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Mais on le dit quand même

Europa League et D2 Suisse : le FC Zurich se reconstruit sur un paradoxe

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Club suisse historique, le FC Zurich se retrouve dans une position bien singulière. À la surprise générale, le club qui dominait le championnat suisse vers la fin des années 2000 a subi les affres de la relégation la saison passée. Encore plus surprenant, la victoire en Coupe de Suisse a envoyé le nouveau pensionnaire de Challenge League (D2) en Europa League, où il se débrouille pour le moment plutôt bien. Tour d’horizon du FCZ, où les dirigeants profitent d’un alignement des planètes inédit pour rectifier la trajectoire prise par le club.

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24 novembre. La date était probablement cochée et les jours décomptés depuis le dernier match d’Europa League, qui avait vu Zürich tenir le Steaua Bucarest en échec (0-0). Entre deux déplacements à Genève (0-4) et à Chiasso (Lundi 28), pour affronter deux formations avec respectivement 19 et 28 points de retard au classement, le Letzigrund verra ce soir la réception du grand Villarreal (19h). Qui plus est, la soirée de gala pourrait être l’occasion de voler au nez et à la barbe des récents 4e de Liga une des deux premières places de la poule. Pour mieux comprendre cette semaine de bipolaire, un retour à la saison 2015-2016 s’impose.

Une saison bien mal embarquée

Dès la première partie de saison, le club qui a connu son âge d’or moderne entre 2006 et 2009 sous les ordres d’un certain Lucien Favre traîne la patte en Super League. Même si l’on avait de toute façon plus vraiment l’habitude de le voir talonner Bâle, ce FCZ inquiète. Les infimes restes d’une aura de « grand de Suisse » sont impossible à déceler chez cette équipe qui stagne en deuxième moitié de tableau, occupe de temps en temps la dernière place au classement, et ne gagne qu’un match sur les 15 premières journées. Sami Hyypiä, instauré à la tête de l’équipe après 3 journées de championnat, dispose d’un groupe relativement faible dont il ne tire ni les résultats, ni un quelconque projet de jeu.

Pire, la famille Canepa, propriétaire à 90%, et plus précisément son impulsif couple de dirigeants Heliane et Ancillo, font preuve d’une gestion plus étrange et plus critiquée que jamais : Davide Chiumento est écarté pour des raisons mystérieuses, Armando Sadiku et Mario Gavranovic sont cédés au mercato hivernal. De quoi laisser un grand vide sur le front d’une attaque déjà peu fringante. Le cas Sadiku, prêté à Vaduz pour obtenir du temps de jeu en vue de l’Euro, fait particulièrement parler. Alors que Zürich n’a que 2 points d’avance sur Vaduz, faire cadeau de son meilleur attaquant est vu comme une marque d’arrogance. Plus que jamais, les Canepa sont sommés de tous les côtés de prendre un directeur sportif qui saurait gérer ces différents cas avec une approche plus réfléchie.

Quoi qu’en dise Ancillo Canepa, qui mène une guerre acharnée contre les critiques de la presse locale – « Vous pensez bassement ! » rétorque-t-il à un journaliste qui lui reproche d’avoir sous-estimé Vaduz –, les concurrents directs du FC Zürich sont bien le club liechtensteinois, Lugano et Saint-Gall, qui luttent pour le maintien. D’ailleurs, le club de la plus grande ville du pays prendra peu à peu du retard sur ses concurrents et aborde le sprint final comme favori à la relégation.

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Équipe en galère + Président en guerre = Supporters en colère

Canepa, d’ordinaire peu indulgent avec les tacticiens qu’il emploie, pourra cette fois être imputé d’avoir trop longtemps conservé sa confiance envers Hyypiä. Ce n’est qu’à trois journées de la fin, après une défaite aussi humiliante que compromettante face à la lanterne rouge Lugano (0-4), que le Finlandais est démis de ses fonctions, abandonnant son équipe à la dernière place du classement.

Uli Forte, ancien entraîneur de Grasshopper et Young Boys, est appelé pour une mission sauvetage qu’il assure ne pas être une « mission impossible ». Pourtant, son équipe ne fera pas le poids face à Saint-Gall, autre concurrent direct, quelques jours après son intégration express (3-0). Le match nul à Sion (2-2) lors de l’avant-dernière journée rend la situation encore plus délicate : à l’heure de recevoir Vaduz dans ce qui aurait pu être une finale du bas de tableau, Zurich est dépendant du résultat de Lugano, qui reçoit Saint-Gall.

