ven. Jan 24th, 2020

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Mais on le dit quand même

Un Parc, des Princes

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Le Parc des Princes se modernise. En vue de l’Euro 2016 et des projets qataris, l’enceinte construite au début des années 1970 subira un gros lifting. Plus de places, plus de loges, plus de salons VIP … Le Parc nouveau devrait voir le jour d’ici deux saisons. Un énième changement dans l’histoire d’un des plus hauts lieux du sport français.

Il y a quelques siècles, le Parc des Princes n’était qu’une parcelle forestière, intégrée au Bois de Boulogne. Un endroit où, depuis Louis XIV, la plus haute noblesse du royaume de France ainsi que la famille royale venait se divertir, et notamment profiter de son gibier. La première installation sportive s’y installe en 1882. Pas un stade, pas un gymnase, mais une station scientifique. Sous la direction d’Etienne Jules Marey, un des plus grands médecins de ce temps, on réalise sur sa piste un grand nombre d’études sur le mouvement. D’ailleurs, c’est à l’intérieur de ses murs que naît ainsi une technique de capture du mouvement, la chronophotographie, dont s’inspireront quelques années plus tard les frères Lumière pour inventer le cinématographe. Le Parc des Princes venait déjà de rentrer dans l’histoire du cinéma. Bien avant Thiago Motta et Marco Verratti.

Vélodrome_Parc_des_PrincesIl faudra attendre l’été 1897 pour assister à l’ouverture de la toute première  véritable installation sportive : le vélodrome du Parc des Princes, copieusement critiqué à l’époque pour son architecture jugée trop avant-gardiste. Malgré à peine plus de 3 000 places, et pas de toit toit, il connaîtra rapidement un succès fou, autour des compétitions de la petite reine. Surtout le hasard fait bien les choses. Le directeur du vélodrome n’est autre qu’Henri Desgrange, directeur et rédacteur en chef de L’Auto-Velo, mais aussi créateur du Tour de France. Rien de plus logique donc, que l’arrivée de l’épreuve soit jugée au Parc des Princes. L’engouement autour du Parc est immense. Le 23 avril 1932, malgré les premiers relents de crise, ce sont ainsi pas moins de 32 000 personnes qui assistent à l’inauguration du tout nouveau vélodrome. Cette nouvelle enceinte grandiose fait le bonheur des parisiens qui peuvent désormais assister aux exploits des plus grands sportifs de l’époque. Mais les princes de la petite reine ne sont pas les seuls à s’illustrer au Parc. L’ovalie va rapidement en faire son jardin, et notamment le XV de France. Un véritable coup de foudre, une histoire d’amour qui durera plus de vingt ans. Le Parc représente un stade à part, « le temple mondial du rugby » comme l’avouera Christophe Juillet en 2001. « Le Parc, c’était le jardin secret de Serge Blanco. Le haut lieu du french flair« . En ces années 1970, l’enceinte parisienne va pourtant faire connaissance de ses nouveaux princes.

Dès les années 1960, l’état des stades français inquiète, notamment en comparaison des grandes enceintes européennes qui viennent de sortir de terre comme le Camp Nou de Barcelone ou le San Paolo de Naples. Si le Parc a accueilli en 1956, la finale de la toute première C1 entre le Real et Reims, il est désormais bien trop petit. Le temps est alors à la modernisation, on construit et détruit à tout azimut. Le Parc n’échappera pas aux pelleteuses qui l’achèvent en 1967. Cinq ans plus tard, le nouveau Parc sort de terre. Malgré sa couleur grise, nombreux sont les parisiens à l’admirer, à l’image d’un certains Jacques Chirac, alors maire de la capitale en campagne pour la présidence en 1981, qui n’hésitait pas à le comparer à une “gigantesque fleur de béton qui s’ouvre sur le ciel”. Avec ses 50 000 places, le nouveau Parc représente une prouesse architecturale pour l’époque, d’autant plus qu’aucun pilier ne vient gêner la visibilité du public. Une enceinte ovale, 77 000 mètres cube de béton, des tribunes suffisamment inclinées pour qu’aucun spectateur ne soit éloigné du terrain de plus de 45m. Une véritable révolution technique. Les seules critiques qu’on trouve à ce nouveau Parc ? Il serait trop petit. Et il n’y a pas parking. Inauguré le 4 juin 1972 par Pompidou, après trois ans de travaux, la piste de cyclisme a donc disparu. Impossible aussi d’y faire de l’athlétisme, la star, c’est la pelouse. Pour preuve, le premier événement reçu est une finale de Coupe de France remportée par l’OM de Skoblar sur le Bastia de Papi. Le baptême footballistique du nouveau Parc, c’est dont à l’OM qu’on le doit. Mais cela ne durera guère.3873211839_0a50f0f081_z

Le 10 novembre 1973, le célèbre couturier Daniel Hechter parvient à faire délocaliser sur la pelouse du Parc, un match de deuxième division entre son jeune club du Paris Saint-Germain et le voisin du Red Star. Un an plus tard, le PSG décroche de justesse sa montée en D1 et accède définitivement au Parc, qui devient son jardin officiel. Mais les matchs du désormais « club de la capitale » ne parviennent encore que très rarement à remplir les tribunes. Pendant près de vingt ans, la moyenne d’affluence ne dépasse guère les 25 000 spectateurs. Il faudra attendre les années 1990 pour que l’ambiance y devienne véritablement électrique, grâce notamment à la structuration des virages d’Auteuil et de Boulogne. L’équipe de France elle aussi, va reprendre ses aises au Parc. Et si le XV de France en a fait son stade de cœur, les cousins du foot entretiendront eux une relation bien plus mitigée avec l’antre de la Porte de Saint Cloud. En 1984, les coéquipiers de Michel Platini y deviennent la première équipe de sport collectif français à soulever un trophée. Mais derrière cet apogée, les désillusions seront grandes. D’Arconada à Kostadinov il n’y a qu’un pas, puisqu’en 1993, après deux défaites contre Israel et la Bulgarie, le Parc silencieux et dépité n’ovationnera pas une équipe qui vient de rater la qualification pour le mondial  américain. « C’est un beau stade, avec une belle ambiance. Mais on ne peut pas dire que j’y ai mes meilleurs souvenirs… C’est même le pire de ma carrière. Désormais, cela fait partie de mon passé, de ma vie » racontait même Didier Deschamps il y a quelques mois. Une page majeure du football français, à la fois belle et terrible, s’est écrite entre les murs du Parc. Cinq ans après la désillusion bulgare, c’est à Saint Denis que le cœur des Bleus déménagera, avec le succès qu’on lui connait. D’ailleurs, quand ils y reviendront en 2007 pour un France-Ecosse délocalisé en raison de la Coupe du Monde de rugby, ils s’y inclineront une nouvelle fois.

Comme pour le rugby, le Parc va perdre à la fin des années 1990, ses Bleus. Le tout nouveau Stade de France, deux fois plus grand que lui, vampirise désormais les matchs des équipes nationales. Mais celui que les puristes considèrent comme « le temple du footix » peine encore à faire ses preuves : trop froid, sans ambiance, parfois même versatile … Le Parc lui, continue sa mutation. Les nouveaux propriétaires qataris y installent dès 2011 une ambiance familiale, bien loin de celle qui effrayait les adversaires dans ces terribles années 1990. Un dernier changement dans l’histoire centenaire des Princes, qui en appellera surement d’autres.

Article tiré de l’Archives Sporting Club (va donc y faire un tour).

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