaginé un jour être professionnel, je n’avais pas cette idée en tête. J’avais mon job, je jouais avec mes amis dans l’équipe du coin, c’était un peu un choc quand j’avais 18 ans et que le Sparta m’a appelé. Tu sais je me suis dit : “C’est une blague ?” » Il commence à rigoler avant de poursuivre « Je me suis dit, je me suis vraiment demandé : “Pourquoi ? Moi ?” Mais ça s’est fait et les choses se sont bien passées, alors je suis content qu’ils aient appelé. »

À cette époque pourtant, Sparta n’est pas le seul club à l’appeler. « Quand un club t’appelle, il y en a toujours d’autres qui se disent : “Oh zut on a raté quelque chose ?” du coup ils t’appellent aussi. ADO m’a appelé, et… Utrecht aussi, je crois. Mais pour moi le choix était facile. » Comment son grand-père qui supportait le club rival a réagi ? « Il savait qu’ils me voulaient mais quand on m’a contacté c’est la période où mon grand-père est décédé, malheureusement… Je pense qu’il aurait été très fier, s’il avait juste su que je serai professionnel, que ça soit à Excelsior ou autre part, il aurait été très fier. »

Nathan Rutjes commence alors sa carrière de footballeur professionnel dans l’un des plus vieux clubs du pays, ce qu’il trouve gratifiant. « Sparta… Sparta c’est mon cœur. Je n’aurais jamais imaginé quitter ce club, mais parfois les choses sont comme elles sont, et finalement partir ça a été positif, ça m’a permis de prendre mon envol. C’était positif parce que moi, je suis né à Rotterdam, je faisais tout à Rotterdam, je sortais jamais de Rotterdam. Et je pars pour un autre club, et tu vois des choses différentes, tu goûtes à un autre univers, tu vois comment d’autres personnes sont dans le vestiaire. Mais la période où j’étais là-bas c’était super, j’aime Sparta, vraiment. Je garde toujours en tête qu’ils m’ont donné la possibilité de devenir professionnel et je respecte vraiment ça. J’ai joué plusieurs super matchs, on a battu l’Ajax une fois 4-0, gagné des derbys face à Feyenoord, 3-2, 2-1, 1-0… C’était… Pour moi c’était le “time of my life”. »

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Crédits: ANP

Des souvenirs qui touchent particulièrement Nathan Rutjes, pour ce qu’il est : un Rotterdamer. « Je suis un mec de Rotterdam et quand j’étais petit on jouait face aux équipes de jeunes de Feyenoord et leurs terrains sont à côté du Kuip. Mes parents m’emmenaient en voiture et on voyait le stade de l’autre côté de la route. J’ai eu la chair-de-poule la première fois que j’étais dans le couloir des vestiaires avant Feyenoord-Sparta, pour un mec de Rotterdam c’était incroyable… Parce que là dans le stade il y a presque 50 000 personnes, plein de famille, beaucoup d’amis. Cette année Feyenoord avait pleins de bons joueurs : Makaay, van Bronckhorst, Nuri Sahin… Et j’étais à côté d’eux, dans le couloir et pffff. Ouais, je faisais juste “Pffff !” Rien que d’en reparler là je sens mon cœur battre fort à nouveau… En tant que Rotterdamer, jouer avec Sparta, à De Kuip, c’était magnifique. »

Si j’avais été Messi, on ne m’aurait pas laissé partir !

Mais tout ça, Nathan Rutjes le doit à de la chance, en tout cas c’est ce qu’il trouve, il dit même qu’il a comme gagné au loto. « On pourrait comparer Rotterdam à Liège et ce genre de villes où les gens ne gagnent pas beaucoup d’argent, où les enfants restent jusqu’à minuit dehors, il se passe beaucoup de choses à Rotterdam. Tout le monde veut être footballeur et je suis content qu’il y ait 3 clubs, du coup tu as plus de chance de devenir pro qu’au Limbourg où je suis actuellement par exemple. »

Le Limbourg, une province qu’il rejoint lorsqu’il quitte Sparta pour MVV, le club de Maastricht. « Quand je suis allé à MVV, l’entraîneur à l’époque était René Trost, on a été en contact et comme mon contrat à Sparta finissait dans un an, je suis allé voir le président du club et je lui ai dit : “J’ai envie de partir, ça a été une super période mais…” et il m’a dit : “Non c’est bon Nathan, tu as fait des super trucs pour nous, si tu veux partir on t’en empêche pas.” Mais tu sais… Si j’avais été Messi, on ne m’aurait pas laissé partir ! » Nathan Rutjes rit.

