mer. Sep 18th, 2019

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Mais on le dit quand même

Derby et déjeuner familial : tension aux Pays-Bas

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    Dimanche, vous serez sans doute en famille à un repas qui s’étendra de midi à quatre heure. Un dimanche comme les autres. Dimanche, long et prévisible. Pourtant aux Pays-Bas, pendant votre déjeuner se joueront deux derbies, aussi chauds l’un que l’autre. Quand l’entrée arrivera sur la table, c’est Cambuur qui recevra Heerenveen pour un derby frison brûlant. Pour finir votre festin, PEC jouera contre Go Ahead Eagles. Vous avez déjà entendu plein de choses sur le Klassieker, deviné qu’une rivalité existait aussi entre le PSV et les autres gros clubs des Pays-Bas, imaginé que Twente devait avoir des rivaux et peut-être entendu une fois un mot sur La Haye et sa haine réciproque d’Amsterdam. Mais ces deux matchs là, ça ne doit rien vous dire, et pourtant, pour ces supporters, ça signifie beaucoup. Dissection de ce qu’il y aura dans votre assiette.

Une entrée à forte teneur régionaliste

    Lorsque votre entrée arrivera sur table, sachez qu’une a une forte teneur en régionalisme, l’autre en nationalisme. Cambuur contre Heerenveen, c’est un match entre deux équipes de la même région, une région qui a eu une influence dans l’histoire de l’Europe, il y a un petit moment, vers le Moyen-Âge. La Frise. Aujourd’hui, la Frise, c’est un peu la campagne, tout au Nord des Pays-Bas. Les gens y parlent néerlandais mais aussi frison. Autant vous dire que ce qu’il y a de plus cool dans ces terres, c’est le football. Heerenveen, c’est le club de la ville (ou village) éponyme, un club qui a ce fameux maillot rayé bleu et blanc avec des sortes de petits cœurs, qui sont en fait des lys jaunes, rouges. On est bel et bien en Frise. Heerenveen assume son appartenance à la région et porte en tant que maillot son drapeau. Avant chaque match, l’hymne populaire de la Frise est joué, le public l’entonne. Une équipe populaire dans une région où les gens parlent souvent le dialecte local chez eux. Cambuur n’a rien à voir avec ça. Cambuur, c’est Leeuwarden, l’une des plus grandes villes de Frise où presque personne ne parle frison et où les gens se sentent néerlandais. Cambuur a comme emblème le blason d’une famille noble néerlandaise de Frise. Lorsqu’ils vont à Heerenveen, ils sifflent l’hymne régional et brandissent des drapeaux néerlandais. Ils sont réputés plus agités que leurs voisins d’Heerenveen, peut-être leur côté citadin. Alors qu’à Heerenveen, les supportent semblent souvent plus provinciaux et plus calmes.

Source : Pro Shots via Volkskrant.nl – Deux clubs frisons, deux clubs néerlandais, mais chacun ne s’identifie qu’avec un des deux adjectifs

La rivalité est sportive aussi, naturellement. Peut-être que l’antagonisme vient en partie de là. Les deux équipes ont surtout évolué dans les échelons inférieurs pour la plus grande partie de leur histoire, dans les méandres de la deuxième division, quand des équipes comme Roda JC ou NAC allaient souvent y faire un petit tour. Dans les années 90, pour la première fois un club frison accède à la promotion, c’est Heerenveen qui réalise l’exploit, ils en profitent pour narguer leur rival : « Plus jamais Cambuur. » À cette époque Cambuur semble plus sain économiquement, plus construit mais des problèmes économiques viennent perturber le club. Heerenveen redescendra un an après avoir nargué ses rivaux, mais arrivera vite à remonter et se maintenir en Eredivisie, sans plus descendre depuis. Ce qui ne sera pas le cas de Cambuur qui fera quelques fois l’ascenseur avant de vivre 13 années consécutives dans l’échelon inférieur. Un calvaire qui prendra fin en 2013 lorsque Cambuur accède à nouveau à la promotion. Pendant ce temps, Heerenveen s’est quant à lui affirmé comme un élément fort du football néerlandais et a même commencé à faire des infidélités à Cambuur en trouvant en Groningue un bon rival de substitution. Mais ne vous inquiétez pas car dimanche, les supporters sauront bien qui sont leurs vrais rivaux.

