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Mais on le dit quand même

TLM S’en Cadre : Les coccinelles de Rodney Dangerfield (« Ladybugs »)

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S’improviser entraîneur d’une équipe de football féminin, quand on n’y connaît rien au ballon rond. Voilà dans quelle galère s’engage Rodney Dangerfield dans le long-métrage « Ladybugs« , réalisé par Sidney J. Furie, en 1992.

Pour ce deuxième volet du TLM S’en Cadre, on fait chauffer le magnétoscope pour vous parler de cette production américaine où l’on croise le regretté Jonathan Brandis ou encore Vinessa Shaw dans l’un de ses premiers rôles.

Etrange cohabitation

Ladybugs logo
Rodney Dangerfield est un humoriste américain né en 1921. Se lançant dans le milieu du spectacle, il acquiert une notoriété assez importante dans les années 1970. Sa carrure, son humour et sa galerie de personnage lui attirent la sympathie du public. De plus, il devient un vrai touche-à-tout.

Il sort des disques de chansons humoristiques dont l’album « No Respect » en 1980 qui remporte le Grammy Award de l’album comique le plus vendu de l’année. Il s’invite dans le téléviseur des américains pour plusieurs émissions spéciales dès le début des années 1980 et pousse les portes du grand écran par la même occasion. C’est son rôle d’Al Czervik dans Le Golf en Folie (« Caddyshack » ; 1980) d’Harold Ramis qui lui permet de poser la première grande pierre de sa carrière au cinéma après un rôle mineur dans L’Ultime Razzia (« The Killing » ; 1956) de Stanley Kubrick et celui du principal antagoniste dans The Projectionist (1971) d’Harry Hurwitz.

L’humoriste va alors exploiter le secteur des comédies familiales, jouant et écrivant les scénarios d’À fond la fac (« Back to School » ; 1986) d’Alan Metter, où il enfile le costume d’un riche homme d’affaires arrivant sur les bancs de l’université,, et d’Homère, le roi des cabots (« Rover Dangerfield » ; 1991) de James L. George et Bob Seely, un film d’animation où il recréé son personnage sous les traits d’un chien.

Dangerfield repasse ensuite comme simple acteur pour Ladybugs, réalisé par Sidney J. Furie. Ce réalisateur est connu pour avoir un des parcours les plus atypiques de l’histoire d’Hollywood. En 1965, son métrage Ipcress, danger immédiat (« The Ipcress File« ) fait partie de la sélection officielle du festival de Cannes mais ne remporte pas la Palme d’Or. Il se réconforte tout de même avec le BAFTA Award du meilleur film britannique. Le canadien ne se limite pas à un seul genre, continue dans le film d’espionnage (Chantage au Meurtre ; 1967) mais se tourne aussi vers le film d’action (Hit! ; 1973), le film biographique (Lady Sings the Blues ; 1972) ou encore le drame avec The Boys in Company C (1978) prenant place en pleine guerre du Vietnam et plaçant déjà le football comme un élément important de son intrigue.

En 1986, Furie retrouve une seconde jeunesse avec le succès d’Aigle de fer (« Iron Eagle« ), un film d’action qui va rencontrer un certain succès populaire. Plusieurs suites verront le jour. Entre deux, il est à la tête de Superman IV qui clôture avec fracas la première série de film sur le défenseur de Metropolis.

Plusieurs chantiers pour Furie

Matthew (Jonathan Brandis), Chester (Rodney Dangerfield) et Julie (Kackée Harry) observant une rencontre des « Ladybugs ». Tous droits réservés : Paramount Pictures.

Avec Sidney J. Furie derrière la caméra et Rodney Dangerfield devant, Ladybugs est tourné au milieu de l’année 1991. L’acteur joue le rôle de Chester Lee, un homme d’affaire n’ayant pas confiance en lui. Travaillant dans la société de Dave Mullen (Tom Parks), il désire recevoir une promotion et cherche à étonner son patron, grand fan de football. Prétextant avoir été un grand joueur dans sa jeunesse, Lee est engagé par Mullen pour être le nouvel entraîneur de l’équipe de football féminin, les « Ladybugs » (« coccinelles ») dans laquelle joue sa fille Kimberley (Vinessa Shaw) et dont son entreprise est le sponsor. Chester se retrouve à la tête d’une équipe de jeunes filles débutantes pour la quasi-totalité alors que lui même n’a jamais joué ou compris les règles de ce sport.

