mer. Oct 23rd, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

On est allé à l’Expo Foto Foot

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Alors qu’en ce moment-même l’exposition Nous sommes Foot sise au MuCEM fait l’unanimité (voir par ailleurs), il se tient en même temps et à quelques hectomètres de là une autre exposition à découvrir : Foto Foot, mettant elle aussi en avant notre chère balle ronde.

Comme son nom le laisse penser, il s’agit d’une exposition largement consacrée à la photographie, mais pas que. Ici, il n’est pas question de photojournalisme, de photos issues de matches de légende ou quelque chose de la sorte : la démarche est toute autre. Dans cette galerie très agréable et rapide à visiter, le football est le sujet ou le point de départ d’une démarche artistique. C’est ainsi que douze artistes contemporains ont misé sur ce sport populaire comme vecteur de leur travail, ou s’en servent comme support à leurs expérimentations. Point original de notre balade, elle se déroule dans une ancienne boutique de vêtements reconvertie en lieu d’exposition. De ce fait, nous pouvons admirer photos exposées en vitrine ou affichées dans les anciennes cabines d’essayage, conférant une atmosphère encore plus insolite à la chose.

Côté photographie, nous y trouvons des œuvres d’une diversité conséquente, nous permettant d’aborder la discipline sportive – dont il est finalement très peu question – sous d’autres angles. Voici un tour d’horizon de ce que nous y voyons :

  • Des portraits de joueuses d’une équipe féminine marseillaise (LSC – Estaque – Séon), qui reflètent la réalité du football au cœur des quartiers Nord de la cité phocéenne, réalité parfaitement retracée sous l’objectif de Yohanne Lamoulère.
  • « Maracana » de Claire Chevrier aurait pu s’attarder sur l’architecture de ce stade colossal, probablement le plus mythique de la planète foot, ou en tout cas celui qui soulève bien des fantasmes. Elle aurait pu tout autant se pencher sur une des innombrables parties qui a fait l’histoire de ce monument. Mais il n’en est rien : l’artiste a préféré démystifier le lieu et le montrer sous un nouveau jour, où l’ouvrier remplace le joueur comme acteur sur la pelouse. Cette capture du stade où les carrés de pelouse sont en cours de remplacement nous emmène même en dehors du domaine footballistique pour réinventer une nouvelle scène, un nouveau paysage.
  • Un diaporama vidéo nous dévoile les photos du projet « European Fields » d’Hans Van Der Meer, instantanés de terrains capturés lors de rencontres amateurs à travers le continent européen et après une méticuleuse recherche du point de vue idéal en amont. Ces terrains parfois bigarrés, souvent bucoliques, montrent à quel point le football et son aire de jeu s’intègrent à merveille aux nombreux types de paysages que le vieux continent comporte.
  • Un peu dans le même esprit que la précédente thématique sont affichées des photos qui, pour leur part, ont pour sujet central les cages (sélection issue de « Buts », ouvrage de Pierre Schwartz). Principalement sommaires, quelque fois faites de bric et de broc dans des dimensions loin d’être réglementaires, elles sont photographiées avec des points de vue où prédomine le paysage. L’ensemble donne un caractère documentaire à la scène, voire même une certaine dramaturgie. Ces images sont autant de preuves de l’universalité du foot, quel que soit la région du monde ou le milieu culturel concernés.

  • « L’art de jouer sans la balle » est une succession de clichés où l’artiste, Benoît Luisière, se met en scène lors de différentes phases de jeu ou moments entourant un match (récupération, avant et après-match, etc.). Le tout, dans une mise en scène qui prend bien soin d’éclipser le ballon, pourtant élément central de ce sport, comme pour mieux se focaliser sur les personnages et les situations. De fait, cela a tendance à vanter les mérites du collectif et de la beauté du geste.
  • Une sélection de tirages dédiés au foot de la collection « Watching TV » par Olivier Culmann qui, dans le cas présent, s’est concentré sur des personnes suivant une rencontre devant un poste de télévision : seules, en famille, entre amis ou encore dans un lieu public. Ces scènes témoignent de la passion (ou de la quasi indifférence) qui peut régner quel que soit le milieu social et quelles que soient les conditions, parfois rudes, pour regarder un match en direct (dans un café cosy, au milieu d’un taudis, dans son salon avec ses enfants, dans la rue au milieu de la foule, etc.).
  • « Voy » de Franck Pourcel est un reportage photo nous plongeant dans le monde du cécifoot et de ses pratiquants non-voyants. Ici, les autres sens sont mis en exergue et on y découvre le quotidien de ces équipes où le foot est une invitation à se dépasser et à surmonter les difficultés que peuvent causer un handicap.
  • « Etude typologique des effets de causalité observés sur des individus exposés à des épreuves physiques à caractère podologique » d’Olivier Cablat est un florilège de portraits de joueurs façon Panini pour lesquels l’identité du footballeur et de son équipe a été sciemment effacée, comme pour mieux se concentrer sur la gravité ou la légèreté des visages et réinterpréter le sens que l’on donne à ces photos, désormais hors-contexte. Dans la version complète, l’auteur a pris un malin plaisir à classer les footballeurs selon des critères de ressemblance et d’appartenance parfois évidents, parfois qui lui sont propres.

