mer. Oct 23rd, 2019

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Mais on le dit quand même

Manchester City ou quand la géopolitique s’invite à la table du FPF

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Depuis un peu plus de deux saisons, Pep Guardiola préside aux destinées de Manchester City. Si sous sa mandature les Skyblues ne sont pas encore parvenus à remporter la Ligue des Champions, échouant même à atteindre les demi-finales de la compétition (échecs en huitièmes en 2016-2017 et en quarts en 2017-2018), ils ont en revanche établi la saison dernière un nouveau record en Premier League. Champions avec 100 points, l’escouade du Catalan a effectivement réalisé ce qu’aucune équipe n’avait réalisé jusque-là, enchantant les spectateurs par son jeu léché et ses redoublements de passes. Il est impossible de présager ce qu’il se passera durant la saison en cours mais il n’est pas exagéré de considérer qu’en cas d’absence de résultats significatifs en Ligue des Champions, le passage de Guardiola dans le nord de l’Angleterre commencera à avoir des airs de fiasco.

Connu et reconnu pour son sextuplé magnifique réalisé alors à la tête du FC Barcelone, Pep Guardiola est caractérisé tout à la fois par son tiki taka fait de redoublement de passes et par sa grande créativité dans la mise en place de système de jeu – les replacements de Lahm ou Kimmich lors de son passage à Munich faisant à ce titre office d’étendard – et semble en cela être le reflet idoine de la politique menée par les dirigeants du club pour contourner le Fair-Play Financier à l’aide de montages tous plus complexes les uns que les autres. Surpassant largement le « dopage financier » du PSG (2,7 Milliards d’€ pour les Skyblues contre 1,8 pour le PSG), les dirigeants émiratis de Manchester City ont su se reposer sur la géopolitique pour faire plier l’UEFA et même l’humilier.

 

Au royaume des sociétés écrans

 

De la même manière que le PSG, les dirigeants de Manchester City ont tenté de contourner le FPF en gonflant artificiellement les contrats de sponsoring signés par le club du nord de l’Angleterre. Selon un audit mené par l’UEFA en 2014, la valeur des contrats des quatre sponsors émiratis de Manchester City est gonflée de 100%. En d’autres termes, cela signifie que dans la réalité ceux-ci valent deux fois moins que ce qui est inscrit dans les comptes. Le club de Manchester ne devrait donc toucher que 70 Millions d’€ annuels de la part de ces sponsors et non pas 140 Millions. Par-delà cette surévaluation, ce qui intrigue fortement à la lecture des éléments révélés par Mediapart demeure assurément le caractère rétroactif de certains des contrats. En somme, alors que la logique voudrait qu’un club sache au début de saison ce que vont lui verser ses sponsors et adapte son train de vie à ce montant, Manchester City effectuait l’inverse à savoir adapter la somme versée par ses sponsors aux dépenses de la saison.

Si la logique peut sembler proche que la démarche du Qatar avec le PSG, les Emiratis de City ont élaboré un système plus complexe et sophistiqué. Plutôt que simplement surévaluer les contrats de sponsoring comme l’a fait le Qatar avec le PSG, le cheikh Mansour bin Zayed al Nahyan, demi-frère du souverain d’Abu Dhabi et propriétaire de Manchester City, a mis en place un système de sociétés écrans lui permettant de rémunérer via sa holding ADUG les sponsors de telle sorte que ça soit lui qui de manière déguisée finance son club, le tout passant par des multiples paradis fiscaux, permettant l’anonymat des fonds.

 

De la rivalité géopolitique

 

Beaucoup de choses ont été dites à propos de l’arrivée des Qataris au PSG. Assistés par Nicolas Sarkozy, les représentants du petit émirat menait alors une vaste offensive économique sur la France. Ayant bien saisi que la survie de leur petit pays ne pourrait passer que par l’acquisition d’un pouvoir d’influence dépassant largement leurs frontières, les dirigeants qataris ont donc décidé de se lancer dans l’acquisition d’enseignes diverses et variées afin d’asseoir ce que les experts en géopolitique appellent le soft power. Dans cette logique, l’acquisition du PSG représente une vitrine merveilleuse pour le petit émirat. C’est à peu près dans la même logique qu’Abu Dhabi avait acquis Manchester City quelques années plus tôt.  Etant donné que la motivation première du cheikh était la géopolitique, il n’y a finalement pas de surprise à voir que celle-ci s’est invitée à la table des négociations dès lors qu’il s’est agi de menacer l’UEFA.

 

Le même Nicolas Sarkozy qui avait assisté les Qataris pour leur arrivée à Paris offre ses services aux dirigeants émiratis de Manchester City comme le décrit bien  Mediapart. Tout ceci aboutit à voir ce dernier en copie des mails envoyés par un Gianni Infantino implorant les dirigeants de City d’accepter son accord amiable. Il faut dire qu’en ce 2 mai 2014, l’UEFA espérait fortement pouvoir annoncer des sanctions même minimes à l’égard de neufs clubs dont le PSG et Manchester City à la suite d’un accord amiable. Tous les clubs acceptent sauf Manchester City, ce qui explique ce mail catastrophé et contrit de Gianni Infantino. Pour le propriétaire de Manchester City, il est inenvisageable d’avoir une amende similaire à celle du PSG, la rivalité sportive passant au second plan derrière la rivalité géopolitique. Nasser Al-Khelaïfi mis au courant par des fuites dans la presse de l’amende moindre pour Manchester City ne l’entend pas de cette oreille et c’est à une véritable guerre d’influence que nous assistons en coulisses. Finalement, les deux émirats sortent gagnants en obtenant des sanctions similaires et très minimes : amende d’un montant ridicule vu la richesse des deux émirats et limitation de leur masse salariale et de leurs transferts pendant deux ans, ce qui n’a pas empêché les deux clubs de continuer à dépenser sans compter. Comme quoi les rivalités géopolitiques peuvent aboutir sur une victoire commune.

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