dim. Sep 22nd, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

TLMSF interviewe Sai Van Wermeskerken (FC Dordrecht), entre Japon et Pays-Bas

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Lorsque Makoto Teguramori, le sélectionneur de la sélection espoir du Japon, a annoncé au mois de Mars qu’il sélectionnait un certain Sai Van Wermeskerken au poste d’arrière latéral, tout le monde s’est posé la question : « Mais qui est-ce? ».

Notre ami s’est fait discret lors de sa jeune carrière mais il n’a jamais ménagé ses efforts. Ayant la double nationalité grâce à ses parents (père néerlandais et mère japonaise) il a fait ses gammes entre le pays du soleil levant et celui des tulipes. Il a donc quitté l’ombre pour se faire une place dans la lumière des projecteurs, l’occasion pour nous de vous le présenter. Rencontre avec le jeune joueur du FC Dordrecht.

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Sai Van Wermeskerken lors de son premier but en pro, le 27 Novembre dernier face au PSV II.

Bonjour Sai et merci de nous accorder un peu de ton temps ! Pour nos lecteurs qui te découvrent, peux-tu présenter brièvement tes qualités de joueur ?

Mon poste de prédilection est arrière droit, même si mon entraîneur aime me faire jouer un peu partout (rires). Mes qualités premières ce sont mon état d’esprit compétiteur et mon côté travailleur acharné. Je suis un joueur rapide et qui sait bien occuper tout son couloir !

Ça te va si on t’appellera juste Sai pour encore quelques temps ? Ton nom de famille est d’ailleurs un vrai cauchemar pour les commentateurs japonais !

Oui ce n’est pas un problème ! Et je comprends bien que les commentateurs japonais ne soient pas très content de mon nom, ici aux Pays-Bas c’est forcement plus simple ! Sinon mon prénom, Sai, peut se traduire entre autres par « homme du monde ».

Ce qui te va bien puisque tu as vécu toute ta vie entre deux pays, tu peux nous en dire plus là-dessus ?

Je suis né à Maastricht en Juin 1994. Quand j’avais alors deux ans ma famille est retournée vivre au Japon, dans la préfecture de Yamanashi. J’y ai vécu seize ans, jusqu’à mes 18 ans et mon diplôme de lycéen. Après ça je suis allé aux Pays-bas pour le football !

Je suppose que tu te sens donc plus japonais que néerlandais non ? Ou alors ça reste du 50/50 ?

Oui je me sentais complètement japonais jusqu’à ce que je retourne aux Pays-Bas, mais depuis trois ans que je suis ici je me sens maintenant de plus en plus hollandais. Je ne saurais pas dire là si j’ai atteint les 50% ! Après il y a souvent des « chocs » culturels. Par exemple lorsque je salue le public après les matchs en m’inclinant pour leur montrer mon respect. C’est quelque chose de typiquement japonais et de normal là-bas, mais ça parait plus qu’étrange pour les néerlandais, ce n’est pas dans leur culture ! D’ailleurs, les fans me surnomment Sushi ou SamuSai pour la petite histoire ! Certains sont devenus des amis. Les fans, et le club en général, sont vraiment chaleureux ici. C’est juste que les européens montrent leur respect de manière différente, mais je préfère la façon japonaise de le faire.

Tu as appris le foot au Japon jusqu’à tes 18 ans, notamment en équipes de jeunes au Ventforet Kofu, sur quoi insistent le plus les éducateurs japonais ?

A Kofu les principales choses que l’on nous enseignait était de toujours travailler dur quoi qu’il arrive, les exercices étaient avant tout axés sur le jeu de passes et les courses. En Europe c’est plus physique et plus axé sur la tactique, mais au Japon c’est avant tout basé sur la technique et la vitesse.

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Le Japon garde un oeil sur Sai, comme ici lors de la signature de son premier contrat pro à Dordrecht.

On critique parfois le jeu nippon pour son manque de physique justement, penses-tu que ça peut être amélioré et comment ?

Je suis d’accord, en général les équipes japonaises ont un cruel manque de joueurs physiques, de puissance. D’ailleurs c’est une grande partie du travail que font les joueurs japonais lors de leur première saison quand ils arrivent en Europe. Moi par exemple j’ai pris 4 kilos de plus depuis que je suis arrivé à Dordrecht.

Penses-tu que l’Europe est une étape vraiment obligée pour la progression d’un joueur japonais ?

Oui, mais peut être pas à 100%. C’est clair que tu t’améliores dans tous les domaines en jouant en Europe. Il y a plein d’exemples que je pourrais évoquer, et c’est bien pour ça que j’y suis allé.

Aller aux Pays-Bas c’était pour t’améliorer en tant que footballeur donc, mais il y aussi un peu de ton histoire personnelle derrière ce choix non ?

