jeu. Déc 12th, 2019

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Mais on le dit quand même

TLMSF interviewe Patrick Guillou, consultant Bundesliga pour beIN SPORTS

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Aujourd’hui pour Tout le Monde S’en Foot, un invité de poids nous fait l’honneur de répondre aux questions de Fussball Meister, il s’agit de Patrick Guillou, consultant Bundesliga chez beIN SPORTS.

Vous qui êtes né en Allemagne à Villingen (près de Fribourg), pays dans lequel vous avez aussi débuté votre carrière de footballeur, et qui avez longtemps joué en France (Saint Etienne, Red star, Sochaux, Rennes…)

De quel football vous sentez vous le plus proche ?

J’ai grandi en Allemagne, les retransmissions de matchs que je pouvais voir étaient sur la télé Allemande, que ce soit le Sportschau (célèbre émission allemande de football) ou les émissions de sport régionales. J’ai cette double culture, mais quand t’arrives pour la première fois en France à 23 ans, c’est sûr que tu te sens plus proche du football Allemand. Et du fait que j’ai baigné là-dedans étant jeune, je n’ai aucun mal lorsque je commente des matchs pour reconnaître les dirigeants de clubs Allemands qui sont pour la plupart d’anciens joueurs.

Après votre carrière de footballeur, vous avez été entraîneur adjoint (passé par Bordeaux, et à Wolfsburg). Pensez-vous pouvoir revenir un jour sur un banc de touche ?

La volonté de refaire partie d’un staff existe mais elle ne se fera pas à n’importe quel prix. Mes anciennes collaborations que ce soit avec Valérien Ismaël ou Willy Sagnol, c’étaient des entraîneurs qui me connaissaient en tant qu’homme. Et quand on construit un staff, il y a deux mots importants qu’il faut avoir en tête, c’est la fidélité et la loyauté.

Et pour les opportunités, il y en a eu. Mais je n’ai pas voulu les saisir parce que ce n’était pas le bon timing. Et je ne suis absolument pas dans la position d‘attendre qu’un staff se fasse virer pour prendre sa place derrière.

Votre passage à Wolfsburg (entraîneur adjoint de Valérien Ismaël) ne s’est pas terminé de la meilleure des manières, avec le recul, avez-vous des regrets sur cette aventure ?

Je ne peux pas avoir de regrets, quand un club comme Wolfsburg vous appelle pour faire partie du staff, surtout avec un club qui fait partie du TOP 5 Allemand, tu ne te poses pas de questions et tu y vas. D’autant plus quand la personne qui te demande, a confiance en toi.

Après il y a des choses qui ont fait qu’on n’a pas pu réussir comme on le souhaitait, comme on l’avait imaginé. Un entraîneur et son staff sont dépendants des résultats, et de la manière dont les joueurs adhèrent au projet que tu leur offres. Et puis, il y a eu des concours de circonstances, des matchs qui ont été perdus de manière difficile. Le seul regret que je peux avoir, c’est de ne pas avoir goûté plus longtemps à cette belle histoire avec Wolfsburg

D’ailleurs, tout récemment, le VfL réalisait de très belles performances en Bundesliga et en Ligue des Champions, mais tout cela s’est brutalement arrêté. Comment analysez-vous ce « déclin » rapide du club ?

Wolfsburg possédait des joueurs capables de faire la différence, et d’aller au bout. Et le plus difficile dans le football de haut niveau, c’est de rester au sommet, d’atteindre chaque week-end les performances qu’on attend d’une équipe de ton niveau.

Mais il y a eu ensuite des joueurs de plus en plus vieillissants, puis la gestion des contrats après les titres remportés a aussi joué, et surtout quand tu joues à 60% de tes capacités, même si tu as remporté des titres, et bien cela ne pardonne pas en Bundesliga, et tu deviens une équipe moyenne. Cela a été difficile pour le VfL de se sortir de cette situation post-titres pour tout un tas de raisons, que ce soit la cascade de blessures qu’a connu le club, mais aussi les nombreux entraîneurs qui se sont succédés, et les changements de directeur sportif.

Dorénavant le défi pour le club et de remotiver le groupe, d’injecter du sang neuf. Mais ils sont maintenant 6e au classement, et semblent avoir retrouvé la première moitié du classement, et on va voir comment cela va se dérouler pour la seconde partie de saison.

Quel a été la plus grande difficulté à laquelle vous avez fait face en tant que membre de staff ? Et à l’inverse, la plus grande satisfaction ?

La difficulté a été au niveau de la mentalité des joueurs, c’est de connaître les nouveaux moyens de fonctionnement d’une génération qui est beaucoup plus impatiente, beaucoup plus connectée. Qui ne comprend pas forcément que pour jouer à 100% le samedi, il faut être performant à l’entraînement la semaine, et aussi dans l’investissement personnel (le sommeil, la nutrition, la récupération).

