ven. Nov 15th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Contre la Super League, à tout prix ?

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Il y a quelques mois nous apprenions, via les informations révélées dans le cadre des Football Leaks qu’un projet de Super League concocté par la grande majorité des plus grosses puissances financières du Vieux-Continent était bien avancé. Déjà rudement mise à mal par la nouvelle formule de la Ligue des Champions – accordant, pour rappel, chaque saison quatre places automatiques aux quatre meilleurs championnats à l’indice UEFA (Allemagne, Angleterre, Espagne, Italie aujourd’hui) – l’accessibilité à la plus prestigieuse des compétitions européennes risque fort de devenir une gageure si la Super League venait à réellement voir le jour et tant pis si cela suggère d’exclure de cette compétition des clubs européens historiques qui ne sont plus aujourd’hui de grandes puissances financières.

Il est assez ironique de constater que depuis lesdites révélations nous avons vu une belle épopée européenne de l’Ajax se produire, un peu comme un dernier baroud d’honneur d’une certaine vision du foot qui ne voudrait pas mourir. De la même manière, les difficultés de ceux qu’on aime appeler les gros clubs depuis le début de la saison (exception fait, et elle est notable, de Liverpool qui semble reparti en mode rouleau compresseur malgré les quelques victoires étriquées des dernières semaines) sont peut-être là pour souligner la beauté que peut générer le football et ses rebondissements. Malgré tout, rien ne semble pouvoir réellement arrêter les projets du gotha européen qui a clairement pour objectif de remplacer et de supplanter les championnats européens. Plutôt que de le déplorer, ne serait-il pas possible de court-circuiter ce projet et d’en faire une opportunité pour réancrer notre football dans une pratique plus populaire ?

Dégagisme, sécession et court-circuitage

La principale idée force qui fonde la volonté de créer une Super League parmi les grandes puissances financières du football européen est sans conteste celle de vouloir faire sécession. Si l’on peut évoquer une multitude de raisons qui animent ce consortium, la principale est assurément financière. En faisant le choix de créer une ligue quasi-fermée assurée de proposer des chocs européens tous les week-ends, les tenants de cette nouvelle compétition espèrent faire exploser leurs profits. A cet égard, la démarche n’est pas si éloignée de celle de sécession des groupes les plus riches de la société qui se regroupent dans des gated communities pour se protéger et ne cessent de réclamer l’allègement de leur imposition. Nous voilà mis en face, en somme, de la théorie éculée du ruissellement appliquée au football.

Plutôt que subir les coups de boutoir de cette caste qui ne défend que ses propres intérêts, n’est-il pas grand temps de devenir acteurs pour l’immense majorité des clubs européens, qui seront exclus d’une telle compétition ? Les plus riches veulent faire sécession ? Retournons cette sécession en dégagisme et construisons autre chose comme lorsque les plébéiens romains se révoltèrent en -495 car lassés de leur exploitation et du taux de leur endettement ainsi qu’imposés lourdement et enrôlés de force parmi les militaires. A partir de cette date, ils menacent tous de se retirer sur l’Aventin pour y constituer une autre Rome. Si les patriciens parvinrent à l’époque à recréer l’unité, ce ne fut qu’au prix de lourdes concessions. De quoi donner des idées ?

Transformer la menace en opportunité

Tous les tenants d’un football plus proches des valeurs populaires s’accordent à dire que lesdites valeurs sont proches d’avoir disparu dans le football professionnel. Le foot business parait effectivement triomphant et rappelle amèrement ce slogan souvent déployé sur des banderoles : Created by the poor, stolen by the rich (crée par les pauvres, volé par les riches) en parlant du football. Et si cette volonté de sécession des plus riches étaient l’occasion de refonder notre sport sur des valeurs qui nous correspondent mieux ? La Super League veut prendre la place des championnats nationaux ? Continuons justement à organiser les matchs de championnats durant les week-ends.

Il ne s’agit évidemment pas de dire que les championnats nationaux ne pâtiront pas de la création d’une telle compétition mais bien plutôt de prendre conscience que si le football est le sport le plus populaire du monde c’est parce qu’il s’appuie sur la force du nombre. Quand bien même demain la Super League verrait le jour, les supporters des clubs qui n’y participeront pas ne déserterons pas soudainement les tribunes ou les retransmissions des matchs de leurs clubs. Il y a effectivement une filiation intime, identitaire pour bien des supporters de clubs si bien que ces derniers participent pleinement de leur construction en tant que personne. Aussi me parait-il bien cavalier que d’affirmer de manière péremptoire que tous les clubs exclus d’une telle compétition périraient. Peut-être avons-nous là l’occasion de rapprocher tous les clubs exclus de cette Super League de leur base de supporters et ainsi réancrer le football dans son origine populaire. Il faudra alors assumer le schisme entre les deux footballs qui seront alors présents : d’une part les membres de cette Super League, sorte d’aréopage de l’industrie ou plutôt du foot-spectacle où l’aspect sportif sera secondaire, d’autre part la masse des clubs qui n’y participent pas mais qui s’échinent à recréer les conditions propices à la fusion renouvelée entre le football et son substrat populaire. Tout cela sans compter que la création de ladite Super League aura pour vertu non négligeable de rendre à nouveau emplies de suspens les compétitions internationales qui seraient alors purgées des mastodontes qui se partagent les coupes d’Europe depuis plusieurs années. Tout serait alors à imaginer et à recréer, ce qui est à la fois un défi de grande ampleur mais aussi, et surtout, une aventure formidablement excitante. Pour lutter contre la Super League il ne faut finalement peut-être pas s’opposer frontalement au bulldozer qu’elle représente et qui nous écrasera comme des mouches si l’on agit de la sorte mais bien plus utiliser sa force pour mieux la battre. Pour sauver notre représentation du football, il faut, en somme, faire du judo.

Crédits photo: B/R Football

1 thought on “Contre la Super League, à tout prix ?

  1. Si tu veux mon avis, le format de la ligue des champions actuelle est déjà suffisant, et satisfait les passionnés de football. La Super League n’apporterait pas grand chose en plus de ce qui existe aujourd’hui.

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