sam. Juil 20th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Faut-il protéger les artistes ?

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Il y a quelques semaines, le débat sur la fameuse « protection des artistes » est revenu sur le devant de la scène avec fracas. Régulièrement à la une de l’actualité, la question relative au fait de protéger les joueurs techniques et talentueux du championnat s’est à nouveau invitée sur toutes les lèvres ou presque après les propos de Thierry Laurey à l’issue d’une défaite en coupe de France face au Paris-Saint-Germain. Evoquant le cas de Neymar qui avait subi au cours du match de nombreuses fautes, l’entraineur strasbourgeois a expliqué que les provocations du prodige brésilien entrainaient les coups qu’il recevait.

Sans rentrer dans le débat de la justification ou non des coups portés, il me semble que la question de la protection des joueurs dits talentueux et présentés comme les artistes du championnat est intéressante à traiter dans la mesure où elle en dit long tout à la fois sur la manière d’appréhender l’arbitrage et la façon qu’ont certains d’exiger que les clubs aux moyens plus limités fassent allégeance au Paris-Saint-Germain et à ses stars. Il n’est d’ailleurs pas anodin d’avoir vu le débat resurgir quelques jours plus tard lors du tour suivant de coupe de France au cours duquel Thomas Tuchel a été exclu et l’entraineur de Villefranche a, sur le bord de la pelouse, réitéré les propos de Thierry Laurey.

 

L’écueil des passe-droits

 

Comme évoqué plus haut, la complainte sur les joueurs talentueux qui ne seraient pas assez protégés n’est pas nouvelle. Elle est même une sorte de marronnier, ressortie à intervalle réguliers par les coachs pour tenter de démontrer qu’on tente de les empêcher de mettre en place leur jeu en ciblant de manière délibérée et violente les joueurs les plus talentueux de leur équipe. Il me semble pourtant que le débat ainsi posé est fortement biaisé. L’un des principaux arguments brandis est le fait que les joueurs dits talentueux sont ceux qui reçoivent le plus de coups et qu’il faut donc les protéger plus que les autres joueurs. Derrière le discours de marketing porté par certains – marketing car il s’agit de dire que c’est ce genre de joueurs qui font venir les gens au stade ou attirent les téléspectateurs – il y a selon moi une grave erreur de jugement.

Evidemment, ce type de joueurs sont souvent ciblés par les défenseurs et prennent plus de coups que d’autres. Cependant, la raison principale de ce nombre supérieur de coup pris relève aussi, et peut-être surtout, du fait qu’ils tentent beaucoup plus de choses balle au pied et touchent beaucoup plus de fois le ballon. Dès lors, il ne me semble pas que l’exigence à avoir soit plus celle de protéger les artistes que de protéger tout court l’intégrité physique de l’ensemble des joueurs présents sur la pelouse. Dernièrement en Ligue 1, nous avons effectivement vu un nombre important de tacles extrêmement dangereux non sanctionnés par un carton rouge alors même que ceux-ci mettaient de manière évidente en danger l’intégrité physique des joueurs visés. Du tacle de Luiz Gustavo sur Çelik lors d’OM-Lille à celui de Fékir sur Paredes lors d’OL-PSG en passant par celui de Mbaye Niang sur Kehrer lors de PSG-Rennes (et la liste n’est pas exhaustive), ce ne sont pas des artistes provocateurs qui ont subi ces tacles et il est tout aussi scandaleux de ne pas avoir vu de carton rouge brandi dans ces cas-là que lorsqu’il s’agit de Neymar pour ne citer que lui.

 

Protection des artistes ou des puissants ?

 

L’un des plus grands débats qui fracture les discussions à propos de la protection des artistes est incontestablement celui sur la justification des coups portés à certains joueurs au prétexte que ceux-ci se montreraient trop provocants. A cet égard, Neymar fait certainement figure de symbole absolu. C’est ainsi que nous pouvons voir s’écharper les tenants des deux positions – la justification des coups d’une part, le caractère outré lorsque des coups sont portés d’autre part – alors même qu’il me semble que les deux positions ne s’opposent pas frontalement si on y réfléchit de plus près. Il n’est effectivement pas absurde de voir dans les deux positions des avis pertinents : quiconque a déjà joué à des postes défensifs et se retrouvant face à un joueur un peu trop provocant peut comprendre que l’on finisse par lui porter un coup.

En réalité, l’important sur cette question est la faculté de l’arbitre à tenir son match. Qu’un joueur provoque, cela fait partie du jeu. Que le joueur provoqué mette un coup, cela fait aussi partie du jeu. C’est à l’arbitre de savoir sanctionner ce genre de gestes. Toutefois, il me semble que derrière la protection des artistes, se cache une campagne inavouée car inavouable, celle de la protection des puissants. S’inscrivant dans la même veine que les contempteurs des plans de jeu ultra défensifs, beaucoup de ceux qui portent en étendard la protection des artistes exigent en réalité que les équipes plus laborieuses face allégeance aux puissants et acceptent sans broncher – ni mettre de coup, vous l’aurez compris – la domination des équipes qui leur sont supérieures techniquement. Il s’agit, en somme, de dire aux équipes plus laborieuses non pas de jouer avec leurs armes mais d’adopter les armes du puissant et donc, in fine, d’accepter sa toute puissance puisque si toutes les équipes du championnat adoptaient le style de jeu du PSG alors celui-ci ne serait jamais, ou quasiment jamais, réellement mis en danger puisque la qualité de ses joueurs lui confère une supériorité sur les autres. Arrêtons donc avec cette fable de la protection des artistes et que ceux qui exigent l’allégeance des petits face aux grands assument leurs positions. Le débat n’en sera que plus riche.

 

Crédits photo: 221 People

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