De nombreuses voix se lèvent à l’encontre de la direction, étiquetée principale responsable du scénario cauchemardesque. Les Ultras de la Südkurve, qui comptent un taux de hooligans particulièrement inquiétants dans ce genre de contexte, envoient des menaces à Ancillo Canepa et sa femme. Une majorité, moins violente mais tout aussi déçue, organise une « Abstiegsparty » géante. Partie d’un événement Facebook, l’idée de cette « fête de la descente » intéresse quelques 14000 internautes, dont 8000 prévoient participer, et met en alerte la police zurichoise. On soupçonne à l’époque les fans de Grasshopper, l’autre club de Zurich, de venir fêter en nombre la descente du rival.

Une victoire comme adieu à la Super League

C’est dans ce climat de tension, avec des forces de l’ordre inquiétées par la folie que la situation inspire aux gens, que le FCZ se voit dans l’obligation de gagner face à Vaduz et de prier pour une victoire de Saint-Gall. C’est devant une foule peu indulgente de 16.000 spectateurs que les hommes de Forte se défont sans trop de problèmes des Liechtensteinois sur le score de 3-1.

Pourtant, au coup de sifflet final, c’est tête baissée et mains sur les hanches qu’Alexander Kerzhakov et ses coéquipiers se tiennent face à une Südkurve furieuse où chaque poing levé est la menace d’un débordement. Lugano s’est imposé face à Saint-Gall. Le FC Zürich est relégué.

Les débordements ne manqueront pas. Plusieurs dizaines de hooligans masqués se détachent de la masse et convergent vers le terrain. Les autorités sont dépassées, les joueurs évacués en urgence. Les hooligans ne parviennent heureusement pas à atteindre les vestiaires où ils se sont réfugiés, mais ils ne se privent pas de semer le chaos dans le stade, puis d’aller exprimer leur colère au centre-ville, où toute une rue commerçante est vandalisée.

Pendant ce temps, dans les bureaux de la direction du FCZ, la déception persiste mais on ne s’attarde déjà plus dessus. « Il nous a fallu quelques heures pour accepter mentalement la relégation, laisser passer l’état de choc et aller de l’avant » explique à Blick Ancillo Canepa. Se projeter vers la Challenge League le sourire aux lèvres, insiste le président, mais surtout se concentrer sur la dernière échéance de la saison. Car il reste un match au Letzigrund. Et pas n’importe lequel.

 

La vengeance, magie de la Coupe

Alors même qu’il ne comptait que quatre victoires en championnat, le FC Zürich avait trouvé le moyen quelques mois plus tôt pour éliminer trois autres formations de Super League et se qualifier pour la finale de Coupe de Suisse. Ironie du sort, cette finale se joue dans son stade, et l’autre protagoniste n’est autre que le FC Lugano, qui lui a légué de justesse la place de relégable.

Une semaine plus tard, la foule qui s’approche du stade zurichois est belle et bien consciente de la pression qui plane sur les joueurs, mais aussi sur la sécurité du stade. Il se raconte que les ultras de la Südkurve, même s’ils ne veulent pas manquer la 11e finale de l’histoire de leur club, se refusent de payer des billets pour protester contre la direction. Comme prévu, c’est par des fans ayant enjambé tout contrôle de sécurité que le virage est rempli. L’avant-match donne l’occasion aux fauteurs de troubles, qui mitraillent la piste d’athlétisme de pétards pendant 50 minutes, sans aucune opposition de la part des autorités. La seule contradiction vient des autres supporters de la capitale, qui reprochent à la « Scheissekurve » de ne pas être derrière son équipe et de n’être venu que pour la perspective de casse et de baston. La situation délicate divise indéniablement les fans de Züri.

Heureusement, les joueurs de la capitale semblent mentalement bien préparés pour cette finale, commencée malgré le terrain à moitié couvert d’un nuage de fumigènes et de fumée de pétards. Ceux-ci tiennent tête à des Tessinois hargneux et portés par leur public, même s’ils sont dominés dans le jeu pendant une demi-heure, jusqu’à ce que le FCL obtienne un penalty.

Devant une Südkurve où certains semblent s’être détournés du FCZ et avoir pris parti pour l’adversaire, le gardien Anthony Favre parvient à détourner le tir aux 11m de Mattia Bottani. Cet arrêt superbe semble relancer ses coéquipiers, qui posent peu à peu leur jeu. Ils se procureront même quelques occasions jusqu’à ouvrir le score grâce à Sangoné Sarr, juste avant la mi-temps.

Pas forcément mérité au vu de la première mi-temps, les Suisses-Allemands feront néanmoins fructuer cet avantage grâce à un véritable sans-faute en deuxième mi-temps. 1-0, score final, le relégué est champion de Suisse.

