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Mais on le dit quand même

Gary Speed, cinq ans après

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Le 27 novembre 2011, le Royaume-Uni se réveillait traumatisé en apprenant que Gary Speed avait été retrouvé mort à sa demeure familiale à l’âge de quarante-deux ans. Pour les plus jeunes ce nom n’éveillera rien en vous, pourtant de l’autre côté de la Manche l’homme est vu comme une légende. Aujourd’hui Tout le monde s’en foot prend vingt-quatre heures d’avance et célèbre le cinquième anniversaire de sa mort.

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En quittant Gary Speed, avec qui il avait assisté à Manchester United-Newcastle à Old Trafford, Alan Shearer ne se doutait pas qu’il venait de passer ses derniers moments en compagnie de son ex-coéquipier et ami. Quelques heures plus tard, la Fédération galloise annonçait au public que le sélectionneur avait été retrouvé pendu dans le garage de sa maison. Les questions autour de son décès se sont multipliées. La thèse officielle du médecin légiste s’oriente vers le fait que l’ex-capitaine de la sélection au dragon est décédé suite à une erreur de sa part. Après une dispute avec sa femme, il aurait voulu faire passer un message de souffrance à travers son geste, mais celui-ci aurait mal tourné. Ses proches et sa famille ont expliqué qu’il avait toujours une part de tristesse en lui mais qu’il était avant tout un homme résolument tourné vers l’avenir. Il avait même écrit à sa femme à propos de son enthousiasme à aborder ses prochaines échéances professionnelles et leur futur.

Voilà le point central du traumatisme, depuis quelques mois Gary Speed était devenu le sélectionneur national du Pays de Galles. Un pays qui avait alors raté toutes les compétitions internationales depuis la Coupe du Monde 1958 en Suède. Un pays qui avait unanimement acclamé le choix de la FAW (Football Association of Wales) d’avoir choisi l’ancien milieu de terrain comme nouveau coach. Parce que l’homme n’était pas n’importe qui.

Naissance d’un homme, mort d’une légende

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Né au Pays de Galles à Mancot le 8 septembre 1969, Gary Andrew Speed est rapidement devenu un supporter d’Everton. Pourtant c’est à Leeds qu’il va évoluer en équipe jeune, côtoyant notamment Vinnie Jones. Dans tous les hommages qui lui ont été rendu, revenait la même chose : c’était un homme fidèle et honnête qui était aimé et apprécié de tous. Cette volonté de continuité se retrouve à travers son parcours : huit ans à Leeds, six ans à Newcastle, quatre ans à Bolton, trois ans à Sheffield (deux en tant que joueur, un comme coach) et enfin deux ans dans « son » club d’Everton. Malheureusement pour Speed l’aventure chez les Toffees ne dura pas plus longtemps à cause d’un conflit avec Howard Kendall, le manager de l’époque.  Mais là encore, au moment de quitter la ville de Liverpool pour Newcastle, le milieu de terrain déclara : « Vous savez pourquoi je pars, mais je ne peux pas l’exprimer publiquement parce que cela pourrait salir le bon nom du Everton Football Club et je ne suis pas prêt à faire cela ». Une autre idée de la classe.

Sur le terrain Gary Speed jouait principalement milieu offensif gauche, mais il était polyvalent et se retrouvait souvent à évoluer au cœur du milieu ou en latéral gauche selon les besoins. Quand on parle de quelqu’un comme le gallois, le terme de « jouer » devient limité. Dans sa carrière, l’homme est devenu le premier à atteindre la barre mythique des 500 matchs disputés en Premier League, depuis dépassé par David James. Au total, il aura disputé 841 matchs officiels, dont 677 des divers championnats britanniques auquel il aura participé. Il était aussi un très bon finisseur trouvant le chemin des filets à 104 reprises en championnat et 32 fois dans les autres compétitions. Le seul point noir de sa carrière restera son palmarès : deux titres avec Leeds en 90 (2e division) et 92 (première division), trois finales de coupe et un Charity Shield. Sur le plan international, Gary Speed est le plus capé des joueurs de champ de l’histoire du Pays de Galles. Quatre-vingt-cinq sélections, soit plus qu’une petite pointure comme Ryan Giggs.