Après une défaite 9-0 pour son premier match, Chester a l’idée de travestir son beau-fils Matthew (Jonathan Brandis), ayant arrêté le football à cause de mauvais résultats scolaires, pour l’intégrer à son équipe et apporter un minimum de jeu. Mais le plan échafaudé par les deux hommes n’est pas sans risque.

Dans ce film, le football prend très cher. Du fait de l’amateurisme (joué ou réel) des personnages, les scènes de matchs ou encore d’entraînements sont incohérentes et ne font pas rêvés. Il faut attendre la fin du film pour voir quelques actions plus ou moins construites. Au sein des Ladybugs, seul Matthew, renommé Martha, semble maîtriser son sujet à côté de ses coéquipières dont l’inexpérience est bien mise en avant.

Pour la réalisation de ce film, la Paramount signe un budget de vingt millions de dollars. Mais cela ne semble pas faire peur à l’équipe et l’ambiance est assez décontractée sur le plateau. Dans son livre Sidney J. Furie : Life and films, racontant la carrière du réalisateur, Daniel Kremer s’appuie sur le témoignage d’Harry Basil, un comédien proche de Dangerfield. Il raconte que pendant le tournage, Furie passe beaucoup de temps au téléphone, négociant pour la construction d’une nouvelle maison, dans laquelle le canadien emménage plusieurs mois après la fin de la production. Prenant place à Denver, un appel aux figurants est même lancé dans la presse locale. Finalement, le métrage est rendu en avance par rapport aux prévisions de la Paramount et la totalité du budget n’a pas été dépensée.

Cependant, le visionnage de Ladybugs nous laisse un peu pantois et gêné.

Une comédie (pas vraiment) familiale

Chester (au centre) s'apprêtant à effectuer un remplacement lors d'un match des "Ladybugs". Tous droits réservés : Paramount Pictures.
Chester (au centre) s’apprêtant à effectuer un remplacement lors d’un match des « Ladybugs ». Tous droits réservés : Paramount Pictures.

Ce film peut être considéré comme un symbole des Etats-Unis, balbutiants avec le football dans les années 1990. Lorsque les caméras tournent, la première Coupe du monde de football féminin organisée par la FIFA s’apprête à démarrer avec une équipe qui représentera la bannière étoilée du côté de la Chine. De plus, l’Oncle Sam se prépare également à accueillir la grande Coupe du monde dans trois ans, avec sa pléthore de joueurs vedettes.

Toutefois, cette comédie, qui semble être familiale, se rapproche plus du camp d’Adam Sandler que de Kevin Zegers. Les personnages masculins (Chester et Matthew en tête) sont distraits à n’importe quelle moment par les femmes. Un comique de répétition s’installe alors entre Chester et la femme de son patron d’où culminera un plan de Furie sur la culotte de celle-ci et un regard lubrique du personnage principal. On peut également citer l’utilisation d’injures et de nom d’oiseaux à outrance que ce soit des adultes mais également des jeunes acteurs.

De plus, les références sexuelles et dialogues à double-sens sont assez présents. Lorsque son équipe prend un but après quelques secondes, Lee dit à son assistante que « la seule chose la plus rapide que [ce but], c’est quand [il fait] l’amour« . On peut encore citer ce discours très émouvant (sic) de l’entraîneur avant un match de championnat : « Vous êtes des femmes. Vous n’avez pas besoin d’autre chose. Vous êtes libérés. Vous avez obtenu le vote. Vous pouvez brûler vos soutiens-gorge…Quand vous en aurez !« . Nous vous rappelons qu’il s’adresse à des jeunes filles de 10 à 16 ans.