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Challenge League et Europa League, la recette parfaite d’une saison paradoxale

La saison 2015-2016 du FCZ se clôturera sur cette image paradoxale, celle de dizaines de hooligans prêts à envahir la pelouse mais aussi les autres tribunes, semant la zizanie dans le stade alors que, sur le terrain, les joueurs reçoivent un trophée malgré une saison catastrophique. Ce paradoxe n’est qu’un prélude de la saison 2016-2017, puisqu’en tant que relégué-champion de Suisse, les hommes d’Uli Forte, dont le contrat est prolongé, disputeront la Challenge League et l’Europa League.

La deuxième perspective sera d’une grande utilité pour éviter l’exode massif des joueurs : contrairement aux relégués habituels de Super League, qui sont normalement pillés par les 10 clubs qui le joueront la saison suivante sans que cela soit considéré comme une quelconque sorte de trahison dans l’opinion publique, la plupart des cadres prendront part au nouveau projet du club, à savoir la remontée immédiate avec l’Europa comme bonus.

D’ailleurs, sur les 14 joueurs ayant pris part à la finale, seuls 5 joueurs ne font plus partie des rangs zurichois : les jeunes Anto Grgic, parti à Stuttgart, et Kevin Bua, allé découvrir la Champions League à Bâle, Philippe Koch, parti à Novara, et la fin des prêts du latéral Vinicius et de l’attaquant Alexander Kerzhakov, dont le prêt de 6 mois aura été un échec.

Mieux, les rentrées financières engendrées par le titre ainsi que par la participation aux joutes européennes permettent quelques beaux coups à Ancillo Canepa et Uli Forte, qui travaillent cette fois main dans la main pour rassembler un effectif taillé pour leurs ambitions. Adrian Winter rentre au pays après une saison en MLS, les expérimentés Kay Voser et Andris Vanins sont récupérés du FC Sion, les milieux Dzengis Cavusevic et Roberto Rodriguez arrivent de Saint-Gall et Novare, le défenseur Umaru Bangura de Minsk alors que de nombreux jeunes reviennent de prêts ou sont promus de l’équipe réserve. Cerise sur le gâteau, l’attaquant Armando Sadiku, qui a réalisé un Euro court mais de qualité avec l’Albanie, est conservé après un feuilleton qui aura duré tout l’été.

L’occasion parfaite pour se détourner d’une gestion controversée

« Si quelque chose va mal, je l’analyse et je vais de l’avant » étaient les mots exacts de Canepa avant d’ajouter au journaliste de Blick qu’il s’était réjoui de la Challenge League une fois le choc de la relégation passé. Le dirigeant décide de profiter de la descente pour rectifier certaines tournures qui pénalisaient le projet zurichois. En commençant par remettre en cause sa propre gestion, constamment critiquée par la presse et les supporters.

Premier grand agissement, Canepa renonce à sa double-casquette de président et de directeur sportif, un rôle qui n’existait pas mais qui sera finalement créé pour Thomas Bickel, ancien joueur professionnel auparavant en charge du recrutement et de la formation. Canepa, Bickel et Forte trimeront donc tout au long de l’été pour définir le plus clairement possible le projet pris par ce FCZ qui, ils l’espèrent, recule pour mieux sauter.

« L’idée était de se reposer sur un groupe de joueurs suisses qui ont un lien avec Zürich » dévoile le nouveau directeur sportif, qui insiste beaucoup dans une interview avec NZZ sur l’importance de l’harmonie qui se met en place, que ce soit entre les joueurs, entre l’effectif et le coach, ou entre les trois hommes forts du club.

Le recrutement est par conséquent mieux ciblé et, par conséquent, Uli Forte dispose d’un effectif qui correspond aux ambitions du club, contrairement à Urs Maier, qui avait entamé la saison 2015-2016, mais surtout contrairement à Sami Hyypiä, qui avait pris le flambeau 3 journées plus tard avec un groupe pas adapté à son style de jeu.

Désormais, le FC Zürich désire laisser derrière lui l’importance du jeu tactico-technique, le rebut à l’idée du jeu physique pur et dur, qui démarquait ce club des autres des années Lucien Favre à celles où rien n’allait plus. Avec Uli Forte, c’est avant tout la promesse d’un football efficace, un football qui peut s’enflammer mais dans l’optique avant tout de recréer une machine à gagner. Comme le disent si bien les Suisses-Allemands et leur pudeur très relative : le FCZ a adopté le football-testostérone.

