mar. Nov 12th, 2019

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Mais on le dit quand même

Anthony Vanden Borre : un enfant terrible à La Mosson

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Avec la signature d’Anthony Vanden Borre à Montpellier, c’est l’occasion de retracer le parcours de l’enfant terrible d’Anderlecht, si ce n’est du football belge. Notre ami @Zett21, fan des Mauves devant l’éternel, en aura toujours un sentiment plus que partagé à son égard, des espoirs les plus fous aux brutales déceptions à répétition… « You were the chosen one Anthony!« 

La naissance d’un génie

Tout avait bien commencé un samedi 24 octobre 1987, le petit Anthony voyait le jour à Likasi dans la région du Katanga de ce grand pays qu’on appelait encore à l’époque Zaïre. Très vite, Anthony rejoint la Belgique, pays natal de son père Emile Vanden Borre. Et très vite, il se met au football.
En 1995, les Vanden Borre vivent dans le quartier de Saint-Guidon, à Anderlecht, et c’est très logiquement qu’ils inscrivent leur petit bout dans le club local, un certain Royal Sporting Club Anderlecht. Et le petit bout deviendra grand. Très vite grand. Trop vite grand. Anthony est au dessus des autres et il le sait, il est beaucoup plus doué, le football est facile pour lui. Il est surclassé dans toutes les équipes de jeunes jusqu’à ce que les jeunes soient trop faibles pour lui.

Et voilà qu’en 2003, à seulement 16ans, Anthony s’entraîne avec les grands. Zetterberg, Jestrovic, De Bilde, Stoica, Ki-hyeon Seol, Dindane ou autres figures marquantes des Mauves comme Vanderhaeghe, Hasi, Doll, De Boeck ou Deschacht. A l’entraînement comme en match, le monde du football est unanime : Anthony a tout et sera un jour un grand, peut-être même le plus grand. On évoque le Ballon d’Or alors qu’il joue arrière droit, on évoque bien sûr la sélection, les grands clubs. A côté de lui, un autre jeune talentueux s’entraîne, en faisant moins de bruit : Vincent Kompany. A côté d’Anthony, Vincent fait pâle figure. Comme je vous le disais plus haut, tout a été trop vite pour AVB : les pros à seulement 16ans, la Ligue des Champions à moins de 17ans où il devient le plus jeune belge à participer à la compétition (depuis lors il n’a été battu que par … Youri Tielemans), il sera repris par Aimé Antheunis avec les Diables Rouges après seulement 5 matchs avec Anderlecht, Anthony a alors 16ans et 187jours. Seul Paul Van Himst fut plus précoce. Anthony a tout : il est physique, technique, beau, élégant, vif et précis, imprévisible, talentueux. La Belgique avait un diamant pur entre les doigts. Très pur. Trop pur.

Deux kets, deux talents, deux trajectoires. (via www.nieuwsblad.be)
Deux kets, deux talents, deux trajectoires. (via www.nieuwsblad.be)

Un départ en trombes

Tout était beau dans la vie d’Anthony. Très beau. Trop beau. Passer du parc à Anderlecht où il jouait avec ses potes à Stamford Bridge, cela doit faire un sacré choc. Et Anthony ne s’était pas mouillé la nuque avant de plonger. Le choc thermique fût fatal.
L’argent, les filles, la célébrité, les journalistes, Anthony est une super star et les plus grands commencent à venir toquer à la porte du stade Constant Vanden Stock mais il décide de rester. On le disait alors bien entouré, bien conseillé, le jeune talentueux choisit le temps de jeu au détriment des sirènes de top mondial.
Mais Anthony va craquer. Il commence à en avoir marre de son poste d’arrière droit où il faut défendre. Anthony veut jouer plus haut, là où les artistes peuvent exprimer leur talent sans mettre en difficulté leurs coéquipiers. Et il a un soutien de taille : son ami Vincent Kompany abonde dans son sens : «Il reste le plus grand talent d’Anderlecht. Le club doit s’adapter un peu à lui. Il joue son meilleur football au milieu de terrain. Dans cette position, il peut devenir le meilleur joueur de l’histoire du football belge».