Mais là où l’homme a su s’imposer et devenir un exemple pour ses coéquipiers et adversaires, c’est dans son approche du football. Si Speed était un footballeur « à l’ancienne » à travers ses choix de carrière, il était clairement en avance sur son temps pour le reste. Ce fut l’un des premiers joueurs à adopter un régime alimentaire strict lié au sport de haut niveau, faisant extrêmement attention à son corps et aux attentes du football professionnel. Une méthode qui a fait ses preuves puisqu’à l’âge de sa retraite à quarante ans, il avait évité toute blessure grave et avait très rarement manqué une rencontre. Ce qui explique en partie les records qu’il a pu obtenir. En plus de cette réflexion moderne sur le football et la place du corps, Gary Speed était quelqu’un de très intelligent et charismatique. Au sein de chaque club ou sélection dans lesquels il a pu jouer, il a porté le brassard de capitaine.

Alors à Sheffield United, il a contracté au dos la seule blessure sérieuse de sa carrière. Devant un parterre de journaliste il y évoque son futur : « j’ai 40 ans, je n’ai pas joué depuis un an et vous pouvez en penser ce que vous voulez mais cela ne me manque pas de jouer parce que je m’amuse beaucoup trop de l’autre côté ». A peine quelques semaines après, Sheffield UTD lui proposait son premier poste de manager.

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Passer du brassard au banc, toujours être un exemple pour les autres

Souvent, le passage du terrain au banc est un piège pour les footballeurs. Pour Gary Speed, personne ne se faisait d’illusion concernant sa réussite. C’est pourquoi trois mois seulement après avoir été nommé entraineur de Sheffield United, la FAW suit les conseils de Mark Hughes et décide de lui proposer le poste de sélectionneur du Pays de Galles. L’ancien capitaine accepte l’offre sans hésiter. Son premier match officiel n’est rien de moins qu’une rencontre contre l’ennemi anglais. Pour l’occasion, Speed décide de confier le brassard à un milieu de terrain âgé de seulement vingt-deux ans : Aaron Ramsey. Le Pays de Galles perd la rencontre 2-0 et chute au 117e rang mondial du classement FIFA, le pire résultat de leur histoire. Mais peu à peu, le travail du sélectionneur opère et le Pays de Galles remporte quatre des cinq rencontres disputées en 2011, se retrouvant ainsi à la 45e place FIFA. Le 12 novembre 2011, Gary Speed dirige son dernier match en tant que sélectionneur lors d’un amical remporté 4-1 face à la Norvège. Le 21 décembre, soit quelques jours après sa mort, c’est un Pays de Galles orphelin qui reçoit le prix FIFA de la meilleure progression de l’année.

givenShay Given en larmes lors de l’hommage à Gary Speed avant un match au Liberty Stadium de Swansea.

A l’annonce de sa mort, la sélection aurait pu s’arrêter là, le pays aurait pu sombrer dans un néant footballistique comme lors des trente dernières années. Personne n’en aurait été surpris. Mais c’est à cet instant que l’histoire prend tout son sens. Chris Coleman alors adjoint de Speed, est nommé sélectionneur, malgré le fait qu’il avait voulu refuser s’estimant trop choqué par le décès de son ami et mentor. Les matchs suivants sont catastrophiques pour le Pays de Galles qui se retrouve mené à la mi-temps de chaque rencontre. Pire, l’équipe sombre en encaissant une historique déroute 6-1 chez une Serbie qui n’avait jusque-là marqué que trois petits buts dans les qualifications. Il y a peu, Coleman expliquait qu’il ne savait pas pourquoi il avait été maintenu à la tête de l’équipe après cette déroute. Pourtant, il estime que le changement de mentalité a eu lieu à ce moment précis. Les joueurs et le staff ont pris conscience qu’ils avaient hérité du travail de Gary Speed, de sa mémoire, et qu’aucun d’entre eux ne voulait donner cette image à leur ancien sélectionneur ni à leur nation qui avait assez souffert.

La suite, tout le monde la connait : une campagne qualificative historique pour l’Euro 2016 en France. Une équipe flamboyante du Pays de Galles emmenée par Bale, Allen, Ramsey, Williams et consort qui ne s’incline qu’en demi-finale face au futur vainqueur. Et surtout, surtout, une marée rouge qui déferle dans nos rues, dans nos bars, avec cette chanson sur l’air de Yellow Submarine des Beatles : « Number One is Gary Speed, number two is Gary Speed, number three is Gary Speed, and number four is Gary Speed. We all dream of a team of Gary Speed, a team of Gary Speed, a team of Gary speed… ».

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