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La deuxième division d’ores et déjà survolée

Et cet afflux de « grinta », cette agressivité qui a pour but, selon Forte, de régulariser les performances d’un club toujours plus instable depuis quelques années, portera ses fruits en Challenge League.

Dès la première journée de championnat, le FCZ paraît lancé, avec une première victoire à domicile face à Winterthur (2-0). Accrochés à Wil pour leur premier déplacement (1-1), les néo-relégués enchaînent 6 victoires, inscrivant notamment 14 buts pour un seul encaissé. Ils sont à nouveau accrochés à deux reprises en fin septembre et mi-octobre : à Aarau (1-1) et en recevant Le Mont (1-1). Les Vaudois, dont le jeu physique fait un adversaire difficile pour les hommes de Forte, sont d’ailleurs la seule équipe de Challenge League à avoir tenu tête au leader sur sa pelouse.

Mis à part cette prestation mitigée des Zurichois devant leur public, le bilan depuis le mois d’octobre est épatant. 16 points sur 18 pris, 24 buts, soit 4 buts par match, et des prestations de grande classe face à certaines des formations les plus expérimentées et les plus talentueuses de Challenge League. Les trois dernières prestations, des victoires sans appel face à Neuchâtel Xamax (1-3), Aarau (6-3) et Servette (0-4), trois formations qui militaient en Super League il n’y a pas si longtemps et jouent la première moitié de tableau cette saison, sont là pour confirmer que le FC Zürich est un OVNI dans cette D2 suisse. Un OVNI qui vole tellement haut au-dessus de tout le monde – 10 points d’avance sur son dauphin, Xamax, et 19 sur le 5e, Le Mont – qu’il a déjà dérobé et placé hors de portée le fauteuil de leader, unique place promouvant en Super League. Zürich d’ores et déjà champion, les neuf autres clubs jouent le maintien.

Dans le jeu, c’est tout aussi marquant. Grâce à un effectif qui combine les cadres qui régulent le quotient muscles cher à Forte à des joueurs plus techniques comme Marco Schönbächler, Olivier Buff ou le jeune attaquant Moussa Koné, Forte parvient à faire de son équipe une machine qui harasse inlassablement l’équipe adverse, sans répit de la première à la 90e minute. Reste que la Challenge League est un terrain peu fiable pour cette équipe dont on peine à situer le niveau – « Ce FCZ-là serait-il descendu ? » imaginent à chaque occasion les journaux – et qui doit faire ses preuves face à une équipe d’un plus gros calibre. Pour le moment, seule sa victoire en Coupe face à Saint-Gall (2-1), permet une comparaison qui demande confirmation.

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Europa League, de la place pour frapper un grand coup ?

C’est là qu’intervient l’Europa League. Dans cette saison de transition où tout suspens est déjà tué, les compétitions internationales viennent mettre du piment toutes les trois semaines dans cette saison aigre-douce. En plus de quelques exemples français comme Nice ou Nîmes à la fin des années 90, cela rappelle l’épopée de Lausanne-Sports il y a 6 ans. Les Vaudois, finalistes malheureux de la Coupe de Suisse, avaient passé trois tours de qualification dont le dernier face au Lokomotiv Moscou, et s’étaient retrouvés face à Palerme, le Sparta Prague et le CSKA Moscou. Avant d’être promus à la fin de la saison.

Le tirage n’a pas réservé à Zurich de match de gala contre Manchester United, comme en rêvait Canepa. Mais le pensionnaire de D2 ne s’est pas moins retrouvé dans un groupe plein de niveau, avec Villarreal, Osmanlispor et le Steaua Bucarest. Surtout, le FC Zürich a pour le moment su rester au contact pour, pourquoi pas, réaliser l’exploit de rafler une des deux places qualificatives pour les 16e de finale. Des places qui semblaient inatteignables, notamment après le premier match qui avait vu le FCZ perdre sans démériter à Villareal, mais dont l’éventualité est de plus en plus concrète puisque grâce à une victoire face à Osmanlispor (2-1) et deux nuls face au Steaua, le FCZ se tient aujourd’hui à égalité de points avec son unique bourreau de la saison.

Le match de ce soir ne s’annonce pas équilibré, mais il faudra compter sur les Zurichois pour nous surprendre. Qui aurait cru qu’on pourrait un jour assister à une rencontre décisive entre un club de D2 suisse et l’actuel 4e de Liga ? Peut-être que malgré la facilité du championnat, Canepa, Bickel et Forte pourront faire mieux au printemps que de se projeter sur la prochaine saison… de Super League.


Propos d’Ancillo Canepa tirés d’une interview de Blick.ch, propos de Thomas Bickel tirés d’une interview de la NZZ.

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