dim. Déc 15th, 2019

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Mais on le dit quand même

Un cours de Samba ? E25 – Les Etats-Unis à un tournant.

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Aujourd’hui, je donne mon premier cours de samba. Et chaque professeur a sa méthode. Je vais expérimenter la mienne avec les Etats-Unis. Alors, prends ton Coca et ton Big Mac, assis-toi et lis moi cette présentation d’un pays qui utilise le mot « soccer » pour appeler ton sport préféré. En plus, il y a un guest au programme. Tiens-toi prêt.

 

Alexi Lalas, une certaine idée de la samba à l’américaine.
Alexi Lalas, une certaine idée de la samba à l’américaine.

 

 

  • Le passé en Coupe du Monde

 

Au Brésil, les Etats-Unis disputeront leur dixième Coupe du Monde. Plus important, ils seront présents en phase finale pour la septième fois consécutive. Alors qu’ils avaient connu un blanc entre 1954 et 1986, les Américains ont participé à tous les Mondiaux depuis l’édition italienne de 1990. Néanmoins, ils ont connu des parcours en dents de scie et ce, même d’une compétition à l’autre. Prenons comme exemple la dernière place en France (1998) suivie d’un quart de finale en Asie (2002) et d’une autre phase de poule sans relief en Allemagne (2006). Mais c’est lors de la première, avec une médaille de bronze, que le meilleur résultat a été obtenu. Le pays a aussi organisé, et de fort belle manière, la Coupe du Monde 1994. Il faut dire que le pays de l’Oncle Sam est l’un des seuls (avec l’Allemagne et l’Angleterre ?) à posséder des infrastructures (stades, transports) lui permettant d’organiser une Coupe du Monde sans délai après l’attribution.

Les Yanks donnent surtout l’impression d’être en progrès constants. Cela est arrivé avec l’aide de deux facteurs simultanés: la mise en place d’un championnat stable depuis 1996 (permettant aux joueurs auparavant condamnés à s’exiler d’avoir une compétition domestique) et l’ouverture du Mondial à 32 équipes. Comme au Japon ou en Corée du Sud, la Team USA a su profiter d’une compétition régulière et de l’augmentation des qualifiés de la CONCACAF pour se faire une place quasi-perpétuelle au soleil, et une qualification quasi-assurée, là où elle devait auparavant compter sur un faux pas du Mexique pour y arriver.

Cette année, la sélection coachée par Jürgen Klinsmann est placée dans le groupe de la mort, le G, en compagnie de l’Allemagne, le Portugal et le Ghana. Il est inutile de tourner autour du pot mais elle n’est pas donnée favorite. Les bookmakers la voient même repartir avec trois défaites. Pourtant, l’objectif est clair: se qualifier pour la deuxième phase de la compétition, celle où tout peut arriver. Cela ne sera pas chose aisée. Les Etats-Unis se retrouvent devant un doublé défi. Montrer qu’elle peut enfin réaliser des performances face aux grandes nations mais aussi qu’elle peut se débrouiller sans sa légende vivante, Landon Donovan.

 

  • Les joueurs à (re)découvrir

Star US en MLS dit forcément joueur méconnu en Europe. Vu le peu d’intérêt de nos contrées pour le championnat local, la Coupe du Monde sert également de tremplin idéal pour les joueurs uniquement confrontés aux joutes domestiques. Cette édition 2014 devrait permettre au monde de découvrir le milieu de terrain Graham Zusi.

Graham Zusi sous les couleurs du Sporting Kansas City (le bleu ciel).
Graham Zusi sous les couleurs du Sporting Kansas City (le bleu ciel).

 

Celui-ci a commencé sa formation dans l’équipe de l’Université du Maryland (les Terrapins) où il a joué pendant les quatre ans de son cursus. En janvier 2009, il est repêché lors de la draft (au 23e pick) par les Kansas City Wizards, alors au tout début d’un nouveau cycle. Après deux ans sans beaucoup jouer, il a explosé en 2011 au sein du fraîchement renommé Sporting Kansas City. Cette « breakout season » (nom de la récompense qui lui a été attribuée) lui a permis d’intégrer l’équipe nationale en janvier 2012, lors d’un match contre le Venezuela. Il marquera son premier but quatre jours plus tard contre le Panama. Au fur et à mesure, le milieu est devenu important pour Klinsi. Il totalise aujourd’hui 22 sélections (3 buts), dont 12 sur la seule année 2013, l’année charnière des qualifications. Entre-temps, il fut aussi sélectionné deux fois aux MLS All-Star (en 2012 et 2013) et participa activement au sacre de Kansas City en MLS en 2013. Malheureusement pour son palmarès, il n’a pas pu ajouter la Gold Cup 2013, remportée par les USA, à sa belle année 2013.

