mar. Nov 12th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

La programmation des matchs, les instances et l’irrespect à l’égard des supporters

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Si l’on demandait aux supporters des clubs de Ligue 1 comment la saison actuelle devait être décrite, il y a fort à parier que la problématique des reports de matchs figure en bonne place de ces bilans. Peu sont les clubs – pour ne pas dire aucun – à ne pas avoir subi de report de match cette saison. D’abord liée au mouvement des Gilets jaunes, avec des justifications toutes plus absurdes les unes que les autres comme on l’avait abordé il y a un temps, cette tendance semble être devenue une norme si bien que le fameux multiplex du samedi soir s’est réduit comme peau de chagrin pour ne plus comporter qu’un ou deux matchs de manière très régulière.

En lieu et place de ce multiplex du samedi soir, nous avons vu progressivement se mettre en place un nouveau multiplex, le dimanche à 15h. Sans doute la LFP profite-t-elle de la situation pour mettre en place sa future grille de matchs qui prendra effet à partir de 2020. Toutefois, par-delà la situation particulière de la saison en cours, c’est plus globalement la question de la programmation des matchs et du respect du supporter se rendant au stade qui se pose quand on s’intéresse au sujet. Il me semble, effectivement, que la programmation toujours plus tardive des matchs est tout à la fois l’accentuation d’une dynamique qui lui préexistait en même temps que le symbole d’une direction très inquiétante prise par les autorités et acceptée, au moins tacitement, par les clubs, direction qui pourrait finalement aboutir à une dévitalisation dramatique des stades.

 

La programmation toujours plus tardive

 

Il arrive parfois qu’un évènement fortuit précipite l’attention sur un problème lourd. Dans le cas de la programmation des matchs en Ligue 1, les derniers jours ont pris les contours d’un tel évènement. Alors même que la journée de championnat devait se tenir, pour les premiers matchs donc ceux du vendredi soir, 11 jours plus tard, la Ligue de Football Professionnel n’avait toujours pas daigné programmer les matchs du week-end à l’exception notable (car récurrente) du match du dimanche soir. Tout est fait en somme pour notifier aux supporters se rendant au stade qu’ils ne comptent pour rien et donc qu’ils ne sont pas dignes d’être prévenus suffisamment en avance de la date et de l’heure des matchs.

Lorsque l’on sait que certains supporters peuvent venir de loin – sans parler du cas des supporters visiteurs qui ont de facto besoin de l’information le plus tôt possible pour pouvoir s’organiser – il est compliqué de s’empêcher de penser que la LFP et ses sbires n’accordent aucune espèce de respect à ceux-ci. De la même manière que la commission de discipline prononce des huis-clos partiels – scandaleux par ailleurs – parfois à quelques heures de la tenue des matchs, cette programmation très tardive concourt à signifier aux supporters qu’ils sont des moins que rien. La France est effectivement l’un des seuls pays où la programmation est si tardive, ce qui pose des questions sur la volonté des instances d’avoir des stades remplis et festifs.

 

De l’art de casser son jouet

 

Si le problème ne concernait que la programmation tardive des matchs, l’on pourrait à la rigueur se dire que les soucis ne sont conjoncturels et pourraient facilement être résolus. La réalité est pourtant bien plus effrayante est dramatique puisque ce problème est loin d’être isolé et s’inscrit dans une dynamique bien plus globale mettant à mal la présence de spectateurs dans les stades de France. Celui-ci vient effectivement se surajouter aux multiples procédures disciplinaires aboutissant à des huis-clos partiels ou totaux, aux interdictions de déplacements scandaleuses et autres interdictions de stade. En réalité, tout ou presque se passe comme si ce qui importait était de vendre de juteux droits TV et qu’il fallait sacrifier tout sur cet autel, la problématique des fumigènes illustrant à merveille ce point puisque le souci des instances est bien moins leur dangerosité que leur nuisance pour la retransmission télévisuelle.

A cet égard, les interdictions de déplacement font figure de symbole presque absolu puisqu’il s’agit de dire aux supporters visiteurs que pour leur propre sécurité il est impossible de les autoriser dans l’enceinte adverse. Mais qui, sinon les instances, décident qu’il faut encadrer massivement les supporters visiteurs ? L’on voit bien la logique quasiment imparable de ces interdictions scélérates en cela qu’elles prennent les contours de prophéties autoréalisatrices. En somme, tout ou presque converge vers un même point de fuite : la primauté du téléspectateur sur les personnes présentes au stade. Considérant que la vraie manne financière se trouve du côté des droits TV, instances et clubs agissent de concert pour mettre sur un piédestal cette source de revenus sans sembler comprendre que l’animation d’un stade fait également (et peut-être surtout) partie du fameux produit qu’ils se vantent de vendre aux TV du monde entier – cette assertion est d’autant plus vraie pour la Ligue 1 où le niveau de jeu est proprement affligeant. Certains clubs comme l’OM sont même allés jusqu’à prononcer des huis-clos contre leurs propres supporters ou porter plainte contre certains d’entre eux. Nous sommes donc en présence des nouveaux avatars des médecins du Moyen-Age, pratiquant la saignée intensive en expliquant que c’est ce qui va sauver le patient jusqu’au jour de la saignée de trop qui finira par le tuer. Dans les affluences qu’elles communiquent, les instances ne s’embêtent d’ailleurs pas de la réalité puisque bien souvent elles annoncent des chiffres largement démentis par les images (ceci s’explique principalement par le fait qu’elles comptent comme présents tous les abonnés). La LFP ne serait-elle donc pas qu’un mélange entre les médecins et le Tartuffe de Molière ?

 

 

Crédits photo: LFP

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