Sa période à Maastricht est l’occasion de faire une rencontre décisive dans sa carrière, celle de son nouvel entraîneur, René Trost. « Il était… Franchement, c’est une des meilleures personnes que j’ai rencontré de toute ma vie. Tu as beaucoup d’entraîneur dans ta carrière mais lui en tant qu’humain… Il pourrait être mon père. La façon dont il nous parlait, ce qu’il nous transmettait… On jouait en deuxième division, et on avait l’un des budgets les plus faibles de tout le championnat. En janvier, on était premier sans avoir perdu un seul match. Le club a ensuite été en faillite, on a perdu beaucoup de points, c’était dur à vivre pour nous. On a quand même fini 4ème cette année je crois (ndlr: 5ème en fait), on a joué les play-offs. C’était une super année. » Mais la rencontre avec René Trost l’emmène vers une autre destination, Roda JC.

Roda JC descend en 2013/14 et le choix d’un nouvel entraîneur se porte vers Trost qui a joué toute sa carrière à Roda JC, en dehors d’une petite saison à VVV Venlo. René Trost pose une condition pour venir entraîner le club, emmener dans ses bagages Tom van Hyfte et Nathan Rutjes. Un départ qui ne s’est pas fait sans heurt. « Ce qui s’est passé c’est que j’étais encore sous contrat avec MVV, et ouais… Ils ne voulaient pas me laisser partir à Roda JC dans un premier temps évidemment, puis ils ont trouvé un terrain d’entente avec le président de Roda, et j’ai signé au club. Mais MVV et Roda n’ont pas de très bonnes relations et les gens sont toujours un peu énervés de mon transfert, mais c’est le football… Aucun problème. »

Roda JC réussit à remonter lors d’une saison qui verra Nathan Rutjes jouer 26 matchs. La saison dernière pour le retour en Eredivisie, on le cantonne à un rôle de remplacent, ce qui ne le dérange pas tant que ça. « J’ai joué avec Sparta à ce niveau, je sais ce qu’on demande, ce que ça fait. À Roda, je profite de chaque minute, chaque seconde. »

À Roda, je profite de chaque minute, chaque seconde.

C’est à l’issue d’une interview post-match réalisée par NOS en janvier dernier que les Pays-Bas s’enflamment à son sujet. Il passe en trending topic sur Twitter. Tout le monde est impressionné par sa bonne humeur et son positivisme. « C’était un peu irréel pour moi. Toute ma vie, j’ai toujours agi de la même façon, je suis toujours la même personne. J’ai toujours donné des interviews, toujours enthousiaste, et celui-ci a obtenu tellement d’attention. Je me suis dit : “Mais pourquoi ? J’ai 32 ans, toute ma vie j’ai fait des interviews comme ça.” »

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Crédits : NOS

« Je ne sais vraiment pas ce qu’il s’est passé. Mais d’un côté, dans le monde du football, beaucoup de joueurs ont des genre de media training, et je m’en fiche des media training. Je dis juste ce que je pense, et comme je suis de nature plutôt positive, je ne vais pas aller critiquer mes coéquipiers, mon entraîneur ou mon club. C’est pour ça que je peux parler librement, et je pense que ce qui peut plaire c’est que des gens s’identifient. Je suis tellement content de pouvoir jouer en tant que professionnel, et je suis normal, les gens aiment les gens normaux. Les gens qui ont les deux pieds sur terre. C’est ce que beaucoup de gens m’ont dit aux Pays-Bas, à Amsterdam ou à Groningue, il y a des gens qui viennent me voir et qui me disaient : “Hé l’interview !”. C’était juste normal, les supporteurs aiment les gens qui agissent normalement. On [les footballeurs] est juste comme tout le monde. On a un super boulot mais on est pas mieux que quelqu’un d’autre, pas moins bien que quelqu’un d’autre. »

Kijk, je ne marque jamais, du coup si je marque une fois, je vais peut-être regarder le but 20 fois à nouveau.

