sam. Jan 25th, 2020

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Mais on le dit quand même

Ballade irlandaise – Derry City, l’amour du football

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Derry City logo

Par « l’amour du football », je ne vous oriente par vers un débat sur le jeu du Barça ou du Borussia Dortmund, mais vers l’histoire d’un club qui existe grâce à son amour pour le foot, plus fort que les conflits géopolitiques. A l’instar de l’AS Monaco en Ligain, ou encore de Swansea ou Cardiff (Pays de Galles) en Premier League anglaise, Derry City , club nord-irlandais, est l’« étranger » de l’Airtricity League, mais pas pour les mêmes raisons que les clubs précédemment cités.

Creusons un peu pour en savoir plus sur cette particularité.

« Bien sûr mon rêve serait de voir un seul championnat et une seule équipe nationale pour tous les irlandais, comme ça se fait dans le rugby par exemple » Martin Mc Guinness, alors ministre de l’éducation nationale en Irlande du nord (aujourd’hui vice-président), The Guardian, 8 avril 2001.

 

Derry City est le club de football de la deuxième plus grande ville d’Irlande du Nord après la capitale Belfast, plus connue sous le nom de Londonderry. Le nom de la ville est assez controversé aujourd’hui, Derry étant associé aux nationalistes et Londonderry aux syndicalistes, mais moins qu’à l’époque où le nom fut choisi suite à un référendum.

Le club vit le jour en 1928, 15 ans après la dissolution de l’équipe locale précédente, le Derry Celtic, « City » faisant plus neutre que « Celtic ». Derry était à l’origine partisante d’un seul championnat pour toutes les équipes insulaires (Nord et Sud), ce qui, on verra plus loin, lui causera des soucis.

Dans un premier temps les couleurs du maillot étaient noires et oranges, puis sont apparues les rayures rouges et blanches, à l’image de Sheffield United, club pour lequel le propriétaire Billy Gillespie joua. D’où le surnom des « candystripes ».

De part sa situation géographique, Derry participa donc au championnat nord-irlandais de 1929 à 1973, remportant une seule fois le championnat, saison 1964/1965, et 3 fois la Cup (1949, 1954 et 1964).

Mais la situation se dégradait dans le pays, la lutte entre protestants et catholiques s’intensifiait, la ligue obligea même Derry City à délocaliser ses matchs à domicile à Coleraine, à 50 km, dès 1970, estimant que Brandywell, le stade de Derry, n’était pas assez sécurisé. Pour résumer, la ligue (protestants) ne voulait plus de son vilain petit canard Derry (catholiques). Au bout de deux années financièrement insoutenables, le club décida de faire appel et demanda à revenir jouer sur Brandywell, demande qui fut rejetée en octobre 1972. N’ayant plus d’argent, le club démissionna du championnat.

Le stade Brandywell Derry City
Le stade Brandywell Derry City

La traversée du désert dura 13 ans, le club n’existant que via ses équipes de jeunes, (et Brandywell via les courses de lévriers), jusqu’en 1985 donc, année où la FAI décida d’étendre son Championnat, en passant de 16 à 22 équipes.

La FAI, fédération du championnat d’Irlande, proposa donc une des six nouvelles places au club nord-irlandais, sous réserve de l’approbation de la FIFA  et surtout de l’IFA, la fédé nord-irlandaise. Cette dernière accepta, estimant sans doute avoir assez fait galérer le club en rejetant annuellement ses demandes de réintégration à la ligue, puis certainement parce qu’elle savait pertinemment qu’elle ne le réintégrerait  plus.

« Aller voir jouer Derry City avec mes amis à Brandywell était le point culminant de la semaine, les conditions étaient loin d’être idéales, mais l’ambiance était super » Martin Mc Guinness, The Guardian, 8 avril 2001.
« Aller voir jouer Derry City avec mes amis à Brandywell était le point culminant de la semaine, les conditions étaient loin d’être idéales, mais l’ambiance était super » Martin Mc Guinness, The Guardian, 8 avril 2001.

Financièrement aidé par de nombreuses anciennes gloires du club et des partenaires locaux, le club redémarra donc au sein de l’Airtricity League, en First Division (équivalent deuxième division), et gagna le championnat lors de cette première participation !!!

Le club fut alors promu en Premier League irlandaise et n’a depuis jamais quitté l’élite, se permettant même au passage un fabuleux triplé en 1988 (Championnat, FAI Cup et League Cup). L’équipe joue très régulièrement le haut du tableau, et participe donc souvent aux premiers tours des Coupes d’Europe.

Pendant une vingtaine d’années, rien de transcendant, le niveau de l’Airtricity League étant très bas à l’échelle européenne : les meilleurs résultats de Derry sont un 0-0 à Vitesse Arnhem en 1990, et une victoire 1-0 sur le Lokomotiv Sofia en 1995.

Rien qui ne pouvait préparer le club ou ses supporters à l’incroyable épopée de 2006.

Qualifiés pour le premier tour de feu la Coupe UEFA, les nord-irlandais éliminèrent l’IFK Göteborg à la faveur de deux victoires 1-0. Se présentent alors les « cousins » écossais de Gretna au deuxième tour. Le match aller se joua dans l’antre de Motherwell, et vit une victoire sans appel de Derry 5-1 !! DU JAMAIS VU EN IRLANDE !!! (Nord ou Sud). Un match nul 2-2 au retour et voilà les « candystripes » à un tour des phases de poules.

Là, c’est une toute autre affaire, le tirage au sort offre aux nord-irlandais Pauleta et ses copains du Paris-St-Germain.

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Match aller à Brandywell, malgré les propositions de Dublin et même de Belfast, qui proposent des stades plus grands (plus de spectateurs = plus de recettes), Derry City offrant donc à son public local la grosse affiche. Sur un terrain en pente (plus d’un mètre de dénivelé entre un but et l’autre), avec un public proche, et une ambiance surchauffée (les supporters de Derry sont connus pour chanter de la 1ere à le dernière minute d’un match), les locaux montrèrent aux Parisiens qu’ils n’étaient pas là par hasard. Score final 0-0.

Le match retour fut gagné –non sans mal- par le PSG 2-0 (E.Cissé, Pauleta) et sonna la fin de l’épopée des nord-irlandais (le PSG sera éliminé par la suite en huitièmes de finale par Benfica, ndhc), mais marqua aussi le début d’un renouveau dans l’Airtricity League, puisque par la suite des clubs comme Shelbourne, Drogheda ou encore Cork City réussirent à passer des tours et développer ainsi le football irlandais.

On trouve à l’heure actuelle en haut de l’affiche en Airtricity League les clubs de St Patrick’s Athletic, Sligo Rovers, Dundalk et Derry City, mais attention la saison prochaine à Cork City qui se renforce très intelligemment.

Un dernier mot, Derry City, en Airtricity League depuis 1985, s’est trouvé énormément de fans à travers toute l’Irlande, et pourrait aisément remplir un stade de 10 000 places (Brandywell est plein à 2900), ce qui dans le contexte irlandais est exceptionnel, et le chant ininterrompu des fans le temps d’un match est tout simplement mythique (pour ne pas dire unique).

De part son histoire ce club mérite son public, et il le lui rend bien.

Celtiquement vôtre,

Harry Cover.

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