Le droitier d’1m78 a un profil technique atypique pour un américain: il est plutôt technique et possède une qualité de passe au-dessus de la moyenne, aussi bien dans le jeu court que dans le jeu long. S points faibles concernent les tâches défensives (repli, tacles). Cela implique qu’en cas de mauvais match quand il a la possession, il ne peut pas se rattraper par le reste. Sinon, savez-vous qui est l’idole du gars ? Un certain Zinedine Zidane.

Cette description porte à croire que Graham Zusi est une jeune pousse ne demandant qu’à éclore. Or, petit problème, le floridien fêtera bientôt ses 28 ans (le 18 août). Le joueur du SKC est un peu le révélateur des limites de la formation universitaire américaine, moins adaptée au soccer. Celui-ci a commencé sa carrière professionnelle l’année de ses 23 ans, un âge où certains européens sont titulaires indiscutables depuis déjà 2-3 ans.

Néanmoins, dans un pays qui compte plus de 300 millions d’habitants, décrire un seul joueur n’était pas suffisant. L’ami Donass a voulu nous présenter un joueur de son club de cœur. Voici ce qu’il a à vous dire:

Tous les quatre ans, le championnat de France se permet d’envoyer un contingent assez conséquent de joueurs qui partent lutter pour la gloire mondiale. Histoire oblige, la plupart s’en vont vers les équipes africaines. Plus récemment, pognon oblige, certains clubs peuvent envoyer un lot de sud-américains et de violeurs d’enfants italiens. C’est leur choix, sauf qu’à TLMSF on préfère les autres, les énigmatiques.

               Le meilleur exemple se trouve en Bretagne, enfin en Pays de la Loire, presque en Poitou, en tout cas pas en Vendée. Oui, le mec joue à Nantes, il a un nom à consonance hispanique et est américain. Kamoulox quoi. Alejandro Bedoya est un gars qui a voyagé et qui sait se faire adopter.

               Après trois saisons en Suède, coupées par une année mitigée aux Rangers, il est repéré et acheté par le FC Nantes. Coup de bol pour le club de Loire-Atlantique, le transfert a lieu juste avant l’interdiction stipulée par la FIFA. Cette saison, Bedoya est devenu un des chouchous de la Beaujoire. Avec plus de 30 matchs joués cette saison toutes compétitions confondues, il a parfaitement su s’intégrer en Ligain. Il fut aussi buteur, notamment lors de la victoire 0-1 dans les arrêts de jeu à Ajaccio. L’américain a le sens du timing.

               En sélection, il est devenu progressivement un des titulaires de la Team USA. Avec 27 sélections, dont 14 lors des deux dernières saisons le milieu nantais a déjà décroché une Gold Cup l’année passée.

               Maintenant, il a quelques jours pour se préparer à affronter le groupe de la mort. Son envie ? Jouer la Colombie, le pays de son père. Babtou fragile, va.

Alejandro Bedoya (Nantes). Là, inutile de dire d’en dire plus, il est seul sur la photo.
Alejandro Bedoya (Nantes). Là, inutile de dire d’en dire plus, il est seul sur la photo.

 

Parmi les autres joueurs composant cette sélection, il est inutile de présenter Clint Dempsey, Jozy Altidore ou encore Michael Bradley, qui ont déjà fait leurs classes en Europe (Fulham, AS Rome, AZ Alkmaar,…). En dehors de Zusi, plusieurs stars de la MLS figurent dans la sélection comme Kyle Beckerman, Chris Wondolowski ou encore Omar Gonzalez. A leurs côtés, on retrouve beaucoup de joueurs avec la double-nationalité américano-allemande, évoluant pour la plupart en Bundesliga, comme John Brooks, Jermaine Jones, le jeune espoir Julian Green ou encore Fabian Johnson, vainqueur de l’Euro espoirs 2009 avec la Mannschaft. L’influence de Jürgen Klinsmann, ancien international allemand, y est pour quelque chose, sans doute.

Parmi les absents de marque, on peut noter l’ancien Milanais (et Messin) Oguchi Onyewu (Sheffield Wednesday), Sacha Kljestan, qui a pâti de la perte de son statut de titulaire à Anderlecht ou encore Clarence Goodson ou Maurice Edu, tous deux présents dans les 30, revenus en MLS pour gagner une place au Brésil. Cependant, l’absence la plus notable est bien sûr celle de Landon Donovan. Meilleur buteur de l’histoire de la Team USA (57 buts) et de la MLS (137 buts), il aurait également pu s’approcher du record de sélections détenu par Cobi Jones (156 contre 164) et disputer sa quatrième Coupe du Monde.