Très vite, trop vite

En 2007 on commence à se dire que l’histoire ne sera pas si rose que ça pour Anthony. A l’été de cette même année, Anthony va bientôt avoir 20ans. Seulement 20ans pourtant le ket de Saint-Guidon est déjà pétri de titres. Triple champion de Belgique avec Anderlecht (2004, 2006, 2007) et une Supercoupe (2006), il n’a plus rien à prouver dans le plat pays qui est le sien et il quittera la Belgique sur un autre record, de vitesse bien sûr : Anthony sera flashé à 243km/h. Très vite. Trop vite.
Anthony s’envole alors pour l’Italie et la Fiorentina. Mais Anthony joue peu. La grande botte ne lui fait pas de cadeau, des stars ils en ont, et d’autres noms que « Vanden Borre », des enfants terribles, ils connaissent merci, mais des défenseurs qui ne défendent pas, ça c’est impardonnable ..
Passé par le Genoa où il ne fera guère mieux (une seule saison à 25 matchs), Anthony tentera de se relancer en Angleterre. Porthsmouth se montre intéressé. Seul fait d’arme de cette saison, le club atteint la finale de la Cup. La suite on la connait : dettes et problèmes financiers. Pas de bol pour Anthony.

Le Diable du bout du monde

Seule éclaircie dans cette sombre période, Anthony fait partie de l’équipe belge qui atteindra les demis des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 avec une bonne partie des joueurs du noyau actuel des Diables : Mirallas, Dembele, Vertonghen, Vermaelen, Fellaini, Pocognoli, De Mul, Bailly, Ciman, Kompany ou autres Martens et Haroun.
Certains marqueront plus le football que d’autres, il faut bien l’avouer. A l’image de cette équipe, on se dit que les Diables ont vraiment une génération talentueuse, et Anthony peut malgré tout ce qu’il lui est arrivé encore en faire partie, parce que le poste d’arrière droit reste un point faible. Anthony la Belgique croit en toi. Il n’est pas titulaire mais montera au jeu à chacune des rencontres, sauf en demi contre le Nigéria et à la clé, un lourde défaite 4-1. Quand le destin s’acharne …

SHANGHAI, CHINA - AUGUST 13: Anthony Vanden Borre of Belgium in action during the Men's Group C match between New Zealand and Belgium at Shanghai Stadium on Day 5 of the Beijing 2008 Olympic Games on August 13, 2008 in Shanghai, China. (Photo by Noriko Hayakusa/Getty Images)
SHANGHAI, CHINA – AUGUST 13: Anthony en action contre la Nouvelle Zélande au Shanghai Stadium. Beijing 2008 Olympic Games (Photo by Noriko Hayakusa/Getty Images)

Le retour de l’enfant prodige

En 2010, on croyait Anthony perdu pour le football. Vanden Borre avait mérité sa place dans le cercle pas si fermé que ça des « éternels espoirs », de ceux à qui on promettait une grande carrière et puis plus rien. Je suis sûr que plein de noms vous viennent à l’esprit. Mais Anthony n’est pas de cette race, il est fort mentalement, il veut revenir. Il retourne donc aux sources, ou presque. Bien sûr cité à Anderlecht, c’est à Genk qu’il fera son retour. Et comme rien n’est facile dans la vie d’Anthony, le fameux fax arrive après minuit, il devra attendre janvier avant de jouer.
D’abord en tant qu’arrière droit, puis au fur et à mesure, comme il en rêvait secrètement, au milieu du terrain. Et cette année là, Genk sera champion. Au terme de play-off palpitantes, les hommes de Franky Vercauteren remportent le trophée. Mélange de vieux de la vieille comme Thomas Buffel et de jeunes très talentueux comme Courtois ou De Bruyne, c’est surtout par son duo d’attaquant Vossen-Ogunjimi que les Limbourgeois seront portés. Mais peu importe, Anthony est de retour et a comme objectif 2014 avec les Diables. Il n’a alors même pas 25ans, il a tout vécu et on se dit qu’il a changé, qu’il a mûri, il va revenir, le monde du football belge veut y croire, et nous aussi.
Et la saison suivante l’histoire se répète, le vestiaire est pourri par les égos et les rumeurs de transferts des 2 supers talents précités, Vercauteren est viré et Anthony a le naturel qui lui revient vite au galop. Très vite. Trop vite. Lors d’un match contre Anderlecht, Anthony fait un « bras d’honneur » à la direction Mauve. L’enfant terrible est de retour.

