mar. Août 20th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

La vérité sur l’affaire VA-OM

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Marseille jouait Valencienne samedi. Au terme d’un match bien terne, les phocéens se sont imposés 1-0, comme il y a vingt ans. Sauf que cette fois-ci, la rencontre ne restera pas dans l’histoire. Enfin, on l’espère …

22h sur le parking d’un Novotel  

20 mai  1993. L’OM est alors premier du championnat avec quatre points d’avance sur Paris, qu’elle doit recevoir à l’occasion de la prochaine rencontre de D1, et surtout en pleine préparation de sa finale de Ligue des Champions face au Milan AC. Cette rencontre est un choc des extrêmes, puisque Valenciennes, pour sa part, se bat depuis le début de la saison pour le maintien et se pointe alors sur sa pelouse de Nungesser en position de premier relégable, prêt à créer l’exploit. Ça pue le piège pour les phocéens, et pourtant les hommes de Goethals parviennent à s’imposer grâce à une réalisation de l’inévitable Allen Boksic. 90 minutes pas terribles, prêtes à être oublier avant le déplacement à Munich. Surtout que quelques jours plus tard, l’OM deviendra champion d’Europe, puis champion de France en s’offrant le PSG au Vélodrome. Le club du Hainault quant à lui, retrouve la D2.

Et pourtant, peu avant le match, une bombe avait été amorcée. Jacques Glassman, modeste libéro de l’USVA, aurait confié à ses dirigeants avoir été approché par Jean-Jacques Eydelie, le milieu marseillais, pour négocier un arrangement sur le score final … Glassman reconnait aussi que deux de ses coéquipiers ont été également approchés : le milieu Jorge Burruchaga (champion du monde avec l’Argentine en 1986, et buteur en finale devant l’Allemagne), et la pointe Christophe Robert (qui est sorti après 20 minutes de jeu, prétendant avoir reçu un mauvais coup). Burruchaga, Robert et Eydelie se connaissent bien puisqu’ils ont tous les trois portés les couleurs nantaises pendant plusieurs saisons. Quant à Glassman, il connait le joueur phocéen après un passage commun au FC Tours. L’affaire est lancée.

Le défenseur valenciennois balance tout, bien aidé par sa copine (alors que Burruchaga aurait lancé un « Surtout, on en parle pas aux gonzesses » au moment du deal). Ses propos seront confirmés par Robert un mois plus tard : « Ma femme a rencontré Jean-Jacques Eydelie à l’extérieur du Novotel le 19 mai, vers 22 heures. Eydelie lui a remis l’argent, contenu dans une enveloppe ».

Enveloppe périgourdine et casseroles liégeoises

Et pourtant, malgré les révélations de Glassman le soir du match, la rumeur ne fait pas spécialement jaser. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Robert, un peu honteux, se confie au juge fin juin « Ce n’est que le lendemain qu’elle m’a montré l’enveloppe, qu’elle avait posée dans un placard de la salle de bain. J’ai touché l’enveloppe, mais je ne l’ai jamais ouverte. C’est ma femme qui a compté. [ …] Nous avons par la suite mis cette enveloppe dans la cuisine. Je l’ai emportée dans un sac en plastique quand je suis descendu, en voiture, à Nantes, puis à Périgueux. Je ne savais plus quoi faire de cette enveloppe, et je l’ai finalement dissimulé chez ma tante ». Bingo, derrière un jardinet, la police retrouve 250 000 balles, et Robert est mis en examen pour corruption passive. Burruchaga suivra quelques jours plus tard.

Mais dans la foulée, Robert donne des noms. La veille du match, Eydelie et Jean-Pierre Bernès (le directeur général de l’OM) ont contactés les trois de VA, leur proposant de lâcher le match … Les masques tombent.

Surtout que l’OM a déjà pas mal de casseroles au cul. Depuis l’arrivée de Tapie au sur le Vieux Port, les rumeurs vont bon train : boissons frelatées servies aux adversaires, intimidations, suspicions de dopages, propositions douteuses d’achat de matchs … Le coach marseillais, Raymond Goethals, fait également jaser. Dix ans auparavant, le belge avait déjà été pris dans une affaire similaire, lorsqu’il entrainait le Standard de Liège. La justice l’avait alors accusé d’avoir acheté la dernière rencontre du championnat face au Waterschei, avec dans le rôle d’Eydelie, un certain Eric Gerets … Simple coïncidence ? Le Standard devait aussi disputer dans la foulée, une finale de la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe, face au FC Barcelone.

Le Tapie show

L’affaire tint la France en haleine pendant une bonne partie de l’été. Eydelie, balancé par sa femme, et Bernès, sont mis en examen pour corruption active en juillet, mais les projecteurs se braquent rapidement sur le président phocéen. Le 23 juin, Boro Primorac, l’entraineur de VA, avait lancé les hostilités, en prétendant que Tapie lui avait proposé de porter le chapeau en échange d’une belle somme d’argent … Mais le futur Commissaire Valence se défend, prétendant qu’au moment de leur conversation (le 17 juin à 15h, pour être précis), il se trouvait dans son bureau parisien en compagnie de Jacques Mellick, ancien ministre et maire de Béthune. Mais le couac, c’est qu’à 15h30, Mellick était photographié dans sa circonscription, à l’occasion d’une réunion publique. Bien tenté.

Tapie va alors tout tenter pour impressionner Eric de Montgolfier, le magistrat en charge de l’affaire, en insistant sur la complexité et la dureté du milieu. Selon lui, Bernès « pouvait, tout au plus, faire des promesses, mais certainement pas les tenir ». Quant à Glassman, il n’est qu’un « joueur sans avenir, commandité par d’autres. Et qui a dû disjoncter pour que son club ne descende pas en division 2, où il ne vaudrait plus rien ». L’entrevue entre les deux hommes finira en totale queue de poisson, Tapie ne parvenant pas à ses fins. Le 10 février, il est mis en examen pour complicité de corruption et tentative de subornation de témoin. Un mois plus tard, il est balancé par Bernès comme étant responsable de l’ordre de payer les valenciennois.

En France, l’affaire aura été plus couverte par les médias que la disparition du petit Grégory ou que la Guerre du Golfe, et laissa un impact considérable dans monde du football. Dès septembre 1993, le club marseillais est exclu de la Ligue des Champions par l’UEFA. Quelques jours plus tard, c’est au tour de la FFF de suspendre le titre national du club, gracieusement refusé par le PSG (surtout que Canal refusait de se brouiller avec ses abonnés de province). Les protagonistes de l’affaire furent pour la plupart condamné à du sursis et à des amendes, à l’exception de Tapie qui fit quelques mois de prison ferme (de quoi casser ses ambitions politiques). Burruchaga rentrera au bled à Independiente, suivi par Robert qui découvrira aussi les joies du championnat argentin avant de revenir dans l’hexagone par quelques piges en D2. Eydelie finira pépère sa carrière entre le Portugal, la Corse et la Suisse. Quant à Jacques « La balance » Glassmann, devenu l’homme à abattre dans la plupart des stades de France, il finira sa carrière dans les divisions inférieures, entre la France et les DOM-TOM. Pestiféré de tous, sauf de Jean-Jacques Goldman, qui préfacera son autobiographie. Putain de fin …

3 thoughts on “La vérité sur l’affaire VA-OM

  1. Bonjour

    Va falloir rectifer quelques coquilles et erreurs. Il s’agit bien de Jorge Burruchaga (le nom est bien orthographié en fin d’article) et de Christophe Robert (et non pas Christian).

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