mar. Oct 20th, 2020

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FC Barcelone : la Catalogne vraie ?

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Le 25 novembre dernier, à l’occasion d’une victoire anecdotique contre Levante (4-0) en Liga, Tito Vilanova réalisait une première dans l’histoire du FC Barcelone : une rencontre disputée avec 11 joueurs issus de la Masia. Devenu un modèle pour la formation de joueurs locaux, le FC Barcelone n’a pourtant pas toujours misé sur ce système. En même temps que le catalanisme promu par les président Juan Laporta et Sandra Rosell, le Barca n’en est pas moins un club cosmopolite.

Hispanisé sous le nom de Joan Gamper, le fondateur historique du club blaugrana en 1899 – Hans de son vrai prénom – était ainsi un exemple parfait de la tradition cosmopolite du football du début du 20e siècle. Suisse de naissance, cet homme d’affaire passionné de sport avait fait ses armes dans son pays natal au FC Bâle, avant de venir faire une pige en France, du côté de Lyon, où il côtoya des Anglais, des Italiens, des Egyptiens … Le football était devenu le symbole du libre-échange et de l’universalité, avec les mêmes règles (ou presque) pour tous. Gamper n’avait pourtant pas émigré à Barcelone pour vivre du football, puisqu’il n’était que représentant en Catalogne de  diverses compagnies comme le Crédit Lyonnais. En plein boom économique de la ville, c’est cette immigration qui est à l’origine même du FC Barcelone.

Mais la question de l’accès de ces nouveaux arrivants aux clubs locaux demeurait en suspens, Gamper en témoignait parfaitement : « Lors de mon arrivée à Barcelone je décidai de continuer à jouer au football. Je demandai à participer à l’équipe du Gymnase Tolosa. Mais, ils refusèrent d’affilier des étrangers. C’est ainsi que j’entrepris les démarches en vue de créer un nouveau club ». La légende veut même que le premier match du Barca se soit joué avec 11 joueurs … anglais ! Né en 1899, le FC Barcelone souleva malgré tout de nombreux mécontentements et un an plus tard, des étudiants espagnols s’opposant au cosmopolitisme du club, fondèrent l’Español, l’autre club de la ville. Quelques années plus tard, à Milan, le même problème se posera, et comme à Barcelone, débouchera sur la création d’un nouveau club : l’Internazionale, par des dissidents de l’AC Milan.

Son identité catalane, le FC Barcelone l’a surtout gagné sur le terrain politique. Gamper lui-même avait donné son appui aux nationalistes catalans et dû quitter la péninsule suite à l’instauration de la dictature de Primo de Rivera en 1923. Rebelote en 1936, pendant la guerre civile, nombreux sont les dirigeants à prendre le parti des républicains, le président de l’époque y perdra même la vie. Quelques mois plus tard, la ville tombée aux mains de Franco, le nouveau gouvernement s’attache à supprimer toute forme de particularisme catalan. Le nom du club, le logo, les dirigeants … Tout est épuré. C’est sous la dictature du Caudillo, accusé régulièrement de favoriser le rival madrilène, que le FC Barcelone devient alors un symbole du catalanisme. Mais le coup de grâce est porté en 1968, quand la devise « mès que un club » est adoptée, mettant en avant cette identité catalane revendiquée.

Catalan certes, le club n’en resta pas moins cosmopolite. Sur le plan tactique, si le jeu à la barcelonaise est admiré un peu partout dans le monde, il n’est qu’un héritier du « football total » néerlandais des années 1970. Importé en Catalogne par Rinus Michels et encore personnalisé de nos jours par la légende Johan Cruijf, il joua un rôle fondamental dans la construction de l’identité du jeu du Barca sur la scène internationale. Aujourd’hui par ailleurs, si la mobilité des joueurs demeure une caractéristique du football, le Camp Nou est une poche de résistance. Porte drapeau d’un catalanisme « ouvert », le club fait la différence entre d’un côté des joueurs recrutés partout dans le monde – à l’exception de Madrid – qui sont mercenaires à la cause du club, et de l’autre les socios représentant la « nation catalane ». Le football est cosmopolite, le club est catalan.

Si l’identité du FC Barcelone demeure complexe, elle n’en est pas moins singulière, notamment à l’échelle de l’Espagne. Symbole revendiqué du projet d’autonomie de la Catalogne, le club ne peut pas pour autant être qualifié de nationaliste puisque ce sont des étrangers qui l’ont construit et fait sa gloire, de Gamper à Messi en passant par Cruijf. Reste à savoir si désormais, avec le vivier de joueurs catalans dont elle dispose, le club ne sera tenté de vivre en autarcie, de faire du club une équipe 100% catalane.

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