Et pour la satisfaction, je préfère retenir des joueurs qui m’ont marqués dans ce que j’ai cité précédemment comme Debuchy, Khazri qui ont le souci du détail.

Vous ne pensez pas qu’il y ait un fossé de génération entre l’ancienne qui n’a pas connu les réseaux sociaux, et la nouvelle qui est en plein dedans ?

C’est un débat qui fait perdre énormément de temps et d’énergie en tant que membre de staff, ça fait maintenant partie de l’environnement du football professionnel. J’ai appris avec le recul qu’il ne faut pas se focaliser sur les choses où tu ne peux pas avoir d’influence.

Mais il ne faut pas non plus faire les vieux réacs avec le genre de discours où c’était mieux avant, il faut savoir vivre avec son temps, les réseaux sociaux sont aussi des moyens de communication qui peuvent être utiles quand ils sont bien gérés, mais malheureusement qui sont aussi dévastateurs quand ils ne sont pas utilisés correctement.

Vous avez été consultant Bundesliga pour beaucoup de chaînes sportives. Qu’est-ce qui vous a attiré vers le métier de consultant ?

Je ne m’orientais pas vers le fait d’être consultant à la base. J’avais été joueur de Jean-Guy Wallemme quand il entraînait à Rouen. Après s’être fait écarté, il est devenu consultant, et il commentait des matchs Allemands, puis il a eu l’opportunité de signer en Belgique. Et avant de quitter son poste de consultant, il m’a proposé aux équipes pour que je puisse devenir consultant à mon tour.

J’ai accepté l’opportunité, bien que je n’aie pas les codes, l’habitude. Il me fallait apprendre les codes de la télé, bien que le fait d’avoir été joueur m’ait aidé pour comprendre ce qu’il se passait sur la pelouse. Et au fur et à mesure, j’ai appris à commenter de manière différente mes matchs.

Puis en ayant travaillé dans un staff, cela m’a permis de voir des choses qu’un autre commentateur ne pourra pas forcément voir, puisqu’avec cette expérience, j’ai pu avoir une vision totalement différente de ce que je voyais en match, ou entendait en conférence de presse.

Et j’essaie aussi du coup, de mettre en avant à chaque fois que je le peux, le travail des entraîneurs. Mais je ne suis pas un consultant qui aime la polémique, qui aime être dans le buzz, j’espère être un consultant qui fait bien son travail avec objectivité.

Le duo que vous formez avec Jean-Charles Sabattier a été souvent remarqué positivement par la communauté du football germanique. Comment expliquez-vous que la mayonnaise prenne aussi bien ?

On a un passé commun, les premiers matchs que j’ai commenté, c’était avec Jean-Charles. Il a d’ailleurs la même culture que moi, il a grandi en Allemagne en tant qu’expatrié, on a des racines communes. Cela va être la 14ème saison qu’on commente ensemble. Jean-Charles m’a tout appris sur le métier de consultant, il a un niveau d’exigence tel qu’il fallait que je hausse aussi le mien pour que le fossé entre le consultant et le commentateur ne soit pas conséquent.

Patrick Guillou et Jean-Charles Sabattier - Die Bulischau, beIN SPORTS
Patrick Guillou et Jean-Charles Sabattier dans l’émission Die Bulischau – Crédit : PANORAMIC

Il m’a aussi donné une multitude de conseils, il est capable d’être très dur quand je ne suis pas à son niveau sur certaines choses, mais toujours dans une volonté de critique constructive pour qu’on soit performant à l’antenne. On a bossé depuis tellement d’années ensemble qu’on se connaît vraiment bien aujourd’hui, on est devenu amis avec le temps. Je dirais qu’on a travaillé à l’allemande avec exigence et professionnalisme.

Cela nous arrive encore aujourd’hui de nous chiffonner, mais encore une fois, ce n’est pas Jean-Charles Sabattier et Patrick Guillou qui se chiffonnent, mais le journaliste et son consultant de manière purement professionnelle. Et derrière, on a le recul et l’intelligence nécessaire pour différencier le côté affectif et professionnelle de la chose.

Comment expliquer ce déficit médiatique dont souffre le football Allemand comparé à ses voisins anglais, espagnols, et italiens en France ?

Moi, je ne le perçois pas comme ça, parce que les gens qui nous suivent sont des gens passionnés par le football Allemand, on a de très bons retours. Historiquement, les meilleurs joueurs Français ont joué d’abord en Italie (années 80-90), l’Espagne ensuite, puis l’Angleterre avec sa puissance financière. Ce sont des championnats où les stars mondiales ont plus facilement envie de venir.

En Bundesliga, il y avait le Bayern Munich et les autres. Mais les choses sont en train de changer, le Bayern est capable de recruter des joueurs de classe mondiale, tout comme est en train de le faire le Borussia Dortmund. Jean-Charles a œuvré depuis plus de 20-30 ans pour promouvoir le football Allemand, il incarne à lui-seul le football Allemand en France.