Un repas qui ressemble à un Feyenoord-Ajax

Dans votre assiette, un derby plus complexe, plus sportif. Mais où une véritable haine réside. Les ingrédients ne se devinent pas au premier coup d’œil, mais tout est là. PEC Zwolle contre Go Ahead Eagles, voilà un derby comme on n’en fait plus. Tout commence avec le professionnalisme et son intronisation aux Pays-Bas, une ville a deux équipes pro, qui évoluent dans la dernière division pro et qui en 1965 finissent dernier et avant-dernier. C’est le PEC et les Zwolsche Boys, de Zwolle évidemment. Pendant ce temps, Go Ahead échoue en finale de la Coupe face à Feijenoord, mais obtient une place en Coupe des Coupes parce que Feijenoord était champion. Ça sera contre le Celtic, l’une des plus grandes équipes du moment et pour l’occasion un éclairage est installé à l’Adelaarshorst et 25 000 spectateurs viendront assister à la déroute de Go Ahead. On décide alors de fusionner les deux clubs de Zwolle pour ne garder plus que le PEC et ainsi avoir un club à la hauteur de Go Ahead à Zwolle. Énormement d’argent est investi, le PEC arrive en finale de la Coupe en 1977 et est promu en Eredivisie en 1978. Le hooliganisme est présent aux Pays-Bas depuis quelques années et la première confrontation entre les deux équipes donnent lieu à des scènes de violences. Les supporters des Go Ahead Eagles (on vient de rajouter Eagles au nom quelques années auparavant) lancent des bouteilles remplies de sable sur le gardien, l’arbitre doit partir sous escorte policière car il refuse d’accorder un pénalty à la dernière minute pour le PEC. Les incidents ponctueront ensuite quasi chaque rencontre et renforcent le sentiment de haine réciproque. Dans les années 90, le derby est nommé « le petit Klassieker » en raison des débordements fréquents et de l’animosité. Henk Timmer qui a joué pour PEC et Feyenoord a dit un jour que lorsqu’il jouait à Feyenoord, il aurait pu boire un café en terrasse à Amsterdam sans avoir le moindre problème mais qu’il n’oserait jamais faire ça à Deventer, la ville de Go Ahead Eagles.

Source : pec.nu – Une fois, mené 2-0 en Coupe en 1999, PEC avait défait GAE 5-2.
Source : Spitsnieuws – En octobre, GAE l’a emporté 3 à 2 dans son antre de l’Adelaarshorst

Aujourd’hui les choses se sont assagies, les débordements sont plus rares. Mais la rivalité est toujours là. Une rivalité sportive, entre une équipe qui s’est créée espérant imiter les succès de son voisin et une autre, élément historique du football néerlandais. Go Ahead Eagles n’a pas gagné chez le PEC Zwolle depuis 25 ans, et a à cœur de l’emporter. Les Eagles s’accrochent à leur passé et leurs derniers titres des années 30, arguent que leurs rivaux n’ont ni culture ni identité. Zwolle a eu des déboires financiers, a changé de noms, a connu des passages éclairs en Eredivisie mais a gagné deux trophées en 6 mois. Alors quand les joueurs arriveront sur le pelouse et que vous serez encore en train de déjeuner, l’Ijsselderby se jouera cette saison à nouveau en Eredivisie, un derby qui fut cantonné pendant de nombreuses années à la deuxième division. Deux voisins s’affronteront et un rival voudra prendre sa revanche sur l’autre, qui lui a déjà pris sa revanche.

NDLR: Pour en savoir plus sur le derby de l’Ijssel, rendez-vous sur cet article qui nous a aidé à réaliser l’article : http://pec.nu/pec-columns/desespereert-nimmer-opkomst-en-ondergang-van-het-derbygevoel/

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