Mais comme la photographie n’est pas l’unique medium employé en ces lieux, d’autres formes d’expressions artistiques y ont toute leur place. De fait, nous pouvons y admirer une collection non-exhaustive d’objets et de publications en rapport avec des événements marquants de l’histoire du sport roi, particulièrement des défaites mémorables ou des tragédies. Cette collection est entretenue par Olivier Cablat sous l’ingénieuse appellation « Le Stade la Lose », clin d’œil à l’antre du Benfica. Ainsi, nous y retrouvons un mug où figure la célèbre photographie du high kick du « King » Eric Cantona, une boite d’allumettes sur laquelle est représentée le stade Sanchez Pizjuan de Séville et un briquet à l’effigie de Patrick Battiston (en référence au célèbre France-Allemagne du Mundial 82), un décapsuleur Luis Suarez (pour parodier les morsures avec lesquelles il a pu s’illustrer), des objets commémorant les tragédies aériennes ayant touché le Torino ou Chapecoense et bien d’autres choses encore.

Une partie des objets et publications présentées de la collection « Le stade de la lose ».

 

Pour les fans de l’OM – et ça tombe plutôt bien, car nous sommes à Marseille – ils seront certainement ravis d’y retrouver 45 tours de Bernard Tapie, vignettes Panini de Marcelo Bielsa, Djibril Cissé ou encore Basile Boli. Par contre, pas dit que les cartes et posters à l’effigie de Patrice Evra et Fabrice Fiorèse notamment ravissent grand monde.

 

Autre concept sortant de l’ordinaire, la démarche de Laure

La tenue de Carlos Valderrama, ou une certaine idée du style.

nt Perbos qui, après s’être immortalisé en portait de footballeur à la façon des photos que l’on trouvait dans les boites de Vache Qui Rit, dans les albums Panini ou sur les pots de moutarde (« The Walk of Fame »), a contacté les différentes sociétés concernées pour leur demander d’apparaître aux côtés de ses idoles. L’expo nous dévoile les lettres envoyées par l’artiste et les lettres de refus qu’il a pu recevoir. Tout ceci dans le but de dévoiler un peu des rouages du marketing entourant les footballeurs et leur image, monde que l’on découvre évidemment inaccessible pour le commun des mortels.

La vignette conçue par Laurent Perbos, ses lettres envoyées et les réponses qu’il a reçues.

Focalisons-nous dorénavant sur les projections et autres diffusions vidéo faisant la part belle à différentes expériences et mises en scène théâtrales, et notamment sur une prouesse assez singulière.

Au rez-de-chaussée est retracée sur écran géant « Furlan / Numéro 23 », performance théâtrale de Massimo Furlan qui, en 2002 au Stade de la Pontaise à Lausanne, a rejoué tout seul (durant les 90 minutes du match et les 15 de la mi-temps) la finale de la Coupe du Monde 1982 opposant l’Allemagne à l’Italie, sa sélection de cœur victorieuse ce soir-là sur le score de trois buts à un. Performance à laquelle ont été ajoutés les commentaires TV et l’ambiance de l’époque (éclairages, bruits de la foule, etc.). Dans ce spectacle aux accents burlesques où seule une chaise fait office de compagnon de jeu au comédien, Furlan a tout simplement réalisé un rêve de gosse en évoluant avec le maillot de sa chère Squadra azzurra sur le dos.

Pour terminer, attardons-nous sur deux expérimentations insolites, où les footballeurs doivent évoluer sur des terrains pour le moins atypiques : la première (« Woodfoot » de Jérémy Laffon), dont l’aire de jeu située dans un sous-bois comporte arbres, branches et autres sols bourrés de reliefs compliquant la tâche des joueurs. Dans cette situation totalement absurde, ce qui sert de périmètre de jeu prend finalement le dessus sur des joueurs déboussolés, peinant à s’adapter aux contraintes imposées par la topographie des lieux.

La seconde fait référence à une sculpture réalisée par Marie Denis en 2003 dans le Parc Olympique de Munich et dénommée « Inclinaison ». Il s’agit d’un terrain tracé sur une colline à l’inclinaison tellement forte qu’elle devrait normalement rendre impossible la tenue d’un match, ou alors lui donner un côté sport extrême. Et pourtant…

… Et pourtant, ces deux expériences artistiques ont été immortalisées par des caméras complices. Des images totalement loufoques, bousculant les repères à la fois des pratiquants et des spectateurs, que l’on se plaît à admirer sur les écrans dispersés dans les espaces de l’exposition.

Pour apprécier le foot sous un angle nouveau et admirer la transformation que différents artistes de talent ont opéré sur notre discipline favorite, nous vous invitons à traîner vos guêtres dans cette exhibition à l’entrée libre, ouverte au public jusqu’au 11 novembre. Dommage pour vous qu’elle ne semble pas disposer à jouer les prolongations. http://www.marseilleexpos.com/blog/2017/07/05/foto-foot/

 

Un grand merci à Rémi Martinelli pour sa contribution sur TLMSF

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