sam. Sep 21st, 2019

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Mais on le dit quand même

OH Louvain promu : récit d’une tranche de vie en D2 belge…

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En foot, ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne. Reconnu dans tout le pays pour son football « à l’espagnol », l’AS Eupen en a fait l’expérience ce week-end dans la finale pour la montée en Pro League : c’est Den Dreef qui revient en D1 !

La Proximus League : D2 nationale et, avant tout, mouroir du football belge. On y trouve quatre sortes de clubs. Les premiers sont les clubs amateurs qui viennent y faire un tour au bénéfice d’un titre de champion de D3 et qui, bien souvent, redescendent l’année suivante. Ou à peu près. Woluwé-Zaventem et le RC Mechelen en ont encore fait la preuve cette saison. Les deuxièmes sont les clubs qui descendent de la Pro League, la D1 nationale, et qui mettent tout en oeuvre pour remonter illico sans quoi les risques de faillites sont bien réels. C’était ainsi le cas de Saint-Trond, descendu il y a deux saisons et champion cette année ou encore d’OH Leuven, relégué la saison dernière et aux prises avec l’AS Eupen pour cette « finale de promotion ». Eupen, justement, représente la troisième sorte de clubs que l’on croise en Proximus League : les clubs appartenants à des mécènes, des investisseurs. On y trouve aussi Tubize (qui appartient à des Coréens) ou le White Star (qui apparient à John Biko, agent de joueur). Et enfin il y a les derniers, ceux qui n’ont pas réussi après une relégation à remonter, qui n’ont pas trouvé de nouveaux investisseurs et qui vivotent dans un ventre mou du classement chaque saison en quête d’on ne sait pas très bien quoi : Alost, Lommel, Roulers …

Les Louvanistes fêtent la montée dans le stade du Kehrweg
Les Louvanistes fêtent la montée dans le stade du Kehrweg

C’est une évidence : la D2 belge ne séduit pas et ceux qui la jouent veulent à tout prix la quitter. La réforme du football belge professionnel en préparation (16 clubs en D1 + 8 clubs en D2) vise d’ailleurs à ne garder « que les meilleurs ». Comprenez : les plus stables financièrement…

Les calculs étaient donc simples ce dimanche, à l’occasion de la dernière journée du tour final pour la montée en D1, sorte de mini-championnat à quatre équipes : avec trois points d’avance au classement, OH Leuven pouvait se contenter du nul pour rejoindre la Jupiler Pro League, un an après l’avoir quittée via ce même tour final. L’AS Eupen, de son côté, devait gagner contre son adversaire du jour pour, au bénéfice des confrontations directes, sauter sur la ligne les Louvanistes et accéder à la D1.

Dès avant le match, la petite bourgade germanophone de l’Est de la Belgique qui accueillait la rencontre était en ébullition. 4.500 places avaient trouvé acquéreur les deux jours précédents tandis que Louvain avait écoulé ses 1.100 tickets « visiteurs ». Au total, ce sont finalement 6.120 spectateurs qui assisteront à la rencontre dans un Kehrweg surchauffé, le stade eupennois qui, habituellement, se contente du tiers …

Les abords du stades était déjà bien fréquentés deux heures avant le coup d'envoi !
Les abords du stades était déjà bien fréquentés deux heures avant le coup d’envoi !

Bar-DJ, postes de vente de boissons dédoublés, tout comme ceux du fanshop local, les grilles du stade avaient ouvert plus de deux heures avant le début du match pour que les quelques milliers de supporters puissent venir humer la délicieuse ambiance de cette finale pour la gloire (et aussi des excellents hamburgers de derrière la T4 – on vous les recommande chaudement !!).

Nombreux étaient aussi ceux qui avaient préféré prendre d’assauts les quelques pubs du coin pour siroter une Eupener Bier devant la retransmission du derby wallon de la D1 entre le Standard de Liège et le Sporting de Charleroi. Un match important qui devait désigner le dernier acquéreur d’un ticket européen. Enfin, pas vraiment le dernier, car le foot belge est décidément très compliqué. Soit.

A mesure que les minutes les rapprochaient du coup d’envoi, les supporters se pressèrent donc en masse dans les tribunes, l’amusement d’une après-midi bien ensoleillée laissant désormais place à la tension d’avant-match. Et pendant ce temps, la pelouse du stade, véritable billard pour l’occasion, continuait inlassablement de boire l’eau que les arroseurs automatiques dispensaient sur toute la surface afin de la rendre plus rapide.