Nathan Rutjes se confie ensuite, il sait que beaucoup d’argent circule dans le football mais trouve dommage qu’on accuse les footballeurs d’être des nantis quand beaucoup touchent peu, surtout dans les niveaux inférieurs. Il aborde ensuite son rapport au football. « Ma vie c’est le football. Il faut savoir relativiser, je suis ambitieux dans ce que je fais, j’adore le football, ce boulot, mais je ne vais pas oublier ce qu’il y a autour de moi. Il y a des trucs plus important que le football, j’essaie de ne jamais me couper des gens, d’être là pour eux. » Nathan Rutjes suit le football de façon sporadique car « 100 % de football dans la vie ça rend fou. »

Consciencieux, il met toute son énergie dedans mais essaie de garder du temps pour décompresser. « Il faut garder du temps pour les gens autour de toi. Je regarde un peu moins de football maintenant. Évidemment, l’Euro je regarde, pas trop de matchs en entier par contre. Quand il y a la Ligue des Champions aussi… Quand j’étais plus jeune j’aimais beaucoup le Bayern Munich, l’ancienne équipe avec Makaay, les joueurs allemands… J’ai toujours de l’affection pour eux. Je suis plus branché football anglais mais pas la première division ! Plus la seconde, troisième, plus quand ils envoient le ballon vers l’avant et qu’ils courent derrière. Pour moi ça ne doit pas toujours être le football le plus propre, il faut jouer avec son cœur, jouer avec de la passion c’est toujours la plus belle façon de jouer. Évidemment quand le Barça dominait le football, c’était presque de l’art, c’était Mona Lisa mais… J’aime la passion. » À un moment, il se confie, légèrement gêné. « Kijk, je ne marque jamais, du coup si je marque une fois, je vais peut-être regarder le but 20 fois à nouveau. » Il rit, encore.

Pour le moment, Nathan Rutjes se sent bien à Roda JC. « J’aime ce club, la tradition du club veut qu’ils aient des joueurs qui jouent et travaillent dur. Traditionnellement c’est un club de mineurs, et la mentalité du club y est très liée. J’ai le bon background pour ce club : à Rotterdam c’est les ouvriers du port, ici les mineurs. C’est un grand club, tu as 18 000 personnes à chaque match, pour le football néerlandais c’est beaucoup. » Un club qui lui convient et où il se verrait bien rester une fois qu’il aura raccroché les crampons. « L’année dernière mon contrat expirait, ils m’ont dit : “On ne veut pas que tu partes Nathan” et ils m’ont donné un sorte de contrat à durée indéterminée, en gros chaque année on verra ensemble si je me sens de continuer à jouer la saison suivante. À côté, je commence à entraîner les équipes de jeunes du club et quand j’arrêterai de jouer je passerai le diplôme d’entraîneur UEFA A. J’ai dit au club que je voulais le passer mais pour le moment c’est trop lourd à passer en étant joueur. »

Pour finir, le sujet de sa coupe de cheveux assez atypique est naturellement abordé, Nathan Rutjes ne s’arrête pas de rire, il conçoit qu’elle ressemble à celle des personnages de New Kids, une série néerlandaise humoristique sur des jeunes paumés du Brabant, mais il tient à préciser qu’il avait déjà cette coupe avant. « Je t’assure, je l’ai faite avant. J’ai toujours eu cette coupe toute ma vie. C’est ma mère qui m’a fait cette coupe de cheveux, je rase un peu sur les côtés, je laisse un peu long derrière… Ah… Il y a beaucoup de gens qui disent : “C’est quoi son problème à ce mec ?” et c’est pas un souci pour moi, tout le monde me reconnaît avec cette coupe, et je l’aime, et tu sais, je suis un peu spécial. Si les gens disent que c’est moche… Je viens de Rotterdam, si les gens disent qu’il faut pas, je m’en fous. Je vais le faire. Pour choquer un peu. »

Note :
(1) Roda est l’accronyme de Recht Op Doel Af, littéralement Droit au but. (Retour au texte)

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