En effet, même si c’est avant tout parce que j’avais le talent pour y faire quelque chose. Le fait d’avoir la doublé nationalité japonaise et hollandaise m’a beaucoup aidé aussi par rapport aux autres joueurs de mon âge alors. C’était plus facile pour moi d’avoir accès à l’Europe. Je sentais que c’était vraiment une opportunité unique pour moi de venir ici à mes 18 ans, le genre de possibilités qui n’arrivent qu’une fois dans une vie. Et puis ma famille a fait le voyage avec moi et ça aussi c’est une vraie chance pour moi !

C’était le bon moment pour foncer clairement. Comment es-tu arrivé au FC Dordrecht ?

En partie parce que je connaissais bien le responsable des équipes de jeunes du club. J’avais envoyé beaucoup de mails et de DVDs à beaucoup de clubs néerlandais avant de partir du Japon. J’ai eu des réponses intéressées d’autre clubs mais je sentais que c’était comme un clin d’œil au destin d’aller à Dordrecht parce que j’y avais passé quelques jours quand j’avais 12 ans. A l’époque on était venu 15 jours en vacances avec ma famille et j’avais fait des entraînements avec eux. Le coach d’alors se rappelait de moi encore !

Ton intégration s’est passée comment ? Tu parlais bien le hollandais alors ?

Non, loin de là ! Je ne pouvais pas comprendre et parler la langue assez bien alors.

Sai Van Wermeskerken

Ça va faire trois ans que tu y es. Quelles différences vois-tu entre Japon et Pays Bas ?

Le nombre des entraînements est plus élevé et l’intensité est plus importante. La mentalité est différente aussi. Beaucoup travailler c’est quelque chose de plus commun ici, plus habituel. Parfois j’ai l’impression que les entraîneurs japonais travaillent plus fort pour leurs joueurs que leurs joueurs eux-mêmes ! Analyser les adversaires puis décider de la manière de jouer et de le faire passer aux joueurs en vidéo. On le fait aussi à Dordrecht mais c’est plus centré sur nous-mêmes. On travaille plus sur notre propre modèle de jeu au lieu de penser à contrer celui de l’adversaire.

Le coach t’as fait jouer ailier droit ces derniers temps, tu t’y sens à l’aise ? Tu te verrais bien y rester à ce poste ?

J’ai principalement joué à ce poste au Japon pendant près de 10 ans, donc je sais plutôt bien comment faire oui ! Cette saison j’ai aussi joué en numéro 10, en milieu défensif et même un peu en défense centrale. J’ai gagné beaucoup d’expérience avec tout ça et je peux jouer à peu près partout.

Ta polyvalence doit beaucoup plaire à Harry van den Ham, ton coach ! Quel genre d’entraineur est-il d’ailleurs ?

Il me surnomme Dirk Kuyt (rires) ! Si je devais le définir je dirais que c’est un peu comme un professeur, avec des règles strictes et qui croit profondément en sa façon de jouer. Il apprécie beaucoup le jeu offensif, agressif et utilise beaucoup les côtés. Il tente pas mal de choses avec ses joueurs au niveau des postes comme avec moi mais aussi d’autres. Il faut aussi savoir qu’il dirige aussi sa propre société en parallèle et il apporte une vision un peu « entrepreneuriale » à l’équipe. C’est quelqu’un de très populaire à Dordrecht parce qu’il a réalisé un vrai miracle il y a deux ans avec la montée en Eredivisie.

Quand Harry est arrivé au club c’était juste pour dépanner à la base parce que le coach de l’époque, Theo Bos, avait eu un cancer. Comme le club tenait à continuer de le payer malgré son absence au club il n’y avait plus assez d’argent pour un autre entraineur, du coup Harry était payé au minimum. Theo Bos est décédé en 2013, et un an plus tard Harry emmenait l’équipe en première division. C’est un bon exemple de marque de respect à l’européenne.

La saison actuelle est très compliquée (Dordrecht est 16eme, sur 19), comment tu l’expliques ?

L’effectif a énormément changé l’été dernier. Il le fallait après la descente et le fait qu’on a un des plus petits budgets de la Jupiler League (D2 néerlandaise). Le coach de la saison passée (Jan Everse) a quitté le club en tout début de saison et Harry est revenu en tant que coach principal, donc ça a été très compliqué de construire l’équipe cette saison. Et puis on a adaopté un style de jeu très exigeant, avec un gros pressing. Nos adversaires ont plus un style de jeu plus défensif, avec un bloc bas et des contre-attaques et nous ne pouvions pas mettre en place notre jeu. Il y a alors une certaine frustration qui s’installe et ça amène une mauvaise série de résultats. A cause de nos restrictions budgétaires on a pas vraiment de joueurs d’expérience, l’équipe est très très jeune…

Comment vois-tu la suite de ta carrière ? Objectif Eredivisie avec le FC Dordrecht ou as-tu une préférence pour ailleurs ?