Lors de la montée des vingt-deux acteurs sur la pelouse, au son du mythique Hells Bells d’AC/DC, ce sont quelques 3.000 drapeaux noir et blanc (les couleurs du club local) qui sont alors déployés dans les tribunes. Bien décidés à forger l’exploit sur sa pelouse, les supporters locaux n’auront de cesse d’ailleurs de pousser les leurs vers l’avant tout au long des 90 minutes.

(c) Lothar Chullo
Les supporters d’Eupen (c) Lothar Chullo

Et durant les 90 minutes, l’AS Eupen a dominé. Mais le club germanophone s’est créé beaucoup trop peu d’occasions de but pour espérer quoique ce soit. OH Leuven, lui, s’est contenté du match dégueulasse par excellence : en faisant bloc dans sa partie de terrain et en se permettant même d’exploiter sa seule occasion de but, sur coup de pied arrêté, pour s’assurer la monter.

« Ben voyons », pouvait-on entendre dans le camp local lorsque Jovan Kostovski, transparent jusque là, surgissait pour placer sa tête sur un coup-franc de l’inénarrable John Bostock, véritable box-to-box à l’anglaise formé chez les Spurs. Oui, oui : les « vrais » Spurs, ceux de Tottenham !

Du côté d’Eupen, c’est la désillusion. D’autant que le ref’ Bart Vertenten ne laisse strictement rien passé pour les pauvres Pandas qui s’énervent, perdent leur football, tandis que Louvain, c’est bien logique, casse continuellement le jeu. En d’autres mots, l’expérience aura fait la différence sur le terrain, à défaut du talent.

Après avoir remporté la première tranche (10 premiers matches au terme desquels la meilleure équipe s’assurait une présence au tour final), Louvain s’était contenté d’une fin de saison en dilettante, terminant à une anonyme sixième place. S’étant réservé pour le tour final, le club flamand n’aura pas montré grand chose mais aura su se montrer diablement efficace. Un an après avoir connu la déception de la descente, les Louvanistes vont donc redécouvrir les chemins de la Pro League. Mais celui de Den Dreef, le stade louvaniste, s’annonce barbant pour les prochains adversaires de « OHL »…

« Ce n’est pas la meilleure équipe qui a gagné, je suis dégoûté, se laissait aller Nicolas Timmermans aux interviewes d’après-match. » Le défenseur central eupennois était suivi quelques instants après par le fantasque Logan Bailly, lequel, dans son style caractéristique, jouissait devant les journalistes : « Je vais rester poli, mais on a su bien fermer leur bouche à tout ceux qui nous ont critiqué pendant la saison et qui m’ont critiqué (NDLR : il faut dire que Logan avait fait une énorme boulette lors du match aller, permettant à Eupen de ramener le point du nul). » Derrière les tribunes, sur le parking aménagé pour la fête, les supporters locaux auront tout de même décidé en bon nombre de féliciter leurs joueurs pour la belle saison désormais écoulée. De quoi rendre quelque peu le sourire aux jeunes Africains venus tout droit de l’Académie qatari Aspire et qui devront donc patienter encore une saison pour goûter aux joies d’un championnat de D1 européen.

Dans les rues, les automobilistes louvanistes, toutes écharpes dehors, offrent le traditionnel concert de klaxons. « Vous avez bien joué, lance l’un d’entre eux à la voiture qui se trouve à côté d’elle au feu rouge, un fanion de l’AS Eupen pendant au rétroviseur. L’année prochaine ce sera vous ! »

En attendant, cette année, c’est Louvain qui monte. Eupen, pour la seconde saison consécutive, perd le tour final lors de l’ultime journée. Mais qu’importe pour le directeur général du club : « Nous avons montré toutes nos qualités d’accueil ce dimanche et je remercie les nombreux fans qui se sont déplacés : il y a avait beaucoup de monde et une ambiance de rêve. » 6.120 personnes pour une tranche de vie en D2 belge. Et des hamburgers… comment dire… oh misère ! Vivement le début de la saison nouvelle pour y regoûter !

(Photos : ChulloFoot.com)

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