On essaie vraiment de faire partager le football qu’on aime. Et aujourd’hui, avec les 25 Français qui jouent en Bundesliga, on peut avoir un nouveau regard sur le football Allemand.

Quelle est selon vous, la principale différence entre le football Français et le football Allemand ?

La principale différence est culturelle, on a des stades pleins où les gens se déplacent en famille. C’est l’événement intergénérationnel du week-end. On passe un bon moment avec une saucisse et une boisson pour 6 euros, devant un super spectacle.

C’est cette culture foot qu’on a dans très peu de clubs en France, et qu’on a en Allemagne. Quand on voit que les clubs sont capables de déplacer entre 5000 et 8000 supporters pour des matchs à l’extérieur. Tu te dis « chapeau bas », ils aiment leur club.

Quelle qualité le football Allemand devrait tirer du football Français, et à l’inverse quelle qualité le football Français devrait tirer du football germanique ?

Je pense que l’Allemagne pourrait beaucoup apprendre de la formation Française, et la France devrait et doit s’inspirer de la culture foot, et du développement des structures qu’il y a en Allemagne.

Je pense que les Allemands essaient toujours de voir le football à N+1, N+2. Par exemple, être capable de monter un centre de formation à 30 millions d’euros, ou comme au Werder Brême, à Dortmund d’acheter une machine d’entraînement à 3 millions d’euros. Là où en France, on va plus privilégier l’aspect joueur, salarial. En Allemagne, ils ont ce temps d’avance au niveau structurel.

Beaucoup de choses ont été faites en France, mais on peut encore pousser le curseur plus loin.

La Coupe du Monde 2018 a été une énorme déception en Allemagne avec cette élimination dès la phase de groupe. Comment expliquez-vous cet échec ?

Il y avait eu des signes de cette débâcle, notamment avec   la difficulté qu’avait la Mannschaft à s’imposer face aux grandes nations (France, Italie, Angleterre), il y a eu beaucoup de matchs nuls, de défaites.

Il y a eu une victoire à l’arrachée contre l’Arabie Saoudite, et encore si le buteur saoudien ne manque pas l’immanquable en fin de match, l’Allemagne ne remporte pas ce match. Et après, ils ont pensé élever leur niveau au moment de la compétition, mais il y a dans ce groupe, des joueurs qui ont tout gagné, qui ont connu le très haut niveau pendant des années, le niveau d’exigence en club est tellement élevé qu’ils sont arrivés en fin de saison pour la Coupe du Monde totalement lessivés.

Et derrière tu perds contre le Mexique, tu as un sursaut d’orgueil contre la Suède avant de perdre contre la Corée du Sud. Et tu te retrouves à la maison parce que tu avais des joueurs qui n’avaient plus faim, une division dans le groupe était aussi présente entre les Champions du Monde 2014 et les vainqueurs de la Coupe des Confédérations en 2017, des joueurs aussi n’étaient pas à 100% de leurs capacités.

On a pensé une nouvelle fois que le football de possession allait permettre de décanter la situation, mais à partir du moment où tu ne concrétises pas les actions que tu as, et quand tu n’arrives pas à changer de rythme au cours du match, derrière ça devient beaucoup plus compliqué avec un retour à la maison prématuré qui n’était jamais arrivé dans toute l’histoire de la compétition.

Le Borussia Dortmund réalise un début de saison formidable sous les ordres de Lucien Favre, pensez-vous qu’ils seront capables de maintenir ce rythme jusqu’à la fin de saison ?

Cela va donner de l’intérêt pour savoir si le Borussia peut tenir jusqu’au bout. En tout cas, ce sera un vrai challenge pour Lucien Favre, mais il faut souligner leur excellente première partie de saison, avec à sa tête l’entraîneur suisse. Sur la phase retour, il va falloir être exigeant, car si on observe bien, il y a eu beaucoup de matchs remportés par un but d’écart, ça a été un peu plus poussif au mois de novembre-décembre, tout simplement car l’accumulation des matchs s’est fait sentir, et le nombre de blessés à commencer à croitre.

Il faudra donc gérer le retour des blessés, la volonté de départ au mercato hivernal de certains joueurs, et on aura tout de suite un élément de réponse dès la première journée de championnat (Leipzig – Dortmund, samedi 19 janvier). L’intérêt du championnat est quoiqu’il en soit relancé, et il faudra avoir un œil sur les performances du BVB.

On remercie encore chaleureusement Patrick Guillou qui a gentiment accepté notre interview, mais aussi beIN SPORTS sans qui rien de tout cela n’aurait été possible. On vous rappelle que la Bundesliga est à suivre  sur les antennes de beIN SPORTS.

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