mar. Sep 17th, 2019

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Mais on le dit quand même

Droits TV, LFP et Chine : La Ligue 1 à l’attaque de l’Empire du Milieu

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Accoudé au comptoir, les yeux rivés vers la télévision diffusant le match du samedi après-midi, Patrick discute ballon avec Hervé. « Cavani a besoin de beaucoup d’occasions pour marquer », « Mbappé est peut-être meilleur sans Neymar, tout compte fait… », ce à quoi Hervé se contente d’opiner du chef. Puis Patrick est passé du coq à l’ane et a décidé d’évoquer la nouvelle stratégie de la Ligue 1 pour conquérir le marché chinois. « Comme si un Angers – Dijon allait exciter la Chine» a envoyé Patrick, lançant un éclat de rire communicatif dans le bar.

A l’heure où le moindre détail footballistique devient un sujet de conversation primordial, nul doute que le nouveau partenariat signé par la Ligue 1 avec la Chine alimentera les discussions des passionnés du ballon rond. Des brèves de comptoirs aux débats télévisés en passant par les plateformes digitales. Mais que nous réserve exactement cet accord ?

La Ligue de Football Professionnel et beIN Sports se sont entendus avec CCTV, groupe audiovisuel chinois de télévision publique, et ce jusqu’en 2020/2021. Dès la saison prochaine, nos homologues chinois auront le privilège de se délecter du spectacle de deux rencontres de Ligue 1 chaque semaine. En sus, ils profiteront des magazines « Ligue 1 Show » et « Ligue 1 Highlights » produits par la chaîne qatari. La promesse de cet accord est grande : le championnat français sera ainsi accessible à plus d’un milliard de personnes.

La stratégie est toute trouvée. Pour défendre la Ligue 1, rien de mieux que de partir à l’attaque de l’Empire du Milieu. Le 18 mars dernier, la LFP avait décidé d’afficher la rencontre Nice-PSG en vitrine et avait pour cela programmé le match à 13h dimanche. Une décision bienvenue dans la mesure où 1,6 million de téléspectateurs chinois avait pu suivre les buts de Saint-Maximin, Di Maria et Alves. Un score seize fois supérieur à la moyenne et un encouragement à poursuivre dans cette voie. Et tant pis si le gigot d’agneau dominical est resté au four et que le repas de famille a tourné court. L’opportunité est énorme tant le potentiel d’exposition est unique. Le Nice-PSG fut diffusé sur des chaînes régionales dont la couverture laisse songeur : 10 millions de foyers pour Shanghai TV, 18 millions pour Guangzhou TV, 30 millions pour Guangdong TV. Alors la Ligue met le paquet. Quitte à faire passer l’intérêt financier au premier plan, au détriment du  supporter qui se rend au stade au cœur de ses préoccupations. Aujourd’hui, force est de constater que la Ligue 1 a énormément de retard à ce niveau-là. Un retard qui saute aux yeux lorsque l’on compare aux quatre grands championnats européens. Sur la période 2018-2024, la Ligue 1 se vend à l’étranger à hauteur de 80 M€ par an quand les droits TV de la Serie A hors de ses frontières s’élèvent à 371 M€. Sans parler de la Premier League qui a inondé la planète football avec 1,3 milliard d’euros.

La LFP ne compte donc pas s’arrêter là. Après la réussite affichée de la programmation du club azuréen face à la formation d’Emery, d’autres rencontres entreront dans ce cadre d’ici la fin de la saison. Et dans la foulée, la Ligue a également tenu à faire savoir que les deux prochaines éditions du Trophée des Champions se tiendraient en Chine. Plus précisément à Shenzhen, une ville de près de 12 millions d’habitants pouvant se targuer d’être parmi les municipalités les plus riches du pays.

Stéphane Guy dans les tympans, Ricard dans la gorge, Patrick lève les yeux vers la télé pour se tenir informé de l’évolution du score entre Lyon et Amiens. Pas grand-chose à se mettre sous la dent… Hervé a déjà un sourire en coin en anticipant ce que va dire Patrick. Mais ce dernier se tait. Au fond, il est partagé entre ce que ce partenariat pourra lui enlever et ce qu’il lui rapportera. Il sait qu’une fois de temps en temps, il devra quitter la maison plus tôt pour se rendre au stade avec son fils. Il sait que ces dimanches-là, on ne prendra pas son temps à table devant le journal télévisé. On fera les devoirs le matin avant de se faire un sandwich et de filer vite.

Il se dit aussi de manière assez prosaïque que le partenariat peut être une bonne chose. « Ma mère était commerçante, et elle disait toujours ‘faut prendre l’argent là où il y en a !’ » qu’il dit. Si cela peut permettre à son club de cœur d’empocher plus de sous pour recruter des joueurs qui enverront des étoiles dans les yeux de son fils, et dans les siens par procuration, alors pourquoi pas. Il n’est pas bien convaincu mais c’est le sens de l’histoire, alors il va le suivre.

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