jeu. Sep 19th, 2019

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Mais on le dit quand même

Quand Poutine met l’UEFA à genoux

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Le 15 juillet dernier, sous la pluie diluvienne de Moscou et sur la pelouse du stade Loujniki, l’Equipe de France vient d’ajouter une deuxième étoile à son blason en disposant de la Croatie en finale de la coupe du monde organisée en Russie. Dans l’attente que le podium soit monté, l’escouade de Didier Deschamps fait la fête sur la pelouse, ne se souciant pas le moins du monde de la pluie glaciale qui tombe sur eux. Quelques minutes après, les néo-champions du monde montent sur le podium pour recevoir leurs médailles et le plus beau trophée de football pour beaucoup. Contrairement aux fois précédentes, la remise du trophée s’effectue sur la pelouse avec les dirigeants politiques bien en évidence, c’est alors le triomphe de Vladimir Poutine.

Cette scène idyllique pour beaucoup de Français aurait pourtant pu ne jamais avoir lieu, pas sur la pelouse du stade Loujniki et en présence de Vladimir Poutine en tous cas. Le dirigeant russe savoure alors ce qui est une grande victoire pour lui, son pays a réussi à organiser une coupe du monde alors qu’on lui promettait l’enfer. En contemplant cette réussite communicationnelle pour lui, Poutine doit certainement se dire qu’il a eu raison de faire chanter l’UEFA il y a quelques années quand celle-ci souhaitait sanctionner le Zénith Saint-Pétersbourg. Contrairement à la FIFA qui arrive à mettre à genoux des Etats en les forçant à modifier leur législation, l’UEFA subit elle les pressions des différents Etats. La Russie de Poutine ne fait pas exception.

 

La pieuvre publique russe

 

Les Football Leaks révèlent effectivement que l’Etat russe par l’intermédiaire d’entreprises publiques a massivement subventionné les clubs russes à commencer par le Zénith Saint-Pétersbourg, le protégé de Poutine. Issu de la même ville que le club, le président russe a pesé de tout son poids pour que le club ait des financements conséquents pour faire bonne figure en Europe. La ville de Saint-Pétersbourg, porte de l’Occident en Russie, abrite le musée de l’Hermitage, l’un des plus grands et plus majestueux musées du monde possédant une collection absolument ahurissante. La richesse culturelle ne suffisant pas attirer ou retenir les meilleurs joueurs, c’est Gazprom le géant du gaz qui a pris le relais pour perfuser le club et lui permettre d’avoir des moyens importants (en lui apportant 66% de ses revenus de partenariat) qui lui ont par exemple permis de recruter Hulk pour 40 Millions d’€.

Le Zénith, s’il est le club qui a le plus bénéficié de la mansuétude de l’UEFA est loin d’être le seul club à avoir profité de ces largesses. Deux clubs moscovites ont effectivement bénéficié de la même indulgence. Le Lokomotiv Moscou tout d’abord, qui comme son nom l’indique appartient quasi-totalement à la société publique des chemins de fer russes, s’est vu financer à des niveaux ahurissants par l’entreprise publique : 94% des revenus de partenariat en 2012 et 2013, 88% des recettes du club entre 2012 et 2017. Situation similaire au Dynamo Moscou où la banque VTB détenue à 60% par l’Etat assure 96% des recettes de partenariat du club ce qui constitue 58% de son budget. Dans les trois cas certains contrats de sponsoring sont manifestement surévalués. Au regard de ces manquements manifestes à l’égard du FPF, les clubs russes n’ont eu que des sanctions très légères : 1,5 Million d’amende pour le Lokomotiv ainsi que quelques restrictions de recrutement et une amende de 6 Millions pour le Zénith. Les deux clubs sortent en 2017 avec un an d’avance du contrôle prévu par l’UEFA.

 

La peur d’un fiasco mondial

 

Comment expliquer que l’UEFA ait fermé à ce point les yeux sur des manquements aussi manifestes ? La réponse est à la fois simple et complexe, simple dans son libellé, complexe dans les mécanismes mis en place. La raison principale qui a fait que l’UEFA a passé l’éponge est la crainte d’une coupe du monde ratée. Vladimir Poutine s’est effectivement personnellement investi dans la pression mise sur l’instance européenne. En s’armant de Gazprom, sponsor de la FIFA donc avec un moyen de pression important, le président russe a très rapidement expliqué que si les sanctions de l’UEFA devenaient effectives, le football russe plongerait. Expliquant que ce « dopage financier » était la résultante de revenus bien moindre perçus par les clubs en termes de billetterie ou produits dérivés. Ces revenus moindres sont le fait d’un niveau de vie bien moins élevé en Russie que dans l’Europe occidentale : le marché russe est sous-développé car la population russe « ne gagne qu’un tiers du revenu moyen des grands pays de l’UE » selon un document confidentiel publié par Mediapart.

 

Empêcher Gazprom et les autres entreprises publiques de perfuser les clubs russes aboutirait donc à un exode massif des joueurs et donc à une chute drastique du niveau du championnat russe et en conséquence de l’équipe nationale. Digne de la saison 4 du Bureau des Légende se déroulant en partie en Russie, les manœuvres de Poutine s’accompagne de menaces plus ou moins voilées à l’égard des dirigeants de l’UEFA, Michel Platini et Gianni Infantino. Menaçant de partir en guerre contre l’institution, Poutine affirme également qu’en cas de krach du football russe, la population se détournerait vers le hockey. Bien plus que les menaces de partir en guerre contre les instances c’est sans doute cette menace de voir des stades vides en 2018 voire un retrait de la Russie au dernier moment qui a motivé l’UEFA à se mettre à genoux et à céder aux exigences des clubs et du président russes. De là à voir une annexion de l’UEFA par la Russie il n’y a qu’un pas.

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