L’histoire sans fin

Laissé libre par Genk fin de saison 2012, à peine 2 petites saison et puis s’en va, Anthony s’attend à ce que le téléphone sonne. Mais le téléphone ne sonne pas. Enfin si, il reçoit des offres. Des clubs ukrainiens s’intéressent à lui, des clubs saoudiens aussi, un jour les médias l’annoncent passant les tests médicaux d’usage au FC Sao Paulo mais rien. Le téléphone pleure et nous aussi. Un talent si pur, si grand, encore une fois gâché. Anthony est dégouté. Le football est fini pour lui.

Sporting loves you more than you will know

Après plusieurs semaines de doute, Anthony reprend le football. Il lui aura fallu ce temps de repos pour se dire qu’il était fait pour le football autant que le football était fait pour lui. Il commence à se ré-entraîner dans le nord de la France avec un préparateur qu’il connait et via Mbo Mpenza, va essayer de renouer les liens avec son club de toujours.
Finalement, Anderlecht lui offre une toute dernière chance. Le club de la capitale lui propose de revenir s’entraîner avec le noyau B, avec à la clé un contrat de joueur amateur, où il serait uniquement payé à la prestation. Anthony accepte. Il veut revenir à l’essence même du football : le sport.
Lors de la saison 12/13, il ne fera qu’une seule apparition mais ses prestations aux entraînements, son esprit combatif, la façon dont il encadre et conseille les plus jeunes auront convaincu le club de lui offrir un vrai contrat. Anthony a changé, a mûri, va t’il enfin pouvoir percer ? Il débute la saison suivante avec le noyau A, et il fait même une très bonne saison. Bien sûr Anthony n’a pas perdu son talent, bien sûr Anthony est parfois absent lors de matchs moins importants mais il est tellement étincelant lors des grands rendez-vous qu’on lui pardonne tout. Et voilà que le rêve reprend de plus belle. Le ket est de retour, et on y pense chez les Diables. Quoi de plus logique quand on a un arrière droit « fuoriclasse » sous la main pendant que Toby Alderweireld peine à s’imposer à un poste qui n’est pas le sien ?

From nowhere to Brasil

En juin Anthony est couronné champion de Belgique avec les Mauves et Blancs. Pour lui c’est déjà le 5ième titre (avec celui de Genk), Anthony n’a que 26ans. Surprise du chef, Vanden Borre est repris avec les Diables, Wilmots l’emmène au Brésil.
Anthony aura mis le temps mais enfin, on peut le dire, il y est arrivé. Et même que Anthony jouera ! Et oui messieurs, dames. Il jouera la presque entièreté du match contre la Corée, étant même crédité d’une bonne prestation, Anthony devra céder sa place suite à un tacle un peu trop vigoureux d’un Coréen. Cheville dans le plâtre, mondial fini.
La déception est de mise mais Anthony regarde fièrement dans le retro-viseur et se dit que le chemin parcouru est un miracle. Il y a 2 ans, il pensait arrêter sa carrière et n’avait pas de travail, aujourd’hui il est champion de Belgique avec le club de son cœur et regarde son pays s’incliner en quart du Mondial brésilien, face au finaliste Argentin. Miracle.