Pour le moment je reste dans l’optique de continuer ici. Ça sera encore compliqué, il y a presque toute l’équipe à reconstruire et le budget sera faible.

Il y a d’autres japonais en Eredivisie (Havenaar, Ota), tu les connais un peu ?

Je n’en connais pas d’autres. J’ai été voir un match du Vitesse Arnhem dernièrement, Kosuke Ota avait été très bon et on a pris contact du coup. Mais ce n’est pas comme on peut voir en Allemagne avec les internationaux qui se rencontrent souvent.

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Passons à une étape importante de ta carrière. Tu as été appelé pour la première fois avec les U23 japonais il y a quelques semaines ! Félicitations encore ! T’attendais-tu à cette nouvelle ?

Merci ! J’ai été très surpris bien sur ! Mais j’ai tellement travaillé ces dernières années que je me sentais vraiment heureux, et récompensé.

Peux-tu nous raconter comment ça se passe un camp de l’équipe nationale et comment tu l’as vécu toi ?

Déjà, à cause de grèves de contrôleurs aériens en France, l’avion du reste de l’équipe était bloqué à Francfort. Mais comme je venais seul depuis les Pays-Bas un peu avant j’étais arrivé le bon jour à l’hôtel au Portugal, où se passaient le rassemblement et les matchs. Du coup ma première journée là-bas tout seul fut très relaxante et j’ai bien profité de la plage et de la piscine (rires) ! Les autres sont arrivés le lendemain. On a reçu nos équipements et on a commencé à s’entraîner ensemble. C’était vraiment un excellent moment, le coach Teguramori est vraiment quelqu’un de bien et j’ai beaucoup de respect pour lui depuis.

Connaissais-tu déjà quelques uns des autres joueurs présents lors du camp ?

Non je ne connaissais personne de l’équipe, sauf de nom bien sur. J’étais dans la même chambre que Takumi Minamino, du coup on a appris à se connaitre. Il joue aussi en Europe alors ça crée des liens forcement !

On l’a interviewé il y a quelques temps d’ailleurs ! Comment est-il en privé ? Il avait l’air s’être un gars sympa.

En effet c’est un mec vraiment ouvert et marrant !

Le premier match arrive, face au Mexique champion olympique en titre, tu es titulaire et l’équipe remporte une belle victoire (2-1), grand souvenir je suppose ? As-tu été surpris par le niveau de jeu ?

Oh oui en effet, de supers souvenirs ! J’étais tellement fier d’enfiler le maillot de l’équipe nationale et puis d’entendre l’hymne national, c’était très important pour moi comme moments ! Je me sentais assez à l’aise, j’ai kiffé chaque minute de tout ce match. Après le match la télé japonaise m’a interviewé pour me demander mes impressions, j’avais fait un bon match mais j’attendais quand même plus de moi-même. Je dois devenir meilleur encore. Je n’avais jamais rencontré un adversaire aussi rapide que moi, et il était en plus très technique, avec un super positionnement et très bons appels. J’ai rencontré le niveau supérieur ce jour là, je sens que je suis capable de progresser jusqu’à ce niveau. Je sens que ces derniers temps mon jeu a beaucoup progressé et je suis ressorti de ce camp avec une très grande motivation !

Quels sont les joueurs qui t’ont le plus impressionné pendant ce stage au Portugal ?

Presque tous, honnêtement je ne peux pas choisir. J’ai été surpris par le niveau général de l’équipe, il est très élevé. Je peux aussi dire que les attentes extérieures envers elles sont également grandes, je l’ai bien senti. On se doit de construire une super équipe et de tous donner notre maximum.

Jusqu’où peut aller le Japon aux JO de Rio selon toi ?

Aller en finale et y rencontrer le Brésil ce serait la perfection. Sérieusement, il faut y aller en se disant qu’on peut gagner le tournoi !

Même si tu avais Neymar en adversaire direct sur ton côté ? 🙂

Haha, je le mangerais (rires) ! Ce serait une expérience géniale pour moi, c’est un de mes joueurs préférés et je le regarde jouer tellement de fois…

Sinon tu suis un peu la J League ? Tu supportes quelle équipe ?

Tu dois t’en douter mais je supporte mon ancien club : le Ventforet Kofu !! Je suis si reconnaissant envers eux pour toutes ces années en équipes de jeunes. Je regarde également beaucoup les matchs de l’équipe nationale. Le match contre la Syrie était très impressionnant !

Retourner un jour au Ventforet Kofu c’est quelque chose qui te plairait j’imagine ?

Je veux avant tout rester un bon moment en Europe et y faire une bonne carrière, après ça pourquoi pas ! Peut être que j’y finirais ma carrière, on ne sait jamais mais je souhaite que ça sera le cas. J’espère qu’ils voudront bien de moi à nouveau alors !


Merci à toi Sai pour l’interview, et bonne chance pour la suite ! Vous pouvez le follow sur son compte Twitter @Saivw11 !

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