dim. Août 18th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Le foot amateur, son financement et le risque de vassalisation

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Il y a quelques mois, la ministre des sports Laura Flessel démissionnait. Initialement attribuée à un geste politique (fort il faut bien le dire) effectué pour protester contre la baisse du budget de son ministère, cette démission dont tous les éclaircissements n’ont pas encore été faits semble désormais être liée à une sombre affaire d’enrichissement personnel et de fraude à l’impôt. Toutefois, et malgré l’arrivée de Roxana Maracineanu avec la nouvelle dynamique que peut supposer la prise de fonction d’une nouvelle ministre, le budget du ministère a bel et bien été amputé pour l’année à venir.

L’on pourrait se dire que ces considérations sont purement politiciennes et qu’elles ne concernent absolument pas le foot et encore moins le football amateur. Pourtant, la FFF qui régit le football amateur ainsi que la coupe de France est placée sous la tutelle du ministère des Sports qui a, par exemple, son mot à dire sur la nomination du DTN. Plus largement, le foot amateur vit principalement de subventions accordées par l’Etat dans la mesure où la plupart des clubs amateurs sont des associations. En ce sens, la mise à mal des services publics et des aides aux associations décidée par Emmanuel Macron et sa clique depuis leur arrivée au pouvoir ont un effet direct et tangible sur le football amateur qui, si rien n’est fait, pourrait se retrouver dans la position du mendiant réclamant une obole de la part du foot professionnel.

 

Les clubs amateurs, victimes collatérales de la politique antisociale en cours

 

Depuis un peu plus d’un an et demi, Emmanuel Macron siège à l’Elysée. Depuis son arrivée au pouvoir, celui qui se présente lui-même comme le champion du « en même temps » a mené de nombreuses réformes de régressions sociales visant à modifier radicalement le système social français hérité de l’après Seconde Guerre mondiale. Dans le cas présent, la principale mesure qui nous intéresse est la baisse des contrats aidés couplée à la baisse du budget du ministère des Sports. Considéré comme un ministère secondaire dans la tête de Monsieur Macron, celui-ci a effectivement connu une baisse de son budget et donc de sa force de frappe. Plus largement, la baisse des contrats aidés frappe évidemment de plein fouet le secteur non marchand et de facto le monde associatif.

Comme je le disais en introduction, l’extrême majorité des clubs amateurs, qui sont le vivier du football français en cela qu’ils sont pour énormément de joueurs la porte d’entrée vers le football, sont régis par le statut associatif. La baisse des dotations du ministère des Sports en même temps que la volonté de diminuer drastiquement le nombre de contrats aidés frappe donc frontalement ces clubs. D’une part la baisse des dotations peut mettre financièrement dans le rouge des clubs qui ont des loyers, notamment, à payer et d’autre part la diminution des contrats aidés met également à mal les clubs dans la mesure où les éducateurs sont désormais principalement bénévoles et que cet état de fait pourrait engendrer une baisse des vocations.

 

De la vassalisation

 

C’est l’une des pistes régulièrement évoquées pour financer le football amateur en même temps que pour mettre en place une régulation plus stricte du football professionnel. Cet élément qui est parfois présenté comme la panacée à tous les maux du football business n’est rien d’autre que l’instauration d’une taxe sur les transferts visant à financer le football amateur. Il existe évidemment déjà les indemnités de formation qui doivent être versées aux clubs formateurs du joueurs lors d’un transfert vers l’étranger avant une certaine limite d’âge mais ce mécanisme n’existe pas dans le cadre de transferts franco-français – sans compter que les clubs jouent bien souvent avec les montants des transferts pour avoir à en payer le moins possible.

Si sur le papier cette idée pourrait paraitre intéressante, pour peu que l’on s’interroge sur les présupposés et les conséquences d’une telle taxe, l’on se rend rapidement compte à quel point celle-ci serait perverse (par perverse je veux entendre ici son acception première à savoir une chose qui semble bénéfique de prime abord mais qui se révèle être néfaste). Dire que c’est le football professionnel qui doit directement, le mot est important, financer le football amateur c’est placer ce dernier dans la position d’un vassal qui quémande une petite pièce au seigneur. En outre, c’est inverser la dépendance puisque dans la réalité des faits, le football professionnel a bien plus besoin du football amateur que l’inverse. Tout le travail effectué par les clubs amateurs dans les premières années de pratique de la plupart des joueurs est pareil à des graines plantées sur lesquelles capitalisent ensuite les clubs professionnels – parfois en venant recruter dès leur plus jeune âge et au mépris de toutes les réglementations des joueurs.  Plutôt que mettre le football amateur sous la coupe du football professionnel, le pouvoir en place ferait bien de le financer comme il faut et ceci d’autant plus que le football amateur joue un rôle social déterminant dans bien des lieux où les services publics ne jouent plus le rôle qui devrait être le leur. Il n’y a pas de hasard à voir que les entraineurs d’équipes de jeunes soient appelés des éducateurs.

 

Crédits Photo: footamateur.fr

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