Anthony en tribune, lieu ou l'on ne l'imaginait pas à ses débuts. (dhnet.be)
Anthony en tribune, lieu ou l’on ne l’imaginait pas à ses débuts. (dhnet.be)

Anthony le terrible

La saison suivante est d’un moins bon calibre. Du Anthony dans le texte. Comme quand en novembre, Anderlecht est mené 3-0 à Londres et qu’il marque un doublé, réussissant à arracher un point à Arsenal (3-3). Mais le club ne sera pas champion, surpassé par un Gand trop fort. Pour cette dernière saison 15/16, la direction Mauve affiche ses ambitions et veut redevenir maître en terres noires, jaunes rouges. Mais la tactique et le jeu ne suivent pas, les résultats sont décevants, sans parler de la manière. Cela ne plait pas à Anthony et il le fait savoir. Quelques semaines avant le Périscope de Serge Aurier, Vanden Borre avait été précurseur, mais lui ne l’avait pas fait face caméra. De ce que l’on en sait, il avait évoqué le faite que la mère de son entraîneur (ndlr Besnik Hasi) échangeait quelques services contre de l’argent, je ne vous fais pas de dessins. Au passage, Anthony égratignait aussi tous ses co-équipiers. On sait peu de choses sur cet incident et encore la semaine passée, Silvio Proto évoquait dans une interview que la presse était loin de la vérité, tout en n’en disant pas plus. On est au début de saison. Bonne ambiance. Et les résultats ne s’amélioreront pas, Anderlecht va alterner le médiocre et le très mauvais tout au long de la saison, certains supporters scandant le nom de Vanden Borre comme protestation contre l’entraîneur en place.

Police Anthony

Si les retours de Vanden Borre sont aussi nombreux que les « Police Academy », comme les films, la qualité est de moins en moins bonne. En cette fin du mois de juin, Hasi ayant été viré, Anderlecht va chercher un nouvel entraîneur en la personne de René Weiler. Anthony est convoqué pour les tests médicaux en même temps que l’équipe A. Nouvelle saison, énième chance pour Vanden Borre ?
Mais voilà, à peine 10jours après la reprise, Weiler envoie Vanden Borre, et d’autres, dans le noyau B, motif : pas assez bon, peut se chercher un nouveau club. Cette fois pas de coup d’éclat, le sport aura eu raison du ket. Cette offre de Montpellier est une aubaine qui se présente, aussi bien pour Anderlecht qui cherche à s’en débarrasser que pour Anthony. Il aura 29ans en octobre. Seulement 29ans. Et pourtant on parle de lui depuis toujours.
Encore une chance offerte à Anthony avant un départ vers des contrées plus exotiques ? Où son talent sera suffisant pour justifier un salaire et où ses coups d’éclats ne seront que très peu entendu ?

Un dernier défi en Europe ?
Un dernier défi en Europe avant la Chine, le Qatar ou les USA ?

L’autre ket

Pendant ce temps, son ami Vincent Kompany a une réputation qui n’est plus à faire, enchaînant les récompenses aussi vite qu’Anthony les conneries, Vincent devenait champion d’Angleterre, capitaine de son club et des Diables, un temps meilleur défenseur du monde ou pas loin, il est arrivé aussi loin que ce que son talent nous laissait penser, freiné uniquement par les blessures, Vince the Prince va laisser une trace indélébile sur le football belge, là ou Anthony ne laissera que déception et chaos.
C’est vrai, comparaison n’est pas raison, mais quand même.

Anthony, le football et nous

Anthony c’est comme une histoire d’amour forte, violente, cet amour incontrôlable qu’on ressent pour une personne même si on sait que ça va mal finir, mais on fonce. Une histoire qui vous marque à tout jamais, un amour que vous ne retrouverez peut-être jamais, chez personne, dans votre vie mais un amour destructeur, pour les deux personnes.
Anthony c’était le football. Anthony c’est le parfait d’exemple du talent qui ne suffit pas pour atteindre le haut niveau. Anthony on lui dit bon vent, parce qu’on ne peut que lui souhaiter du bon mais, nous, on a compris la leçon. Qu’il soit heureux mais loin de nous, on ne veut plus en entendre parler, on a été trop déçu, on a trop souffert.
Anthony nous, on y croit plus. Anthony c’est fini. Bien fini. Vraiment fini.

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