jeu. Nov 21st, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Stade Pierre-Mauroy, vraiment ?

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En 2009, j’avais assisté à une journée d’étude de Sciences Po consacrée aux stades et à leurs publics. Un sociologue allemand, parlant le français mieux que moi, avait fait cette remarque : en France, les stades portent des noms de personnalités qui n’ont aucun rapport avec le sport. Il donnait alors l’exemple du stade Nungesser de Valenciennes qui portait le nom l’aviateur Charles Nungesser, disparu en 1927 avec François Coli, à bord de l’Oiseau blanc, lors de leur tentative de traversée de l’Atlantique Nord. Une mode de l’époque puisque notre plus célèbre tournoi de tennis y a également droit (Roland Garros).

 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le dernier exemple en date confirme que cette tendance est toujours vivace. Je fais bien évidemment référence au nouveau stade du LOSC, sans nom dans un premier temps, si ce n’est celui de « Grand Stade », et qui vient d’être baptisé au mois de juin Stade Pierre-Mauroy, suite au décès de l’ancien maire de Lille. Un maire bien évidemment peu impliqué dans la vie du club.

 

© Le Monde

Ce n’est pas une première puisque nous avons déjà en France plusieurs exemples que ce soit en Ligue 1 et en Ligue 2 : François-Coty à Ajaccio, Chaban-Delmas à Bordeaux, Francis-Le-Blé à Brest, Michel-d’Ornano à Caen, Gaston-Petit à Châteauroux, Gaston-Gérard à Dijon, Francis-Le-Basser à Laval, René-Gaillard à Niort.

Perso, je ne suis absolument pas fan de cette pratique dans la mesure où l’histoire de nos clubs est suffisamment riche pour qu’on donne au stade le nom d’un ancien président, entraîneur ou joueur plutôt que celle d’un élu local. Le stade Pierre-Mauroy aurait donc pu (dû ?) s’appeler stade Louis-Henno ou Stade André-Cheuva voire le stade Marceau-Somerlinck.

D’ailleurs, certains clubs français le font déjà : Abbé-Deschamps à Auxerre, Armand-Césari à Bastia, Felix-Bollaert à Lens, Louis-Fonteneau à Nantes, Geoffroy-Guichard à Saint-Etienne, Auguste-Bonal à Sochaux. On peut même descendre en National pour évoquer le stade Louis-Dugauguez de Sedan. Certains clubs vont jusqu’à donner le nom d’anciennes personnalités du club aux tribunes (à Bastia et Reims par exemple).

On trouve aussi des stades faisant référence à la géographie avec le nom de la région (stade du Hainaut), du quartier où se situe le stade (Stade Gerland) ou de la rivière qui passe à proximité (La Mosson). L’avantage de ce genre de nom, c’est qu’il est neutre mais qu’il peut aussi mettre en avant l’identité locale du club. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Niçois parlent du stade du Ray (le nom du quartier) plutôt que du stade Léo-Lagrange qui est pourtant son nom officiel. En même temps, et comme le disait Julien Cazarre en imitant Thierry Roland, « c’est quand même triste mon petit Jean-Mimi qu’à notre époque, il y ait encore des stades qui portent des noms de communistes ».

Au final, Lille vient de rater une belle occasion de donner le nom de son stade à une figure emblématique du club même si certains se réjouissent d’avoir échappé au naming. Sur ce point, ok, mais il faut quand même avoir à l’esprit qu’il est beaucoup plus facile de faire du naming avec un nouveau stade qu’avec un vieux stade chargé d’histoire. Nice et Le Mans en sont l’illustration (Allianz Arena et MMArena). Du coup, on peut craindre le pire avec les nouveaux stades qui vont sortir de terre d’ici l’Euro 2016.

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