Lors des deux rencontres de préparation, les Américains ont joué en 4-4-2 avec milieu en losange. Défensivement, seul le côté gauche ne semble pas être bouclé. Beasley ou Chandler pourraient accompagner Besler, Cameron et Johnson devant les buts gardés par Howard. Le losange du milieu de terrain voit Jones à la récupération, Bradley en meneur de jeu et Zusi sur le côté droit. Les options Bedoya et Davis ont été testées à gauche. En attaque, Altidore jouit d’une certaine immunité malgré sa mauvaise saison et devrait être accompagné par Dempsey (avec les géniaux Wondolowski et Johansson en super-subs).

Le 11 de départ contre la Turquie le dimanche 1 juin.
Le 11 de départ contre la Turquie le dimanche 1 juin.

 

  • Le championnat local

La Major League Soccer a été créée en 1993 un peu par hasard. Sans projet de renouveau de championnat, les Etats-Unis n’auraient pas pu organiser le Mondial 1994. C’est par nécessité que la MLS est née. Dès sa première saison en 1996, cette nouvelle ligue devait faire face à un défi de grande taille : éviter de plonger comme la NASL. Les premières années n’ont pas été roses avec une réelle difficulté de s’imposer dans un paysage sportif américain déjà saturé. Pour éviter la banqueroute, la ligue a du même enlever deux équipes en 2002 (Tampa Bay Mutiny et Miami Fusion).

Aujourd’hui, et après un sacré travail mené par son commissaire Don Garber, la MLS s’est façonnée un public, une stabilité financière, des clubs à fortes identités (Portland, Seattle) et possède plusieurs contrats TV. Certains clubs européens n’hésitent plus à acheter des joueurs en MLS (Geoff Cameron et Brek Shea à Stoke City, Freddy Montero au Sporting CP). De l’autre côté, plusieurs stars européennes sur le déclin viennent de plus en plus donner un coup de main sportif et marketing (David Villa, Thierry Henry, Robbie Keane, Marco Di Vaio). Certains jeunes en manque de temps de jeu en Europe franchissent désormais l’Atlantique pour se révéler (comme Oriol Rosell, parti du Barça pour Kansas City et qui a été transféré au Sporting CP). A défaut du niveau, le potentiel pour devenir une ligue majeure dans le futur est bel et bien là.

Les principaux clubs du pays sont aujourd’hui le Sporting Kansas City, champion en titre, les Seattle Sounders, le Los Angeles Galaxy ou encore le Real Salt Lake. Régulièrement en haut de l’affiche ces derniers temps, ces clubs donnent aussi plusieurs internationaux au groupe de Klinsmann. S’il n’est pas très performant ces dernières années, le D.C. United est également important, pour être le club le plus titré du pays (4, au même titre que le Galaxy). Comme la NBA ou la NHL, la ligue réunit également trois équipes canadiennes: le Toronto FC, l’Impact de Montréal et les Vancouver Whitecaps. Néanmoins, la MLS se caractérise par sa hiérarchie changeante, non stable d’une saison sur l’autre. Il s’agit d’une caractéristique propre aux ligues sportives US où il s’agit plutôt d’une histoire de cycles. Les premiers y sont destinés à devenir les derniers d’ici quelques années et vice versa. D’autres clubs au passé mythique évoluent en NASL (la nouvelle mouture de l’ancienne ligue) comme les Fort Lauderdale Strikers, les Tampa Bay Rowdies mais surtout les New York Cosmos.

  • La liste des 23

Gardiens: Brad Guzan (Aston Villa, ANG), Tim Howard (Everton, ANG), Nick Rimando (Real Salt Lake).

Défenseurs: DaMarcus Beasley (Puebla, MEX), Matt Besler (Sporting Kansas City), John Brooks (Hertha Berlin, ALL), Geoff Cameron (Stoke City, ANG), Timothy Chandler (Nuremberg, ALL), Omar Gonzalez (Los Angeles Galaxy), Fabian Johnson (Hoffenheim, ALL), DeAndre Yedlin (Seattle Sounders).

Milieux de terrain: Kyle Beckerman (Real Salt Lake), Alejandro Bedoya (FC Nantes, FRA), Michael Bradley (Toronto FC), Brad Davis (Houston Dynamo), Mikkel Diskerud (Rosenborg, NOR), Julian Green (Bayern Munich, ALL), Jermaine Jones (Besiktas, TUR), Graham Zusi (Sporting Kansas City).

Attaquants: Jozy Altidore (Sunderland, ANG), Clint Dempsey (Seattle Sounders), Aron Johansson (AZ, NED), Chris Wondolowski (San Jose Earthquakes).

Les clubs indiqués sont ceux fréquentés lors de la saison 2013-2014 et non les futurs clubs post-mondial (deux joueurs concernés : Chandler et Johnson).

 

Programme:

Ghana – Etats-Unis, 16 juin, à Natal

Etats-Unis – Portugal, 22 juin, à Manaus

Etats-Unis – Allemagne, 26 juin, à Recife

FatVince (avec la participation exceptionnelle de Donass sur Alejandro Bedoya).

Source photos: réseau MLSsoccer.com

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