Ce qui est assez dommage, c’est que le film montre une image assez réductrice de la femme. Les personnages de Madame Mullen et Kimberly sont résumés à de belles sportives sans vraiment aller plus loin. Certes, entre deux réflexions paillardes, Chester Lee conseille ses protégé(e)s notamment sur la confiance en soi ou encore le travail et le dépassement. Mais toutes ses bonnes paroles sont noyées dans un scénario peu original, qui se repose juste sur un Dangerfield en roue libre, balançant une blague à la minute.

Toutefois, il faut préciser que certains moments parviennent à nous arracher un sourire comme celui où Chester se déguise également en femme pour sauver Matthew d’un sale pétrin ou encore cette scène digne du théâtre où le jeune garçon jongle entre sa vraie personnalité et celle de Martha alors que sa mère, ne connaissant pas le pacte entre son mari et son fils, et Kimberly sont dans la même maison. Chose également importante à souligner, le talent des seconds rôles Jonathan Brandis, très juste, et Vinessa Shaw qui s’en sort plutôt bien pour sa première apparition au cinéma. D’ailleurs, ils seront tous les deux nominés dans les catégories de « meilleur jeune acteur » et « meilleure jeune actrice dans un long-métrage » aux Young Artist Awards 1993 tout comme les sept autres joueuses importantes de l’équipe dans la catégorie « Meilleur jeune casting pour un long-métrage« .

Au fond de l’étagère vidéo

Matthew (Jonathan Brandis) cherchant une solution à ses problèmes. Tous droits réservés : Paramount Pictures.
Matthew (Jonathan Brandis) cherchant une solution à ses problèmes. Tous droits réservés : Paramount Pictures.

Ladybugs sort sur les écrans américains le 27 mars 1992, quatre mois après la victoire des Etats-Unis à la Coupe du monde féminine. Toutefois, l’oeuvre est descendue par la critique. L’Entertainment Weekly fustige les mauvaises plaisanteries de Dangerfield et considère le film comme une pâle copie de La Chouette Équipe (« The Bad News Bears » ; 1976) de Michael Ritchie. Le célèbre magazine Variety publie également une critique assassine, considérant ce « téléfilm de troisième zone » de « sexiste, homophone et terriblement pas drôle« . Encore aujourd’hui, très peu de personne défendent ce film même du côté de la Paramount.

Lors de la post-production, la plus ancienne société de production cinématographique éprouve quelques difficultés à promouvoir ce long-métrage qui se veut tourné vers la famille. On pense même à le renommer The Coach (« L’entraîneur ») mais le titre original est conservé. Dangerfield évoque la Paramount devant la presse, affirmant que la société « est 100% derrière Ladybugs » mais ajoute que « c’est ce qui est bien avec la Paramount, il y a toujours quelqu’un derrière vous…ils doivent être derrière vous pour faire ce qu’ils veulent« .

Au final, le film est un échec, ne remportant que quinze millions de dollars et entraînant une perte de près de cinq millions pour les sociétés de productions. Il sera diffusé pour la première fois à la télévision américaine en 1994 sur le réseau ABC. Aucune distribution ne sera faîtes en France, que ce soit au cinéma ou sur le marché vidéo. Ladybugs ne laisse pas une grande trace dans la filmographie des protagonistes et doit se contenter d’une place au fond de l’étagère vidéo ou dans les méandres d’un vide-grenier au plus profond du Colorado.

Sidney J. Furie et Rodney Dangerfield se retrouveront, huit ans plus tard, dans « My 5 wives » (« Mes 5 femmes »). L’interprète de Chester Lee fait encore quelques apparitions au cinéma ou à la télévision avant de s’éteindre le 5 octobre 2004. Furie enchaîne la direction de film dont le dernier en date, The Dependables, sorti il y a deux ans. Jonathan Brandis joue ensuite dans la série SeaQuest, police des mers (« SeaQuest DSV« ) pour lequel il remporte le Young Artist Award du « meilleur jeune acteur dans une série télévisée » en 1994. Plusieurs années après, il se pend dans son appartement, le 11 novembre 2003, à l’âge de vingt-sept ans. Quand à Vinessa Shaw, elle poursuit sa carrière, apparaissant notamment dans Eyes Wide Shut (1999) de Kubrick où elle joue le rôle de Domino, une prostituée. Bref, tout le monde à mal tourné après cette histoire.

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