mar. Oct 20th, 2020

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

1969 – Quand le football part en guerre

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« Le football n’a rien à voir avec le fair play. Il est lié à la haine, la jalousie, la vantardise, le mépris de toute règle et le plaisir sadique d’être témoin de la violence : en d’autres termes, c’est la guerre sans les tirs ». Ces mots de George Orwell gagnèrent tout leur sens en 1969, dix-neuf ans après sa mort. Au fin fond d’Amérique centrale, un conflit entre footeux donna le coup d’envoi à une des guerres les plus foireuses de l’histoire du XXe siècle.

Le Mexique qualifié d’office pour la Coupe du Monde 1970 en tant que pays organisateurs, les qualifications de la zone CONCACAF ne donnaient alors qu’un seul billet pour la compétition. Ayant passés pépère le premier tour, le hasard décida d’opposer en demi-finale Honduras et le Salvador. Des deux côtés, la majorité des joueurs jouaient encore au bled, alors que les meilleurs faisaient banquette dans le championnat du Mexique, autant dire que la rencontre ne risquait pas de rester dans les annales. Sauf qu’entre ces deux nations de seconde zone, les tensions n’avaient jamais été aussi fortes. Depuis déjà plusieurs semaines, poussés par un nationalisme exacerbé par les médias et leurs gouvernements respectifs, les honduriens accusaient les salvadoriens de tous leurs maux, et vice-versa.

Le 8 juin 1969, le match aller fut ainsi le théâtre de nombreux incidents. La veille, des clous furent renversés sur la route du bus de l’équipe du Salvador, juste avant que des supporters honduriens aillent pourrir la nuit de leurs adversaires en faisant la fête … En bas de leur hôtel, une ambiance bon enfant au final.  Le lendemain, dans la moiteur de Tegucigalpa, la capitale hondurienne, les locaux l’emportèrent de justesse 1-0 grâce à une réalisation de dernière minute. Au Salvador, le suicide d’une jeune supportrice suite à cette défaite fut monté en épingle par les autorités. Elle aura le droit à des obsèques nationales, retransmises à la télévision, et son cercueil escorté par des membres du gouvernement et l’équipe nationale …

Une semaine plus tard, la réponse des supporters salvadoriens fut encore plus violente. Comme pour leurs homologues honduriens, ils allèrent pourrir la nuit de l’équipe adverse, mais cette fois ci en foutant directement le feu à leur hôtel ! Technique beaucoup plus efficace que l’adversaire puisque le lendemain, traumatisés par cette expérience et exténués, Los Catrachos se prendront 3 pions dans la musette  … Des échauffourées dans les tribunes causeront même la mort de plusieurs supporters honduriens. Les relations diplomatiques entre les deux pays, quant à elles, sont officiellement coupées quelques heures après la rencontre.

Mais la règle du score cumulé n’existait pas encore ! Autant dire que le match d’appui, disputé au Mexique à la fin de ce mois de juin, risquait de mettre encore plus le feu aux poudres … Le Salvador l’emporte finalement 3-2 après prolongations, non sans les protestations honduriennes accusant les arbitres d’avoir été achetés, scénario classique jusque-là. Mais suite à ce match, l’énorme communauté salvadorienne vivant au Honduras devint le bouc-émissaire par excellence. En réponse, quelques semaines plus tard, le Salvador – qui accusait même son voisin de génocide – décide de bombarder la capitale hondurienne et d’envahir un pays pourtant 5 fois plus grand que lui (à l’échelle européenne, un peu comme si la France se faisait envahir par le Portugal …)

Pendant quatre jours, les violences feront près de 2000 morts et des dizaines de milliers de déplacés, d’où son nom de « Guerre de Cent heures », bien que la culture anglo-saxonne continue à l’appeler la « guerre du football ». Certes, le football ne fut pas la raison principale du conflit, mais comme le fut l’assassinat de l’Archiduc François Ferdinand pour la Première Guerre mondiale, le déclencheur, la goutte d’eau qui fit déborder le vase. L’année plus tard, le Salvador, pour sa première Coupe du Monde, sera la plus mauvaise équipe de la compétition, avec 3 défaites, et aucun but marqué, mais cette équipe était déjà rentrée dans l’histoire.

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